LE DÉVOUEMENT

Ils en étaient à ces hésitations mêlées de craintes, lorsque ce bruit

sec et bruyant que font des crosses de fusil sur les pierres d'un chemin

retentit au dehors, sur la route. Était-ce un danger qui les menaçait de

ce côté-là?

Aubin Ploguen n'hésita pas un instant. Il fallait, avant tout, mettre en

sûreté leur prisonnier, et empêcher qu'on ne pût le leur reprendre. Mais

il était important que l'un d'eux restât dans le jardin pour surveiller

ce qui se passerait.

Robert Français déclara que ce serait lui. En vain Jérôme Hébrard voulut

s'y opposer; en vain Aubin Ploguen tenta de prouver au frère de son

maître que ce n'était pas à lui qu'incombait ce devoir, le jeune homme

demeura inébranlable.

L'ouvrier et le paysan furent obligés de céder. Ils s'éloignèrent,

laissant seul Philippe de Kardigân.

Cependant, les soldats, dont l'arrivée avait été annoncée par le bruit

des crosses de fusil sur les pierres, ouvraient la petite porte du

jardin et entraient l'un après l'autre. Aubin Ploguen et Jérôme durent

se jeter dans les taillis du fond, comme Robert Français s'était jeté

dans les taillis placés sur le devant.

Ils purent compter ainsi les soldats. Ils étaient au nombre de vingt. Un

factionnaire fut placé à la porte, le lieutenant qui commandait cette

demi-section entra dans la maison et se dirigea vers le cabinet du

sous-chef-adjoint.

Robert Français n'était pas inquiet pour son ami, bien que la porte fût

gardée. Il savait qu'Aubin Ploguen trouverait toujours le moyen,

non-seulement de s'évader en ayant Trébuchet sur son dos, mais encore de

faire évader Jérôme.

En effet, le bruit sourd de deux chutes simultanées retentit. Le

factionnaire n'entendit rien ou, s'il entendit, n'attacha aucune

importance à ce bruit.

Le jeune homme se tenait à plat ventre au milieu des branches d'arbustes

assez épaisses. En plein jour, on aurait eu peine à l'apercevoir, à plus

forte raison au milieu de la nuit.

Il n'y avait pas dix minutes que l'ouvrier et le paysan avaient pris la

fuite, quand le lieutenant et M. Dervioud parurent sur le perron. Ils

causaient à voix haute. Le sous-chef-adjoint de la police politique

avait l'air assez inquiet.

Le hasard voulut qu'ils vinssent se mettre à quelques pas de Robert

Français. Il entendit une partie des paroles qu'ils échangeaient ainsi:

--Cet homme n'a point reparu?

--Non, répliqua M. Dervioud.

--Depuis combien de temps est-il parti?

--Depuis deux heures. La dépêche était importante. Le télégraphe, par

cette nuit claire et sans brouillard, aurait pu la transmettre à Paris

en trois heures; trois heures de Paris à Dijon également, et M. de

Kardigân aurait pu être arrêté[11].

--Comment avez-vous pu savoir qu'il était à Dijon?

--C'est mon prédécesseur, M. Jumelle, qui nous a prévenus.

--Ne peut-il s'être trompé?

--C'est impossible. Cet homme est d'une finesse et d'une lucidité

incomparables.

--Pourquoi M. de Kardigân, pouvant s'enfuir à l'étranger, resterait-il

en France?

--J'ai fait cette objection à M. Jumelle, qui m'a répondu que M. de

Kardigân avait une mission sacrée à ses yeux, et que, pour la remplir,

il risquerait sa vie.

Le lieutenant et M. Dervioud s'éloignèrent dans le fond du jardin, en se

promenant lentement. Ils parlaient si haut que le bruit de leurs paroles

venait distinctement jusqu'à Robert Français, mais il ne pouvait plus

entendre ce qu'ils disaient.

Le coeur du jeune homme était serré. Ainsi, il ne s'était pas trompé, en

ayant le pressentiment que la dépêche chiffrée concernait son frère.

