Ne fatum liceat nobis augere, monemur,

Les Divins Oracles de Zoroastre, ancien Philosophe Grec, interpretez en

Rime Francoise, par Francois Habert de Berry, Avec un Commentaire moral

sur ledit Zoroastre, en Poesie Francoise, et Latine.

Plus, la Comedie du Monarque, et autres petis oeuvres.

Ce que Terre produict, est subject à trespas,

La vertu vient du Ciel, & mortelle n'est pas.

A Paris,

De l'imprimerie de Philippe Danfrie, et Richard Breton, Rue sainct

Jacques, à l'Escrevisse.

M. vc. lviij.

Avec Privilege du Roy.

Pierre Habert Escrivain à Paris, aux Lecteurs.

Si tu requiers voir chose magnifique,

Ou recevras grand consolation,

Voy Zoroastre, Homme fort autentique,

Qui fut remply de grand perfection.

Icy verras mainte autre instruction

Et bons propos, pour te donner plaisir.

Outre cela tu verras à loisir

(Dont recevras double contentement)

Les traicts nouveaux d'une Francoise letre,

Que cy devant Paris n'a sceu permettre

Aux bons Esprits la voir aucunement.

Vertu vault mieux que mondaine richesse.

A tresnoble & illustre personne Monseigneur Claude du Bourg, Seigneur de

Guerigné, Chevalier, Conseiller, et Thresorier de France, estably à

Rion, Francois Habert son treshumble et obeissant serviteur, desire

salut, et felicité perpetuelle.

Celle qui peut toutes choses, Nature,

(A scavoir Dieu) donne à sa creature

Dons differens, aux uns hautain scavoir,

Aux uns beauté, aux autres riche Avoir:

Mais ce dont plus la personne bien née

Est noblement en ce Monde exornee,

C'est la beauté en l'Esprit permanente,

Beauté qui est hautaine et eminente,

Ceste beauté exquise, et de hault pris,

(Qui nobles rend et heureux les esprits)

Reluit en vous, voire de telle sorte

(Noble seigneur) que la Palme ell'emporte

Dessus plusieurs, en liberalité,

Et jugement plein d'immortalité,

Dont à bon droict convient que ma Minerve

En ses escrits tel honeur vous reserve,

Que l'oeil aigu de la posterité

Juge combien vous avez merité,

Qui ressemblez au Phenix seul et rare

Par un destin du Ciel, qui vous separe

Des ords desirs d'un avaricieux

Qui l'or terrien trouve plus precieux,

Que la vertu tant noble, rare, et saincte

En vostre esprit divinement empraincte,

En ensuivant voz Majeurs excellans,

Qui ont esté en France vigilans,

Au bien public, mesmes pour la couronne

Qui de noz Roys le chef digne environne.

Ce hault renom de la rare vertu,

Dont vostre sens est noblement vestu,

M'a incité de tirer hors du coffre

De ma Pallas, l'oeuvre que je vous offre,

C'est Zoroastre, un Philosophe grand,

De hault Scavoir, les autres denigrant,

Y fust Platon, le riant Democrite,

Y fust aussi le plorant Heraclite,

Voire tous ceux qui par l'antiquité

Ont jusqu'icy los et auctorité.

Outre verrez morale Comedie,

Qu'à voz vertus et graces je dedie,

Ou vous verrez mon introduction

D'un fort grand Roy, plein d'imperfection

Premierement, puis de grand excellence

Pour avoir crainct de Mort la violence,

Bien esperant qu'en tirerez plaisir

En le lisant quelque fois à loisir,

Combien qu'avec vostre honeur magnifique

Vous abondiez de scavoir poetique,

Et de scavoir encores plus exquis.

Que vous avez divinement acquis.

Sur ce je pry l'eternelle puissance

De voz desirs vous donner jouissance,

Puis qu'advenant vostre ordonné trespas

Preniez au Ciel cest immortel repas,

Qui est promis par l'Eternel à ceux

Qui aux vertus n'ont esté paresseux,

Ainsi que vous, plein de graces infuses

Le Mecenas des lettres et des Muses.

A mondict Seigneur le Thresorier.

Sonnet.

Tous les thresors du Monde ambicieux

(Tant soient ilz grands) on voit deperissables:

Mais les thresors à jamais perdurables,

Sont en l'esprit, qui ha source des Cieux.

De ces thresors saincts, rares, precieux,

Vestus ne sont avares detestables

Qui ayment moins les vertus souhaictables

Que l'or caché des avaricieux.

Mais la vertu d'inestimable pris,

Qui noblement en vous son ply a pris,

Donne tel los a vostre grand prudence,

Que pres des Roys, par immortel renom

Des vertueux, florira vostre nom,

Et voz vertus mettra en evidence.

A luy encores,

Sonnet en vers alexandrins.

Si vostre noble Esprit (qui à la Republique

Aporte utilité, honeur, et ornement)

Quelque fois reposer laisse tacitement

Le secret des thresors, ou vostre estat s'applique,

Je vous supply de voir cest oeuvre poetique,

Lequel je vous consacre, & dedie humblement,

Ou pourrez recevoir quelque soulagement,

Pource qu'il est extraict d'un Philosophe antique.

J'ay un certain espoir, O Seigneur honorable,

Que dessous vostre nom il sera agreable,

A tout oeil clair voyant de la posterité,

Et mon cueur s'esjouist d'une telle esperance,

Ou peuples successeurs auront la cognoissance

Du grand merite deu à vostre auctorité.

Les Divins Oracles de Zoroastre, ancien Philosophe Grec.

Il fault qu'a ce ton sens diligemment pourvoye

De cognoistre & scavoir de ton ame la voye,

Et entendre le lieu duquel elle provient,

Aussi quelque action donner au corps convient.

A l'ordre noble & sainct, d'ou tu es descendu,

Soit par toy de rechef ton Esprit estendu,

Et tousjours elevé, joignant à tel office

Des mots saincts et sacrez le divin sacrifice.

D'un si sage & meur sens ta vie soit pourveue,

Que soubmise ne soit encontre bas ta veue:

Car la cheute est en Terre, avec vice infini,

Tirant du lieu qui est de sept conduicts muni,

Soubs lequel, pour certain, le siege est limité

D'une non variable, et grand necessité.

Ton corps qui est mortel, et vaisseau faict de terre,

Sera mangé de vers qui luy feront la guerre.

Rien ne dois adjouster au Destin éternel,

Qui t'à esté prescrit, car rien du Paternel

Ordre et commencement, n'ha imperfection:

Mais la saincte pensee ou gist perfection,

(C'est à scavoir de Dieu la haute providence)

Ne met les veux d'aucun en perfaicte evidence

Jusqu'à ce que du corps son Esprit deslié

Tout ce qui est charnel puisse avoir oublié,

Et prononcé le mot, fichant en sa memoire

Du Pere supernel la marque ou gist sa gloire.

Tu dois soigneusement avancer ton grand heur

Pour du Pere divin voir la grand resplendeur,

D'ou ton ame est venue, estant environnee

De mainte intelligence et de sens exornee.

Mais miserable, helas, est la vie de ceux

Qui sont trop negligens, trop froids, et paresseux

A contempler de Dieu l'excellente lumiere,

D'ou leur ame a receu origine premiere,

Dont par mauvaise vie, et par temerité

Grand reproche ilz auront de la posterité,

L'ame pour fuyr vice, ha des raisons utiles,

Qui sont par oubliance à deslier faciles.

Au senestre costé du repos, la fontaine

Repose de vertu excellente et hautaine,

Toute infuse en l'esprit divinement repeu,

Qui en sa fermeté n'est jamais corrompu.

L'ame de l'homme est bien de telle qualité,

Qu'elle retient en soy aucune deité,

Jamais rien de mortel, certes, elle n'embrace,

Doute enyvree elle est d'une divine grace,

Recevant gloire, honeur, & liesse assouvie

De se sentir conjoincte à un corps qui ha vie.

Car veu que l'ame ainsi est le resplendissant

Feu, lumiere, & splendeur du Pere toutpuissant,

Elle demeure aussi constante et immortelle,

Et de la vie ainsi dame & maistresse est elle,

Contemplant plusieurs lieux quand elle est en ce Monde.

Cherche le Paradis ou tout soulas abonde.

Garde que ton Esprit tombe à corruption

Par l'appetit du corps plein de pollution,

Et veu que l'Esprit est chose unie & subtile,

Ne le rend gros et lourd, pesant, & inutile.

Mesmement pour le corps de vices préservé

Au Paradis luisant un lieu est reservé,

Et pourautant tu doibs avoir le soing du corps,

Le gardant avec l'ame en paisibles accords,

A celle fin que l'ame à la solution

Du corps charnel, ne tombe en molestation.

Quand ton Esprit luisant tousjours eleveras,

Le corps foible & caduc ainsi conserveras.

Comme l'homme excellant, Chiens qui de Terre sortent,

Si noble naturel de la Terre n'apportent.

Nature nous aprent estre purs les Espris,

Et que rien de macule en iceux n'est compris,

Et nous suade aussi matiere vicieuse

Produire la senmence et bonne et fructueuse.

Les peines des mortels, c'est la concupiscence

Qui fort les tient liez oultre leur resistence.

Que la grandeur de l'ame immortelle et divine

Tousjours en toy du corps les appetits domine,

En elevant tousjours envers le Ciel les yeux

De ton Esprit rassis, divin, et precieux.

O Creature humaine, O noble Creature?

O artifice grand faict des mains de nature?

En me nommant ainsi, verras sans contredict

Que cela des long temps de l'homme fut predict,

Car du hault Ciel vousté la grand architecture

De l'oeil humain n'est veue en sa propre figure.

Les Estoilles aussi qui par le Ciel s'espandent,

Leur clairté naturelle à l'oeil humain ne rendent.

La splendeur de la Lune à noz yeux n'apparoist

Comme parmy les Cieux resplendissante elle est.

De tous les Elémens la Terre plus pesante

En sa pureté n'est à nous apparoissante.

Ne t'estime donc voir de Nature l'image

De voir le corps visible uni à l'ame sage,

Ignorante de fraude, & qui divinement

Du feu clair, qui est Dieu, ha son gouvernement.

Lors que tu auras veu reluire en lieu divers

Ce feu sainct sautellant par le Monde univers,

Enten du feu la voix de puissance eternelle.

De ce seul Toutpuissant la bonté paternelle

Aux ames à enté une marque et Enseigne

Qui de perfection le chemin leur enseigne.

Il te convient scavoir la chose intelligible

Hors de l'intelligible estre, & n'est pas possible

De bien la concevoir sans les graces d'en hault,

Ou élever tes yeux sans cesser il te fault.

La chose intelligible est Dieu certainement

Que lon doibt concevoir de pur entendement.

De ce feu éternel qui le Monde illumine,

Toutes choses ont pris leur estre & origine,

Et ce pere divin (sans lequel rien n'est faict)

A tout divinement accomply et perfaict,

En faisant apparoir sa grand beneficence

A tout homme, apres luy seconde intelligence,

Lequel pere divin par un dict coustumier

Humaines nations appellent le premier.

Par le pere éternel les pensees conceues

Sont à l'effaict aussi de concevoir receues.

Espris, Recteurs de l'ame experts et entendus

Tousjours saincts et constans sont au Monde espandus.

Ce pere Toutpuissant, qui regne aux Cieux supresmes,

De tous, comme plus grand, s'est exempté soymesmes.

Et en tout autre Esprit, de moindre dignité,

Il n'a mis la grandeur de sa Divinité,

Et luy qui est benin avec puissance forte,

Non à craincte, mais bien à espoir nous exhorte.

Fin des Oracles de Zoroastre.

Commentaire moral et sainct sur lesdicts Oracles de Zoroastre Philosophe

Grec.

Certainement ceste Philosophie

De Zoroastre, amplement edifie

Les sens humains, pour cognoistre et scavoir

Les biens de l'ame, et pour notice avoir

Des dons de Dieu de puissance éternelle,

Et Createur de nostre ame immortelle,

Mise en ce corps, pour faire son office

En exerceant le divin Sacrifice

Qui est compris au Verbe du Seigneur

Dieu tout puissant, de l'ame gouverneur,

Ce que pouvons par Zoroastre aprendre,

Et par ses dicts la dignité comprendre

De nostre Esprit rarement precieux

Que nous debvons tousjours lever aux Cieux,

Et ne jetter contre bas nostre veue,

A celle fin que nostre ame pourveue

Ne soit de vice et de corruption,

Souffrant le corps avoir pollution.

Les appetis duquel dominera

L'homme prudent, qui se gouvernera

Selon l'Esprit, sachant que ce debile

Corps, et vaisseau faict de Terre fragile,

Comme mortel, doibt tomber à l'envers,

Et sera faict nourriture des vers.

Il ne convient que nostre ame adonnee

Soit, à vouloir rompre sa Destinee,

Car (comme dict Zoroastre) en effaict

De l'Eternel pere rien imperfaict

N'est provenu, ce que semblablement

A recité sainct Jaques sainctement,

Disant que tout du Pere de lumiere

Perfaict descend, mais Dieu, qui est premiere

Intelligence en souverain pouvoir,

Ne permet pas à l'ame recevoir

Felicité, jusqu'à ce qu'elle oublie

Tout le charnel, et du corps se deslie,

Pour contempler en toute pureté

Son Createur de haulte Majesté.

Ou nous debvons par le mesme conseil

De Zoroastre, avec soing nompareil

Tous aspirer, pour la splendeur divine

Voir du Seigneur, qui nostre ame illumine,

Et d'ou nostre ame experte et entendue

Par le divin vouloir est descendue,

Dont les malins de Dieu sont reprouvez

Qui paresseux, & trop froids sont trouvez

A contempler ceste lumiere grande

Du Toutpuissant, qui aux hommes commande

De reverer sa grandeur admirable.