Mais il ne songeait pas à s'applaudir de sa découverte. Il ressortait

clairement des lambeaux de conversation entendus, que M. Dervioud savait

à quoi s'en tenir sur la disparition de la dépêche. Sans doute, le

sous-chef-adjoint de la police politique avait envoyé un de ses agents

au bureau télégraphique, et là, on lui avait évidemment répondu qu'on

n'avait vu personne.

M. Dervioud avait dû expédier une autre dépêche: la seule chose qu'eût

gagnée Jean-Nu-Pieds, c'était un retard de deux heures. Mais la dépêche

n'en arriverait pas moins le lendemain matin à Dijon, et le marquis de

Kardigân serait arrêté, si, ainsi que l'avait assuré M. Jumelle, il se

trouvait dans cette ville.

Quant à cette mission sacrée dont parlait M. Dervioud, Robert Français

la connaissait. Jean-Nu-Pieds, plus heureux que lui et que Jérôme

Hébrard, avait découvert les traces de Fernande. Le lieutenant et son

compagnon revenaient, continuant leur promenade. Robert tendit l'oreille

afin de surprendre ce qui se dirait, mais il n'entendit que ces deux

phrases insignifiantes:

--Êtes-vous sûr de cet homme?

--On est toujours sûr de ces gens-là. C'est un ancien voleur. Sans la

police qui s'en sert, il serait depuis longtemps au bagne.

Évidemment ces paroles s'adressaient à Trébuchet. Au retour, M. Dervioud

et le lieutenant se séparèrent. Celui-ci commanda à ses hommes de rompre

les faisceaux qu'ils avaient formés à leur arrivée dans le jardin, et de

se mettre en rang. Celui-ci était rentré dans la maison.

Jusque-là, Robert Français n'avait pas songé à se demander pourquoi les

soldats étaient venus, mais il n'allait pas tarder à en avoir

l'explication.

Dix minutes se passèrent encore. Puis un homme d'une cinquantaine

d'années parut sur le perron, entouré d'agents de police. C'était M. de

Révilly. On lui fit prendre place au milieu des soldats. Il fut presque

immédiatement suivi par Henry de Puiseux. Notre héros était un peu

changé: la réclusion l'avait pâli. Un cercle noir bistrait le contour de

ses yeux. Mais il avait conservé son attitude insouciante et tranquille.

Henry de Puiseux roulait une cigarette au moment où il arrivait sur le

perron. Avec autant de calme que s'il eût été dans un salon, il s'avança

vers le lieutenant qui fumait un cigare.

--Pardon, monsieur, lui dit-il, auriez-vous l'obligeance de me donner un

peu de feu, en attendant que vous le commandiez contre moi?

Henry et M. de Révilly croyaient en effet qu'on les transférait dans une

autre prison, afin de les passer par les armes. Le lieutenant souleva

poliment son képi, et tendit son cigare à son prisonnier.

Henry de Puiseux remercia, et alla se mettre à côté de M. de Révilly.

Quelques instants après, le lieutenant remettait un reçu à M. Dervioud,

et commandait le départ. Les soldats disparurent les uns après les

autres.

Robert Français se glissa de taillis en taillis jusqu'à la porte du

jardin. Puis, comme il n'avait pas la clef, qu'Aubin Ploguen avait

gardée, il se hissa sur le mur, ainsi qu'avaient fait ses amis, et sauta

au dehors. À trente mètres de lui, il aperçut la petite troupe qui

marchait. Alors il se décida à la suivre, se disant, non sans raison,

qu'il pourrait peut-être se rendre utile aux prisonniers.

Qu'on ne s'étonne pas de voir un républicain s'intéresser à des chouans.

Quelle que fût sa tendresse pour son frère, Robert Français serait mort

avant de lever le doigt pour aider au retour d'un régime politique qu'il

détestait. Mais il pouvait tenter de les délivrer sans aller contra sa

conscience. Républicains et légitimistes étaient les grands ennemis du

trône de Louis-Philippe.

Une distance de vingt minutes séparait la route, où ils marchaient en ce

moment, de l'intérieur de la ville.