Ce hault Recteur, divin et venerable

A mis en nous un Esprit, revestu

D'une bien fort excellente vertu,

Et (comme dict Aristote) combien

Que d'appetis communs au corps terrien

Il soit vexé, il garde sa nature

Incessamment incorruptible et pure.

L'ame de l'homme ha telle auctorité,

Qu'elle ha en soy un peu de Deité,

Car estant faicte à l'exquise semblance

De Dieu vivant, elle ha bien cognoissance

D'estre enyvree et pleine de l'odeur

Des biens divins, et de la resplendeur

De l'Eternel, duquel elle tesmoigne

Les haults biensfaicts, & n'ha point de vergoigne

D'ainsi se voir joincte à un corps mortel

Qui prent vigueur par l'Esprit immortel,

Voire bien fort elle se glorifie,

Et humblement les biensfaicts gratifie

De son autheur, dont la chose immortelle

Est sainctement conjoincte à la mortelle.

Voyla pourquoy Zoroastre est apris

De mettre l'ame en grand honeur et pris,

Nous enseignant qu'elle prent origine

De la puissance eternelle et divine

Du Createur et Pere Toutpuissant,

Et que l'ame est un feu resplendissant,

C'est à scavoir une divine Essence

Ayant le don de saincte intelligence,

Dont elle tend à immortalité,

Pour ce qu'elle est d'une Divinité

Participante, en Dieu toute ravie,

Dont il la dict Maistresse de la vie,

C'est à scavoir qu'aucun temps ne sera

Qui la vigueur de l'ame effacera.

Car ce qu'on peut nous oster et distraire,

Aucunement n'est nostre, et au contraire

Ce qu'on ne peut nous oster nullement,

Nostre sera perpetuellement,

C'est à scavoir ceste vie eternelle

Que recevons par grace supernelle.

Ce Zoroastre aussi divinement

En ses Escrits nous donne enseignement,

Nous exhortant à chercher Paradis.

O excellens & salutaires Dicts?

Certainement ce Philosophe antique

Approche fort du sermon Prophetique,

Ou nous lisons des Chrestiens l'esperance

De faire un jour au Ciel leur demourance

Dont il convient de Zoroastre suivre

L'enseignement et conseil, pour bien vivre,

Sans maculer nostre Esprit (comme il dict)

D'iniquitez, et de crime maudict,

Et sans gaster nostre ame incorruptible

Des appetis du vaisseau corruptible,

A scavoir est de ce terrestre corps,

Qu'il fault unir en paisibles accords

Avec l'Esprit, et que l'Esprit domine

Tousjours au corps, et de soy extermine

Les appetis, qui sont desordonnez,

Par sens rassis et fort bien ordonnez,

En ne laissant devenir inutile

Nostre Esprit bon, qui est chose subtile.

Au corps aussi de crimes preservé

Un lieu au Ciel dict estre reservé

Ce Philosophe ancien Zoroastre,

Ce propos la ne sent son idolastre,

Encores moins son Epicurien

Enveloupé d'un sens Venerien,

Et aux mondains plaisirs mettant sa cure,

Pour ensuivir le conseil d'Epicure

Qui à gasté un si grand nombre d'hommes

De son erreur, voire au temps ou nous sommes,

J'ay bien grand peur qu'en meschante union

Plusieurs gens soyent de son opinion,

En niant Dieu, et de sa providence

Les saincts effaicts, qui sont en evidence.

Par ce propos de Zoroastre expert

En saincte et grand Philosophie, appert

Des corps mortelz la resurrection,

Disant qu'aux lieux de consolation,

(Au Paradis ou l'Eternel demeure)

Est preparee au corps une Demeure.

N'est ce pas la croire certainement

Que le corps doibt un jour divinement

Resusciter? O divine sentence?

Le Ciceron Chrestien, qui est Lactance,

Refute assez ces Epicuriens

Trop aveuglez en plaisirs terriens,

Sainct Paul assez en verité persiste

Quand il nous dict que le corps resuscite,

Sainct Pierre assez nous à peu reciter

Qu'en corps un jour debvons resusciter.

Et pourautant si en nostre poictrine

Voulons garder de Jesus la Doctrine,

Ne tombons pas en ceste terreur damnable,

Et jugement faux et abominable

De nier Dieu, et croire que par Mort

Avec le corps l'Esprit de l'homme est mort.

Ce que nié mesmes ont les Etniques

Qui n'avoyent veu les livres Prophetiques,

En esperant que fuyans forfaicture,

Et gouvernez par les Droicts de nature,

Ilz auroyent lieu au Paradis tant beau,

Le corps estant au funebre Tombeau.

Doncques suyvant Zoroastre en son dire,

Il fault veiller autant qu'il doibt suffire,

A ne lascher la bride au corps charnel,

Pour le gaster de vice criminel,

Et en convient par toute diligence

Avoir le soing, pour en convalescence

Mieux le tenir, affin que les parties

Du corps mortel, soyent mieux assubjecties

Au vueil de l'ame, et à la dignité

Qu'elle recoit de sa Divinité.

Et si nostre ame est au Ciel élevee,

Mieux en sera la santé conservee

De nostre corps, de l'ame le vaisseau,

Certes l'homme est ainsi qu'un arbrisseau

Qui porte fruict, alors qu'il donne lieu

A bonnes meurs, et des graces de Dieu

N'est point ingrat, et combien que la Terre

(Qui en son Sein tant de choses enserre)

Produict les Chiens, et animaux qu'on nomme

De divers noms, l'excellence de l'homme

Les passe tous, qui peut lever les yeux

Pour contempler la grand vouste des Cieux,

En démonstrant par sa noble excellence

Un naturel de plus haulte apparence

Que tout cela que Terre produict:

Qui doibt en fin par Mort estre destruict,

Mais de nostre ame est la dignité telle,

Qu'elle n'est point caduque ne mortelle.

Quant aux Démons que Zoroastre dict

Espris entiers, pour approuver son dict,

Cela s'entend des Anges supernels,

Qui sont divins, purs, saincts, et éternels,

Et par lesquelz conducteurs salutaires

L'ame penetre aux celestes misteres.

Et des Mortels les peines recitees

Par Zoroastre, et dont sont agitees

Noz voulontez, c'est la concupiscence

Des appetis charnels prenant naissance,

Qui vient les cueurs estroictement lier,

Mais les prudens s'en peuvent deslier,

En prevoyant le conseil fort honeste

Dont ce predict autheur nous admoneste,

Alors qu'il dict de l'homme le grand heur

De contempler de l'ame la grandeur,

Et de lever les yeux et la pensee

Envers le Ciel. O Personne insensee,

Regarde un peu ceste admonition

D'un Philosophe, ou gist saluation,

Leve les yeux au Ciel, non contre bas,

Ou lon ne voit qu'impudiques esbas.

Considerons Nature presidente

Avoir donné une forme excellente

A l'homme noble, et qu'il ha la notice

Que de nature il est sainct artifice,

Scavoir de Dieu l'image et le pourtraict,

Si son Esprit est de vices distraict.

Mais ne pensons qu'en voyant la visible

Forme de l'homme, on puisse l'invisible

Image voir de ceste ame cachee,

Qui n'est de dol et de fraudes tachee,

Car si des Cieux la vraye architecture

Par l'oeil charnel en sa propre figure

Ne se peut voir, si de la Lune belle

On ne peut voir la splendeur naturelle,

Si l'oeil ne voit les Astres precieux

Resplendissans ainsi qu'ils sont aux Cieux,

Et si la Terre aussi, la plus pesante

Des Elemens, n'est pas apparoissante

En propre forme et vraye pureté,

Nostre ame aussi (à qui la majesté

Du Toutpuissant, à donné tant de bien)

N'est apperceue à l'oeil qui est terrien,

Ne la beauté divine, tant louee,

Dont le Recteur souverain la douee.

Et pourautant (Zoroastre le dict)

Quand aurons eu ce pouvoir et credit

De contempler ce feu luisant et monde,

Clair et tressainct, sautellant par le Monde,

Oyons la voix de ce feu supernel,

Signifiant le nom de l'Eternel,

Car comme on voit estre ardente la flame

Qui promptement ce qu'elle attainct, enflame,

Le Verbe sainct, qui de tout est vainqueur,

Peut penetrer les hommes jusqu'au cueur,

Pour contempler les graces et biensfaicts

Que l'Eternel par son fils nous à faicts.

Certainement ceste Essence premiere,

Ce Pere, seul donateur de lumiere

(Dict Zoroastre) aux ames à enté

Certaine Marque, et certain seau planté,

C'est à scavoir image intelligible

Pour concevoir maint secret invisible,

Et pour scavoir les essences des choses,

Et les raisons en Deité encloses.

Ce Philosophe, intelligible appelle

Ce hault Recteur de puissance éternelle,

Seul excellant, et de qui le pouvoir

Nous ne pouvons nullement concevoir

Fors par la part dedans nous la meilleure,

La fleur du sens, qui en l'Esprit demeure,

Ce que disoit Ovide heureusement,

Quand de l'Esprit il parloit sainctement.

Disant ainsi un Dieu dedans nous gist,

Qui nous enflame et tous noz sens regist,

Ce feu boillant en nous par vehemence

Retient d'Esprit une saincte semence.

Et comme mieux sainct Paul l'escrit pour tous:

Incessament l'Esprit prie pour nous,

Dedans le corps gemissant à toute heure

Pour voir le Ciel sa promise demeure.

Quand Zoroastre expert et entendu

A dict que tout d'un feu est descendu,

Cela s'entend d'une supresme essence,

Et d'un seul Dieu d'invincible puissance,

Qui à créé le Ciel, la Terre aussi,

Ayant pour nous d'un paternel souci,

Faict toute chose, et que les nations

Nomment premier, ses operations

Sainctes on voit, perfaictes, admirables,

Ses faicts haultains, grands, et incomparables.

Duquel avons formes intelligibles,

Pour concevoir ses secrets indicibles,

Et qui aussi noz pensees concoit,

Et le dedans de noz cueurs appercoit,

Et sans son sceu (Dieu nous le manifeste)

Ne tombe un seul cheveu de nostre teste.

Par les Recteurs remplis d'intelligence

Qui sont compris en la docte sentence

De Zoroastre, entendons les Esprits

Bons, immortels, et qui n'ont point apris

De varier, leur vertu éminente

En pureté est tousjours permanente.

Quand il escrit que ce Pere supresme

S'est exempté, et divisé soymesme,

Et qu'aux Espris de moindre dignité

Il n'a enclos sa grand Divinité,

Certes cela estoit bien raisonnable,

Et à sa grand majesté convenable,

Veu que sans fin il est commencement,

Et un seul Dieu, qu'il est semblablement

Autheur de tout, Createur du grand oeuvre

Du Ciel vousté, qui toutes choses cueuvre,

Et par lequel tout à esté perfaict,

Et sans lequel il n'a rien esté faict,

Et qui au Ciel est bien d'autre figure

Que le mortel paintre ne le figure.

Et veu qu'il est Pere, ayant surmonté,

Tous les vivans, d'une saincte bonté,

Et seul autheur de toute chose bonne,

Espoir à l'homme et non craincte il ordonne.

Voyla les poincts de ce Grec enseigneur

Et Philosophe, ou de nostre Seigneur

Nous pouvons voir la grandeur reveree,

Et l'espoir bon de nostre ame asseuree,

Qui tend au Ciel, pour voir son Createur,

De bien et mal le remunerateur.

Tirez du miel des Escrits fort louables

De Zoroastre, O lecteurs amiables,

Et bons Esprits, ou sur mes vers latins

Mettez voz yeux, pour tant soirs que matins

Louer de Dieu l'infinie puissance,

Qui rien de nous ne veult qu'obeissance.

Idem commentarius, carmine heroico redditus ab eodem authore.

Humanas sancte ista monent oracula mentes,

Ut bona percipiant animae, summúmque Tonantem

Cognoscant, qui cuncta potest, nostrámque creavit

Immortalem animam, & terreno corpore clausit,

Officio ut perfuncta suo, summum ore parentem

Excoleret, sacra verba eius, mandatáque servans.

Quámque sit insignis, quam clarus, lucidus, ingens

Spiritus humanus, late haec oracula monstrant.

Candida quem sit fas ad sidera tollere semper,

Nec nostrum in Terrae demittere viscera vultum,

Ne terrena animae noceat corruptio, néve

Deliciis nostrum possit sordescere corpus.

Corporis at sordes poterit frenare probatus

Vir, pius, & prudens, quem ducit spiritus, et qui

Hoc vas terrenum, fluxúmque & debile corpus

Scit fore terrenis aliquando vermibus escam.

Ne fatum liceat nobis augere, monemur,

Nam quis decreto divino obsistere possit?

Omnipoténsque pater nulla imperfecta reliquit.

Sed numerris impleta suis cuncta ille creavit.

Divus et hoc sancta est jacobus voce loquutus,

A patre perfectum cum luminis omne profectum

Donum, inquit, sed mens patris omnipotentis, id unquam

Haud animae munus concessit, ut illa supernis

Divitiis plene, et divina luce fruatur,

Donec terreno seducta é corpore, quidquid

Terrenum est, oblita, Dei, qui condidit illam,

Synceram possit formam, vultúmque tueri,

Adspirare omnes quo nos et tendere fas est

Omnibus et nervis, et cunctis viribus, et nos

Splendorem aeternum possimus cernere, cuius

Semper erit, sempérque fuit suprema potestas.

Quique suo splendore animam illustrare benignus

Dignatur, simul unde anima haec illapsa videtur.

Verum infoelici fateamur sidere natos

Atque Deo invisos, qui non conamine toto

Nituntur, tandem ut videant hoc nobile lumen

Eximiúmque, ingens, tenebris delebile nullis,

Splendorémque patris summi, qui nos iubet huius

Excolere immensum, sanctum, ac venerabile Numen.