Robert Français continuait à suivre les soldats à une certaine distance,

quand il entendit une double détonation de pistolet sur le côté, puis

des cris et des pas précipités.

Tout à coup un homme passa en courant, poursuivi par deux autres.

C'étaient Trébuchet et Aubin avec Jérôme. Le mouchard avait pu

s'échapper, et ses gardiens voulaient le reprendre.

Robert Français comprit aussitôt le danger de la situation. Ses deux

amis, ignorant la présence des soldats, allaient tomber entre leurs

mains. Déjà le lieutenant, justement inquiet, faisait faire volte face à

ses hommes et leur ordonnait de se tenir, l'arme chargée, prêts à

repousser toute attaque.

Robert n'écouta que son dévouement.

Il cria:

--Alerte! alerte!

Jérôme et Aubin s'arrêtèrent court; mais avant que le frère de Jean eût

pu prendre la fuite, quatre soldats l'entourèrent.

--C'est un de ceux qui m'ont arrêté, s'écria Trébuchet.

--En route! ordonna le lieutenant.

La petite troupe reprit la direction de la ville, entraînant Robert

Français. Grâce à lui, les deux amis étaient libres. Qu'importait qu'il

fût prisonnier, si eux étaient sauvés!

À peine arrivé en ville, l'officier qui commandait le détachement alla

rendre compte à son colonel de ce qui lui arrivait. Le colonel ordonna

que M. de Révilly et Henry de Puiseux fussent transférés immédiatement

dans la prison de la cité. Quant à Robert Français, comme on ne savait

ni son nom, ni l'intention qu'il avait eue en arrêtant un des agents de

la police, le colonel ordonna qu'on le fît comparaître devant lui.

Le jeune homme fut amené en face de l'officier supérieur.

--Comment vous appelez-vous, monsieur? dit celui-ci.

Robert pensa à son frère, sur les traces duquel on était.

Il se dit que Jean-Nu-Pieds avait besoin de sa liberté, sans se dire

aussi qu'en prenant sa place il se condamnait lui-même à mort.

--Je suis le marquis de Kardigân! répliqua-t-il d'une voix ferme.

Pourquoi aurait-on douté?

Il était impossible d'admettre qu'un autre que Jean-Nu-Pieds se livrât

sous son nom. Les passions surexcitées par la guerre désespérée et

héroïque qu'avaient faite les Vendéens, faisaient trop prévoir, hélas!

quelle serait l'issue d'un procès, intenté surtout devant un conseil de

guerre.

Le colonel s'inclina devant Robert Français.

Pour un officier, un ennemi prisonnier n'est plus un ennemi. Puis la

légende de la Pénissière avait mis une auréole de gloire autour du front

de Jean-Nu-Pieds.

--Monsieur le marquis, dit le colonel, croyez que mon devoir m'est

pénible à remplir. J'aurais préféré avoir l'honneur de vous connaître

plus tard, lorsque les passions qui nous séparent auront été calmées. Je

dois prévenir mon supérieur, M. le général Dermoncourt, qui devra

lui-même se mettre aux ordres de M. le comte d'Erlon, commandant en chef

de la division militaire. Mais en dehors de ce que ma conscience

m'oblige à faire, je suis tout prêt, monsieur le marquis, à accomplir

tout ce qui sera en mon pouvoir pour adoucir votre position.

Ces dignes et loyales paroles émurent le jeune homme, bien qu'il ne pût

en être étonné. Il savait que, dans notre armée française, les grands

coeurs ne sont pas rares.

--Je vous remercie, colonel, et soyez assuré que votre courtoisie me

laisse une grande gratitude pour vous. Je n'ai qu'une chose à vous

demander; j'espère que vous voudrez bien ne pas me la refuser. L'un de

mes meilleurs amis, mon plus cher compagnon d'armes, M. Henry de

Puiseux, est captif comme moi. Je désirerais que nous eussions une

prison commune.

--C'est difficile.

--C'est-à-dire impossible?

--Non. Je peux prendre sur moi, pour l'instant, de vous accorder cette

faveur,--car c'en est une; mais demain, il faudra que M. le comte

d'Erlon statue en dernier ressort. Je me plais à croire que, par

exception, il accèdera à votre désir.

--Encore une fois, merci, colonel!

--Ne me remerciez pas, monsieur le marquis. En des temps comme ceux où

nous vivons, la guerre a des hasards inévitables et des fatalités

imprévues. Peut-être aurez-vous un jour à me rendre ce que je suis

heureux de faire aujourd'hui pour vous.

Robert Français salua l'officier supérieur, et suivit la petite escorte

qui l'attendait pour le conduire en prison. Le lecteur devine pourquoi

le jeune homme voulait être réuni à Henry de Puiseux. Il craignait

qu'une parole du chouan ne trahît son sacrifice, et par cela même ne le

rendît inutile.

Henry était déjà couché. A peine arrivé dans sa cellule, il s'était

déshabillé et jeté sur la maigre couchette que donnait à ses

pensionnaires forcés la générosité du gouvernement.

Ce ne fut pas sans une profonde surprise que le jeune Vendéen apprit

qu'on allait lui amener comme compagnon le marquis de Kardigân.

Le geôlier lui avait fait part de cette nouvelle en garnissant d'une

seconde couchette le fond de la cellule. Celle-ci était fort petite,

mais il serait toujours temps d'en préparer une plus grande le

lendemain, si le général d'Erlon consentait à ce que la faveur

temporelle du colonel devînt définitive.

--Mais c'est impossible! s'écria Henry; M. de Kardigân n'est pas

prisonnier.

--Vous le saviez bien, pourtant! dit le geôlier en clignant de l'oeil

d'un air malin.

On nous permettra de formuler ici une remarque philosophique que nous

croyons assez profonde. Il y a deux espèces de geôliers: le geôlier

rébarbatif et le geôlier malin. La première espèce tend à disparaître,

et ne se retrouve plus guère que dans les romans noirs. La seconde se

vulgarise de plus en plus. Celui-ci appartenait à la classe des geôliers

plaisants.

--Comment, je le sais bien! riposta Henry de plus en plus confondu.

--Certainement.

--Pardon, mon ami; je vous serai très-obligé de vous expliquer.

--Sont-ils rusés ces _brigands_[12]! murmura le geôlier en continuant

d'arranger la couchette.

--Pourquoi voulez-vous que je le sache?

--Parce que vous le savez.

--Mais encore?

--Tiens, puisqu'il a été arrêté presque avec vous.

Et le geôlier ajouta, non sans un secret contentement:

--Sont-ils rusés, ces brigands!

S'il n'avait pas tenu à répéter cette phrase favorite, preuve à ses yeux

qu'il était doué d'une perspicacité supérieure, il aurait vu Henry à

demi soulevé sur sa couchette, cherchant, par une puissante

concentration d'esprit, à résoudre le problème insoluble qui s'offrait à

lui.

--Enfin, je verrai bien, pensa-t-il.

Évidemment, si quelqu'un se faisait passer pour Jean-Nu-Pieds, ce ne

pouvait être que par dévouement.

Quand Robert Français entra dans la cellule, le quinquet fumeux qui

l'éclairait faiblement empêchait de distinguer les visages. Le jeune

homme eut le temps de courir à Henry et de l'embrasser en lui disant

tout bas:

--Je suis le frère de Jean; dites comme moi.

--Ah! que je suis heureux de te voir! s'écria tout haut de Puiseux en

serrant son prétendu ami sur son coeur.

Le geôlier, qui contemplait cette scène attendrissante en se frottant

les mains d'un air satisfait, balbutia:

--Je _savais_ bien qu'il le _savait_! Mais ces brigands... tous rusés!

Quand les deux jeunes gens furent seuls, Robert Français commença par

raconter à Henry tout ce que nous savons; par suite de quelles

circonstances il avait découvert où était le marquis de Kardigân. Il

connaissait l'intimité des deux amis, et il était bien sûr de ne pas

commettre d'indiscrétion en prononçant devant Henry le nom de Fernande.