Omnipotens Rex ille hominum, qui condidit orbem,

Insevit nobis animam virtute potentem,

Eximia, illa etenim quanvis agitata feratur

Huc, illuc, vario affectu cum corpore mixto,

Incorrupta manet virgo, divináque servat

Munera naturae, quod sancto numine ductus

Inquit Aristoteles anima hec tam clara refulget,

Divina ut quadam & certa pietate nitescat.

Nam quod ad effigiem summi genitoris, et altum

Formata exemplar fuerit, cognoscere summum

Rectorem illa potest, sanctorum & odore bonorum

Ebria, testatur summi benefacta parentis,

Aeternúmque Dei, qui condidit omnia, lumen.

Nec turpi esse potest aliquo perfusa rubore,

Quod fluxum corpus, quod vas sit nacta caducum,

Cui se se herentem agnoscat, quod sentiat ipsum

Ex immortali mortale haurire vigorem,

Authorique suo grates agit undique dignas,

Quod numeris compacta suis mortalia cernat

Tam bene cum fixis ac immortalibus esse.

Sic Zoroastrum non fallit opinio, qui tam

Nostre anime faveat, tantúmque imponat honorem,

Sancta quod illius, quod sit celestis origo,

Quodque Deum artificem, authorem quoque sentiat illum

Omnia cui parent, & quod sit lucidus ignis

Spiritus ille hominum, seu mens divina, nec ullo

Tempore mortalis, Deitas cui infusa coheret,

Quam dominam vite ille vocat, quod nulla futura

Est acte, possit quae anime delere vigorem.

Nanquo adimi nobis aliquo que tempore possunt,

Haud nostri hec iuris, nec nostra vocaveris, atque

Tollere nemo postest, iuris sunt omnia nostri,

Vt sunt dona anime, vita immortalis, ab illo

Que Rectore datur, cui utrum est summa potestas.

Querere sidereas Greco hoc authore monemur

Et sedes, quas nemo subit, nisi pectore puro.

Quàm sancto sophos antiquus sermone loquutus?

Ille quidem sanctos imitatur voce Prophetas,

In quorum scriptis spes hec immota videtur

Qua sunt Christicole infusi, ut lucentia cernant

Sidera, et aeternas possint invisere sedes.

Iam Zoroastri moralia dicta sequamur,

Sobria prestantes humane pabula vite,

Ne maculis noster sordescat spiritus ullis,

Expers sitque doli, fraudésque perosus iniquas,

Quique incorruptus, corrupti corporis omnem

Abiiciat labem, terrenáque crimina culpet,

Imperioque regat vitiosum ac debile corpus,

Cúmque anima, illius studeat frenare furores

Illicitos, ut sit pax ipsis parta duobus,

Nec sinito ut tenuis crassescat spiritus unquam

Ex male directo asciscens sibi corpore labem.

Quinetiam vitiis purgatum corpus, in alta

Sede locum expectat, sic mortua membra resurgent.

Ex Zoroastri facile est cognoscere verbis

Non illum errores Epicuri, aut dicta sequutum,

Qui tot mortales (O pectora caeca) nefandum

Traxit in errorem, meritoque ad Tartara misit,

Horror ubi assiduus, dirae quoque Mortis imago,

Perpetuúsque animae cruciatus, fletus et ingens

Nec res tuta satis quin nostro hoc tempore multos

Lumine privatos, Epicuri de grege porcos

Esse iuvet, Domini imperium, Christúmque negantes.

Aut si voce illum fateantur, corde negabunt

et factis, ut Paulus ait, quem lumine sancto

Afflatum, iam Christicolas nescire scelestum est.

Ex Zoroastri si verbis alta paratur

Corporibus sedes, non posse resurgere carnem.

Quis dicat? sancta illa quidem sententia sancti

Manat ab ore viri, verum et lactantius ille

(Quem constat suavi Ciceronis melle repletum)

Hos hostes fidei sancto satis ore refellit.

Divus & hoc Paulus manifestum reddit abunde,

Idque potest Divi verbis notescere Petri,

Qui sancto affati debere resurgere carnem

Numine, dixerunt quis dicta refellere possit

Illorum, quos omnipotens sacro ore probavit?

Ergo si sanctam servare in pectore Christi

Doctrinam cupimus, ne nos hic polluat error

Spicula Crabronum superans, Hydréque venenum,

Nec nos esse Deum, qui condidit omne, negemus,

Nec cum anima corpus deleri Morte putemus,

Quod nec Gentiles, privati luce, putarunt,

Sperantes, ut si naturae iura tenerent,

Perpetuas ipsi possent contingere sedes

Cum tumulata forent illorum membra sepulchra

Ut Zoroastri sacra ergo voce monemur,

Ne sentire queat laxatas corpus habenas,

Teutandus labor est, opus idque perutile nobis,

Infandas corpus ne contrahat undique sordes,

Incolume ut maneat, nam sano corpore, partes

Corporeas animae melius parere videbis,

Illius et titulo, quo se diuinitus effert,

Et quo effecta fuit patris omnipotentis imago.

Quod si animus noster constans, erectus in altum.

Permaneat, vas hoc anime, delebile corpus,

Incolume extiterit, divino munere certe

Natus homo, est veluti cum fructu et frondibus arbor,

Si mores servare pios, rectosque peroptat,

Nec summi ingrato genitoris dona rependit

Pectore, nam quanvis diversa animalia Tellus

Proferat, hec hominis longe excellentia vincit.

Omnia prona vident tellurem animantia, verum

Os homini erectum est, quod clara ad sidera tollat,

Et quo conspiciat curvum cum lumine Celum.

Sic generosus homo, merito superare videtur

Quidquid Terra parit, morte id delebile, verum

Morte carens anima, ad celestia sidera migrat.

Demonas integros quos hec oracula dicunt,

Demonas esse reor, quorum ductricae caterva

Spiritus humanus divina arcana recludit

Ac penetrat, rebus preponens sacra prophanis.

Demonas at plures nemo negat esse malignos,

Qui fera bella movent anime, quos illa repellit

Invicto fidei clypeo, precibúsque, piisque

Moribus, et Christo fuerit si tuta patrono.

Quas sophos iste vocat vinctrices carmine penas,

Carnales crede affectus, mortalia quorum

Pectora sunt nexu longos constricta per annos.

Illorum at prudens poterit dissoluere nexum

Si Zoroastri divina arcana sequutus,

Perpendat virtutem anime, atque ad sidera vultus

Erigat, o vanas hominum & sine lumine mentes?

Saeve quid iis sanctis non vis mitescere dictis?

Erige sursum oculos, longe tellure relicta,

Luxus ubi immodicus regnat, scelerata libido,

Tetra superstitio, et radix odiosa malorum.

Id quoque (mortales) sit vestro in pectore fixum

Quam fuerit natura opifex, quid muneris in nos

Contulerit, quam formam homini donasse putetur,

Egregiam certe formam, qua noscere possit

Naturam artificem, qua se dicatque, putétque

Effigiem aeterni (purgato crimine) Regis.