Ce nom amenait encore une contraction douloureuse sur le visage de

Robert. Il l'aimait toujours! car s'il était de ceux qui ne savent pas

oublier, Fernande était de celles qui ne peuvent être oubliées.

Henry connaissait cette dramatique et touchante histoire des deux frères

qui s'étaient trouvés, l'épée à la main, en face l'un de l'autre. Il

admira du fond du coeur ce dévouement si noble et accompli si simplement.

Si deux frères avaient jamais dû être séparés, c'étaient bien ceux-là.

Tout se dressait entre eux comme un obstacle infranchissable à leur

tendresse: la volonté du père, qui était brisée, non par la leur, mais

par la destinée; les opinions politiques qui faisaient de l'un un

républicain, tandis que l'autre gardait entière et intacte la foi de ses

ancêtres.

Il fallait qu'il fût bien grand de coeur, cet aîné de la famille auquel

on avait enlevé son droit d'aimer et son nom, pour aimer d'une si

généreuse affection celui qu'on lui avait préféré!

Henry de Puiseux se sentit pris d'une très-profonde sympathie pour cette

vigoureuse et sincère nature. Il écarta avec soin de leurs conversations

tout ce qui, de près ou de loin, pouvait rappeler qu'ils étaient

d'opinions politiques si diverses.

La nuit, Robert s'endormit d'un doux et calme sommeil, ce sommeil qui

vient de la satisfaction du devoir accompli. Le lendemain matin, à dix

heures, ils furent prévenus qu'on allait les transférer dans une cellule

beaucoup plus grande, M. le comte d'Erlon ayant permis qu'ils fussent

réunis. En même temps, on les avertissait que le capitaine-rapporteur,

chargé d'instruire contre eux, allait se présenter dans l'après-midi.

Ce capitaine-rapporteur a laissé un nom par suite de la constante

modération et de la réelle éloquence qu'il déploya dans cette série de

déplorables affaires qui furent la conséquence des événements de la

Bretagne. Il s'appelait M. Fournier.

M. Fournier crut devoir prévenir les jeunes gens que leur cas étant

distinct de celui de M. de Révilly, qui lui au moins n'était pas

coupable de révolte à main armée, leur procès serait distrait du sien;

au reste, la place de Nantes avait reçu du maréchal Soult l'ordre d'en

finir au plus vite avec les chouans prisonniers. Le conseil de guerre

s'assemblerait très-probablement le lendemain et jugerait aussitôt.

Il n'y avait pas, en effet, d'instruction à conduire. Henry de Puiseux

avouait tout, et Robert ne niait rien. Ils reconnaissaient l'un et

l'autre avoir porté les armes contre le gouvernement établi. Seulement,

Robert Français, qui ne voulait pas mentir, se contentait d'approuver

son compagnon. Il n'entrait dans aucun détail.

M. Fournier quitta les deux amis, en leur disant que la première séance

du conseil de guerre aurait lieu sans doute le lendemain.

La journée s'écoula presque gaiement pour les prisonniers. Les idées

tristes ne pouvaient avoir aucune prise sur ces âmes insouciantes, parce

qu'elles étaient résolues.

Quand, après une nuit de repos, le soleil du commencement d'août vint

darder ses rayons enflammés sur les barreaux de la prison, tous les deux

se souvinrent ensemble que c'était le jour où on allait les juger.

En effet, M. Fournier revint. On mit les prisonniers entre une forte

escouade de soldats, et ils furent dirigés vers l'enceinte du Palais de

Justice de Nantes, où siégeait le conseil de guerre.

Le conseil était présidé par le colonel F. Desroys, le même qui,

l'avant-veille, avait tenu un langage si digne en parlant à Robert

Français. Il était assisté par un lieutenant-colonel, un chef

d'escadron, deux capitaines, un lieutenant et un sous-lieutenant.

Les débats étant publics, les gradins étaient couverts de femmes

élégantes et d'hommes qui les accompagnaient. Un murmure curieux s'éleva

dans toute la salle quand les deux prisonniers entrèrent.

Jean-nu-pieds, Vol. 2 chronique de 1832 · 第 65 / 112 题