At cum forma hominis carnali in pectore tantum

Conspicitur, ne te iactes spectare latentem

Formam animae, quae pulchra latet, quae nescia fraudis,

Cerni pura nequit, nisi tandem carne soluta.

Nam si celestis moles, coelique figura

Curva nequit, qualis vere est effecta, videri,

A nobis proprio si non splendore coruscans

Luna potest cerni, si non lucere videntur

Sidera, fulgore eximio hec ut in ethere lucent,

Atque Elementa suo quae vincit pondere Tellus,

Non aperit nobis qualem est sortita figuram,

Sic animae forma illa nequit speciosa videri

Corporeis oculis, huius nec splendor, honosque

Quo pater omnipotens illam ditescere iussit.

Subsilientem igitur sacrum si aspexeris ignem

Undique, id est summum cui parent cuncta, Tonantem,

Audi vocem eius, nempe insuperabile verbum,

Nam velut ardescit, quae devorat omnia, flamma

Quae semel attigerit, sic pectora nostra calescunt

Caelesti verbo, sacro et sermone calentes

Omnia luminibus benefacta reponimus acquis

Quae genitor summus per Christum contulit in nos.

Mens suprema quidem hec est Deus optimus, ingens,

Donator lucis, summi dominator Olympi,

(Si Zoroastri fas est applaudere dictis)

Insevit nostris animabus symbola, multo

Quae splendore micant, & certa insignia mentis

Clara, quibus noster coelestia spiritus audet

Concipere arcana, et Deitatis cernere numen.

At numen summi Regis cui immensa potestas,

Concipere haud possis, animi nisi flore potentis,

Hoc est parte hominis meliore, et robore mentis.

Spiritus ille hominum est, divine lucis amator,

Qui (quod Paulus ait) terreno corpore clausus,

Dissolui cupiens, gemitum et suspiria mittit,

Pro nobisque orans, exoptat visere sedes

Perpetuas, ubi pacta domus feliciter illi est.

Cum Zoroaster mox omnia dicat ab uno

Igne profecta, Deum, per purum intelligit ignem,

Nam quod habet Celum, Tellus, Mare, Lucidus Aer,

Id Domino rerum penitus manavit ab uno,

Qui Celum et Terram fecit, stellasque micantes,

Quidquid et hec adfert, et quidquid inheret in illo,

Quem gentes primum vocitant, & cuius honorant

Sancta opera, imperium cuius mirabile constat,

Quique intellectum nobis, mentésque beatas

Et que concipiant, et concipiantur ab illo,

Insevit, cum corda hominum scrutetur et unus,

Nec labi à nostro credamus posse capillum

Vertice, quin summus previderit hoc quoque rector,

Quod scriptura docet sacra, que non fallere possit.

Quos Zoroaster Rectores nominat, illos

Demonas integros, stabilésque intelligit, et qui

Usque regant animam, quorúmque obnoxia Morti

Est natura minus, verum immortalis habenda.

Denique cum summum sese rapuisse parentem

Zoroaster ait, sic purum concipe sensum:

Cum Deus omnipotens expers sit finis, et ortus,

At per sese extet, iustúmque piúmque videtur,

Ut se à Demonibus diuiserit omnibus, et non

Ullis ipse sue lumen Deitatis, et altum

Splendorem, purum, primúmque incluserit ignem,

Omnia qui fecit, summum testantia numen,

Et cuius verbo debetur concava moles

Celestis, cuius pictor depingere veram

Formam nemo potest, que in Celo sancta refulget.

Nam quis mortalis queat immortalia pictor

Pingere? cumque alti pietas, clementia, virtus

Sit reverenda patris, cunctorum cumque bonorum

Vere syncerus nobis appareat author,

Horrendum ille metum nobis non admovet unquam,

At monet, ut nobis fiducia firma, tenaxque

Permaneat, qua sidereas migremus in arces.

Que Zoroaster divina arcana reliquit,

Iam pie lector habes, nostris sat lucida Musis,

Alta quibus possit maiestas usque videri

Illius, qui cuncta regit, quibus et bona nostre

Perspicias anime, que summi est Regis imago,

Aethereas tandem cupiens invisere sedes,

Authorem, quo fausta suum videátque, colátque.

Vos ergo afflati mortales numine sancto,

Ex Zoroastri dictis mel sumite sacrum,

Aut mea syncero Legite hec moralia vultu

Carmina, et eterni genitoris dicite laudes,

Qui nihil à nobis quam purum expostulat usque

Obsequium, sanctásque preces, atque intima cordis

Vota pii, mente ergo pia veniamus ad illum.

Commentarii in Zoroastrum Finis.

A Monseigneur d'Aubigny, Lieutenant Particulier de Coignac en Angommois,

Sonnet, d'un Poete Francois, en la Recommandation du present oeuvre.

L'opinion jadis de Pythagore

Aux Escoliers servoit d'auctorité,

Tulle facond et plein de gravité

Par eloquence en renom vit encore,

Du Mantouan Poete ores honore

Tout Helicon, le los et dignité,

Vostre Scavoir en tous Droicts limité

Juge prudent, dira pour certain ore,

Que cest Autheur faict aux doctes scavoir,

Que l'oraison, en Poeticq' Scavoir

(D'un don hautain) en cest oeuvre il assemble,

En ses doux vers c'est le mesme Maron,

En Réthorique un second Ciceron,

C'il est parfaict, qui joinct les deux ensemble.

Divina Zoroastri, Greci Philosophi oracula, que F. Habertus in Gallicam

Poesim transtulit, et Commentariis illustravit.

Perquire anime ductum, unde, quóve ordine

Navata corpori opera.

Ad ordinem unde manasti

Rursus erigaris, opere verbis sacro sanctis adiuncto,

Ne deorsum nuas, precipitium in Terra substernitur

E loco trahens septem meatibus predito, infra quem gravis

Necessitatis solium est.

Tuum vas fere Terre habitabunt.

Ne fatum auxeris,

Neque enim à Paterno principio imperfectum quicquam versatur.

At vero non admittit eius vota mens Paterna,

Quoad dum exierit oblivionem, atque verbum prompserit,

Memorie infigens sacram Patris tesseram.

Adspirandum tibi, properandúmque ad lumen, et Patris splendores,

Unde immissa tibi est anima, plurima mente circunscripta.

Hos autem Terra deplorat ad usque posteros,

Expulsores anime ac per quos respirare sit integrum, solutu sunt faciles.

Levo in latere cubilis, virtutis fons

Intus totus manet, virginitatem minime proiiciens.

Anima hominum Deum quadam tenus in sese cogit,

Mortale nihil complexa, tota divinitus inebriata est.

In harmonia gloriatur sub qua corpus vitale sit

Quoniam anima, cum sit ignis patris lucidus,

Et immortalis permanet, et est vite domina.

Eadem mundanorum quoque sinuum multos numeros possidet.

Quere Paradison.

Ne spurces spiritum, rem ve planam adaugeas,

Est et idolo locus in regione splendida,

Sed nec materiale corpus precipitio deseres.

Ne exegeris, uti ne quid incommodi perpetiatur.

Si mentem ignitam erexeris, fluxum alioqui corpus servabis.

E finibus Terre prosiliunt minus verum

Signum ostentantes mortali homini, canes.

Natura suaserit Demonas esse integros,

Ac vitiose materie germina frugi atque proba,

Pene mortalium vinctrices.

Primas in te vendicet immortalis anime altitudo

Oculosque pariter

Omnes sursum versum erige.

O nature homo presidentis artificium

Quod si mihi sepiuscule dixeris,

Omnino dictum cernes.

Nam neque celestis, eadémque curva moles visitur.

Stelle nunquam collucent,

Lune lumen conditum est.

Terra non extitit.

Ne nature imaginem nuncupaveris

Exemplar visile.

Undiquaque nescie doli anime

Habenis ignis extentis.

Cum spectaris citra formam ullam

Sacrosanctum ignem

Lucentem, huc et illuc subsilientem ad universi orbis altitudinem,

Audi ignis vocem.

Symbola mens paterna animabus insevit.

Certo scito intelligibile extra mentem esse.

Est intelligibile quod oporteat mentis flore perceptum.

Omnia ab uno igne profecta sunt,

Quippe cum omnia pater absolverit, mentique tradiderit secunde.

Quem primum appellitant nationes hominum.

Que à patre mentes concipiuntur, eedem & ipse concipiunt.

Rectores intellectuales, simul et inflexiles Mundus obtinet

Ipsum sese pater rapuit, ac ne in mente quidem entelligentie

Compote ignem suum inclusit.

Pater non metum sed suasionem admonet.

La Comedie du Monarque.

Les personnages.

Le Monarque.

Pasiphile flateur.

Bon zele, precepteur du Monarque.

Sappho, femme impudique.

Bacchus.

Verité.

Atropos.

Virgilius.

Ut Venus enervat vires, sic copia vini,

Uno nanque modo vina, Venúsque nocent.

Le Prologue.

Nobles Esprits, qui apprestez l'aureille

Pour escouter, n'ayez ce jugement

Que nostre voix à cela s'appareille

Pour detracter et mesdire asprement.

La Comedie orrez tant seulement

Introduisant un Monarque honorable,

Qui delaissant le vray enseignement,

Premierement suyt volupté damnable.

Puis ayant peur de la Mort redoubtable,

Il se repant de son forfaict inique,

Se chastiant de Bacchus détestable,

Et des liens de l'amour impudique.

Le tout est fainct par sens allegorique

Ou vous prendrez plaisir (comme je croy)

Donc faictes tous silence pacifique,

Car commencer veult le Monarque et Roy.

Le Monarque commence.

Graces je rends au divin Createur

Qui tant d'honeurs me mect en evidence,

Et qui me rend Prince dominateur,

Ayant de biens copieuse abondance.

Sur tout cela je prise la prudence

De l'enseigneur dont j'ay fruition,

Car c'est Bon zele, homme plein d'excellence

Predestiné à mon instruction.

O Pasiphile, à ma conception

Soys ententif, appelle moy Bon zele

Mon precepteur, plein de perfection

Qui jour en jour sciences me revele.

Pasiphile.

Roy souverain, vostre servant fidele

Je fus, je suis, seray durablement,

Puis qu'il vous plaist que Bon zele j'appelle,

J'accompliray vostre commandement.

Bon zele.

Je voy venir vers moy presentement

Ce grand mocqueur, et flateur Pasiphile,

O que mon Prince est veritablement

Bien abusé de cest homme inutile?

Voyla le cours de ce Monde labile,

Flateurs tousjours sont aymez à la Court,

Et sont prisez plus qu'un conseil utile,

Que y feroit on? cest le Regne qui court.

Pasiphile.

Je voy Bon zele, aller vers luy tout court

Il me convient selon mon entreprise,

Il ne me chaut déstre subtil ou lourd

En mettant fin à ma charge entreprise.

Seigneur Bon zele, en Scavoir que lon prise,

Ce Prince grand dont estes precepteur,

Veult que par vous ores peine soit prise

D'aller vers luy, comme son instructeur.

Bon zele.

Le Souverain, celeste Redempteur

Vueille garder ce Prince debonnaire

De tous ennuys de ce Monde menteur,

Son servant suis, en tout luy veux complaire,

Allons vers luy, voicy l'heure ordinaire

Que j'ay apris de luy faire lecon.

Pasiphile.

Il ne m'en chaut, mais que je puisse faire

Un bon repas, oyant des plats le son.

Bon zele.

Il te souvient tousjours de ta chanson,

Du ventre plein tu fais ton Dieu et maistre,

Garde tu n'as d'engendrer marrisson

Quand trouveras bien à boire et repaistre.

Pasiphile.

Allons, allons, je voudroys desja estre

En la maison du Prince mon Seigneur,

Si Dieu m'eust faict un Riche Prince naistre,

J'aymeroys mieux le repas que l'honeur.

Le Monarque.

Voicy mon bon et fidele enseigneur,

Prester me fault l'aureille, pour l'entendre,

Car je ne scay plus sage gouverneur,

Pour la grandeur de ma noblesse aprendre.

Bon zele.

Prince d'honeur, que je desire rendre

De plus en plus exorné de Scavoir,

Dieu vous maintienne en santé pour comprendre.

Les grands vertus que doibt un Prince avoir.

Le Monarque.

Foy de Monarque, aise suis de vous voir,

Bon zele sage, honeste, et bien apris,

Car jour en jour je desire scavoir

Les biens, qui sont en grand vertu compris.

Bon zele.

Escoutez donc O Prince de hault pris,

Car à un Roy utile est la science.

Le Monarque.

Or poursuivez, comme avez entrepris,

Car des vertus me plaist l'experience.

Bon zele.

Je vous ay mis tousjours en apparence

Ceste excellente et divine vertu,

Dont un Monarque et Prince d'excellence

Doibt en tout temps avoir l'Esprit vestu,

C'est à scavoir que vice combatu,

Il se maintienne en droicture et justice,

Honeurs mondains ne prisant un festu

S'il n'ha en soy de vertu l'exercice.

Car la vertu est le moyen propice

Que les grands Roys augmentent leur pouvoir,

La vertu est des Richesses tutrice

Et des grands liens, qu'un Prince peut avoir.

Vous debvez donc de vertu vous pourvoir,

Qui le renom des Princes éternise,

A celle fin qu'on puisse appercevoir

Que le Seigneur du Ciel vous favorise.

Tous voz majeurs lesquelz on loue et prise,

Par les Escrits de sage antiquité,

Suyvoient vertu par sapience aprise,

Chassoyent le tort, ambrassoyent équité.

Ilz ont vescu en magnanimité;

Dont jusqu'icy en florist la memoire,

Ne voulez vous en mesme dignité

Aux successeurs espandre vostre gloire?

Le Monarque.

Vostre raison est clairement notoire,

Car mes majeurs sont en bruict florissant,

Leur corps est mort en ce bas Territoire,

Mais leur renom n'est pas déperissant.

Donc à voz dicts veux estre obeissant,

Pour ambrasser la vertu et l'ensuivre,

Si le plaisir est tel du Toutpuissant,

Avec vertu je veux mourir et vivre.

Bon zele.

De tout ennuy mon cueur est à delivre

Quand je vous voy en ceste voulonté,

Mais gardez vous de Bacchus, qui enyvre

Les sens humains, tant il est deshonté.

Jadis il à maint grand Roy surmonté,

En le rendant à tous vituperable.

Gardez vous donc destre pris et dompté

Par ce Bacchus seducteur execrable.

Fuyez aussi de Vénus détestable

Les fols attraicts, et soyez bien records

Que Vénus est bien autant dommageable

Que ce Bacchus, à la vigueur du corps.

Fuyez les deux, car par unis accords

Ils sont nuisans à toute creature,

Mesme à un Roy, qui loing de tous discords

Doibt estre chaste et sobre par droicture.

Puis vous avez Espouse chaste et pure

Pour enfans beaux et nobles d'elle avoir,

Sans vostre lict contaminer d'ordure,

Ne Concubine infame recevoir.

D'un Prince grand voyla le vray debvoir

Dieu à voulu que la cure je prinse

De vous instruire, et faire concevoir

Ce qui convient au magnanime Prince.

Le Monarque.

Bien heureux suis d'avoir en ma Province,

Un tel conseil, pour bien me gouverner,

Veu que je suis d'auctorité non mince,

Il me convient en prudence regner.

Amy Bon zele il fault vous guerdonner

Long temps y a qu'estes à mon service.

Sur ceux le chef je vous veux ordonner

Qui ont de moy charge, estat, et office.

Bon zele.

Graces vous ren de ce vouloir propice

Prince trescher, que j'honore humblement,

Dieu m'a pourveu d'un fort grand benefice

Que j'ay tousjours de peu contentement.

Si vous vivez fort vertueusement

En ensuivant mon conseil veritable,

Je ne demande à Dieu tant seulement

Que mon conseil vous soit bien proffitable.

Sappho.

Au Monde est il chose plus delectable

Que d'exercer le plaisir de Venus,

Plaisir si grand, si doux, et amiable,

Dont maints amants heureux sont devenus?

Je croy que non, car si bien sont cognus

Tous les plaisirs de la flame amoureuse,

De moy Sappho propos seront tenus

Comme de femme excellente et heureuse.

Fy de beauté qui est trop langoureuse,

En chasteté prenant tousjours son pli,

Follastre amour est bien plus savoureuse,

Quand doucement son oeuvre est accompli.

Vous amoureux, voyez, je vous suppli,

Ma grand beauté qui de graces abonde,

Roy n'est vivant, de chasteté rempli,

Qui me voyant, à m'aymer ne se fonde.

Aymer je veux un Monarque en ce Monde,

Pour m'enrichir de ses biens precieux,

S'il m'appercoit tant belle, exquise et monde,

En contemplant la grace de mes yeux,

En admirant mon maintien gracieux,

Mon doux parler, jestime sans doubtance,

Qu'il n'aura rien plus cher dessoubs les Cieux

Que de Sappho l'amoureuse acointance.

Parquoy convient que vers luy je m'avance

Pour l'aveugler de ma mondanité,

Bien, qu'il soit sage et remply de constance,

Bien qu'il ait maistre, ou gist maturité

Pour estre instruict, voire si verité

Vient en personne à luy monstrer sa voye,

Il ne sera pour moy moins incité,

Pourveu que tant gracieuse il me voye.

Bacchus.

J'ay en mon cueur tousjours soulas et joye

Quand pres de moy j'ay les frians morceaux,

Il ne me chaut de pluye, mais que j'oye

Que tousjours pleins de vin sont mes vaisseaux

Boire d'autant, remplir Flaccons et Ceaux,

Manger jambons, avaller chair sallee,

Et m'engresser comme sont les Porceaux,

Voyla comment ma vie est consolee,

Si voyt on bien ma louange extollee

Quand je produy l'excellente liqueur

De ce Nectar, liqueur emmiellee,

Liqueur de vin resjouissant le cueur.

Si me croyez estre quelque mocqueur,

Vous vous trompez, regardez moy en face,

Je suis Bacchus, il n'ha au Monde qu'heur,

Qui comme moy de boire ne se lasse.

Je suis Bacchus, la tant antique race

De Juppiter, je suis le gros Bacchus,

Bons biberons me suivent à la trace,

Je fay venir la guerre entre bas culs.

On ne verroit, sans moy, tant de cocus

Autres que ceux qui sont sur la Ramee,

A bref parler, par moy furent vaincus

Jadis maints Roys d'auctorité famee.

Mais que me sert ma haulte Renommee,

Si je ne mects à execution

Ma grand puissance en tous lieux Renommee

Sur quelque Roy de grand possession?

Or j'en scay un par admiration

Riche, excellant, de sublime pouvoir,

D'aller vers luy c'est mon intention,

Je luy feray ma puissance scavoir.

Sappho.

Comme je puis assez appercevoir

Je suis bien pres du Monarque honorable,

Je m'y en voys, je commence à le voir,

O combien m'est sa personne agreable?

Pasiphile.

Sire, voicy quelque dame louable,

Qui vient devers vostre magnificence,

Sa beauté est grande et imcomparable,

Je croy qu'elle est d'une noble naissance.

Sappho en saluant le Monarque.

Vostre Renom est de telle puissance

Prince d'honeur, que pour vous honorer,

Je vien vers vous, car j'ay la cognoissance

Qu'a tous Humains je vous doy preferer.

Et n'ay desir sinon de demourer

Avecques vous, de voz graces ravie,

Car je vous veux de ce bien asseurer

Que d'autre aymer je n'ay aucune envie.

Vostre grandeur à cela me convie,

Vous, de ma part aurez contentement,

Vostre seray le surplus, de ma vie.

Pour vous donner plaisir, esbatement,

Pour vous donner le vray soulagement

Que m'a apris la belle Cytheree,

Qui ambrassoit Adonis doucement

Quand avec luy elle estoit retiree.

Le Monarque.

Je ne scay pas qui vous à attiree

D'ainsi m'offrir vostre amitié honeste,

Mais ma pensee est allieurs retiree,

Vostre beauté toutefois m'admoneste.

Ah je cognoys ceste amour deshoneste

Estant l'Espoux de Royne de hault pris,

Puis par Bon zele homme de vertu nette,

Et selon Dieu j'en seroys fort repris.

Sappho.

Les Divins Oracles de Zoroastre, ancien Philosophe Grec, Interpretez en Rime Françoise, par François Habert de Berry; Avec un Commentaire moral sur ledit Zoroastre, en Poesie Françoise, et Latine. · 第 1 / 4 段