LE JOURNAL DE FERNANDE

Jean-Nu-Pieds suivit le «loyal, le vieux serviteur,» ce seul Caleb

survivant de tous les Calebs du temps passé! Ainsi que le lui avait dit

M. Jumelle, une petite porte s'ouvrait dans le mur du jardin et

conduisait à la campagne.

Notre héros marchait, préoccupé de savoir quelle trahison pouvait bien

cacher ce subit intérêt de l'agent de police, et de ce que contenait le

journal de Fernande.

La Licorne était aussi parfait dans son rôle que M. Jumelle dans le

sien. Nous serions injuste en ne le reconnaissant pas. Il guida le

marquis à travers le jardin, et là, d'une voix solennelle, il dit:

--Monsieur est libre.

Puis il ajouta, voyant que M. de Kardigân ne lui répondait rien:

--Où monsieur va-t-il se rendre, pour que mon maître lui donne de ses

nouvelles, s'il est besoin?

--Ici, demain, à neuf heures du matin.

Jean-Nu-Pieds s'éloigna lentement.

À peine eut-il fait quelques pas, que la Licorne retira son habit

respectable, frippa sa belle chemise à jabot, et fit voler la poudre qui

donnait à sa chevelure affreuse une apparence si belle. Caleb était

redevenu mouchard. Il suivit à distance Jean-Nu-Pieds, car la première

partie du plan de M. Jumelle n'avait pas un autre but: faire espionner

le chef vendéen, et découvrir ainsi la retraite des chouans dans la

ville. Si le marquis de Kardigân trompait son attente et voulait

profiter de sa mise en liberté pour s'enfuir dans la campagne, il serait

toujours temps, grâce aux espions lancés sur ses traces, de s'en emparer

de nouveau et de l'arrêter avant qu'il pût sortir de la ville.

Mais Jean-Nu-Pieds n'avait garde de se rendre à l'auberge du

_Cygne-du-Roi_; il gagna tout simplement le meilleur hôtel de la ville,

celui qui était le plus en vue, demanda une chambre et s'enferma chez

lui.

Deux agents le surveillaient au dehors; mais peu importait au Vendéen;

il était bien décidé à leurrer jusqu'au bout l'honorable M. Jumelle.

--C'est donc elle qui m'a écrit ceci, murmura le jeune homme quand il se

trouva seul, ayant en face de lui cette enveloppe que lui avait remise

M. Jumelle.

Il déplia ces papiers nombreux et lut:

«Jeudi.

--Où suis-je? je n'en sais rien. On m'a mise dans une chaise de poste,

et on m'entraîne. O mon bien-aimé! si vous saviez tout! Un miracle seul

peut me rendre à vous. Le désespoir est en moi. Ma seule consolation est

de me dire que j'ai fait mon devoir.

Nous avons voyagé toute la journée, toute la nuit et encore toute la

journée. Ce soir jeudi, nous sommes dans une petite ville que je ne

connais pas. Mon père ne me quitte pas du regard. Il me sera impossible

de profiter d'un instant de liberté pour vous faire parvenir ces lignes.

Je les écris à tout hasard, ignorant si vous les lirez jamais. Avec nous

voyage un royaliste, que je ne connais pas. Cet homme me fait peur.

C'est lui qui est la cause première de nos malheurs. Mon père tremble

aussi devant lui. Quel mystère existe-t-il donc entre eux?»

Samedi.

Encore une nuit et deux jours de voyage. Où suis-je? Ce matin, à l'un

des relais, mon père m'a dit:

«--Lundi, nous serons arrivés au terme de notre voyage.»

Je n'ai pas répondu; mais j'ai frémi, car je préférerais un voyage

éternel à ce qui m'attend quand nous serons au but. Ne m'en veuillez

point si je ne vous en dis pas davantage. J'ai fait le serment de me

taire. Plût à Dieu que je n'eusse fait que celui-là!

Mardi.

Nous sommes arrivés cette nuit. Dans quel pays de la France? Je l'ignore

toujours, de même que j'ignore par quels endroits nous avons passé. Je

me souviens que nous avons franchi une grande ville avant de parvenir à

la maison que nous habitons. Notre voyage a duré six jours et cinq

nuits. Nous avons dû faire beaucoup de chemin, car les relais étaient

nombreux et bien fournis. L'homme dont je vous ai parlé et dont je ne

sais pas le nom, a dit souvent: «Hâtons-nous, la route est longue.»

O mon seul aimé, Dieu sait ce que je souffre en étant ainsi séparée de

vous, de vous à qui j'ai voué mon coeur, mon âme, ma vie! La Providence

est cruelle, mais il faut s'incliner devant ses arrêts sans les

discuter, quelque impénétrables qu'ils soient. Comme vous serez

malheureux quand vous saurez tout!

La maison où je suis est triste et sombre. Si elle n'était pas égayée

par un soleil d'été, elle serait lugubre. Devant mes fenêtres coule une

petite rivière; mais je ne peux les ouvrir qu'en présence de mon père.

On m'a donné une femme pour me servir. Elle ne parle pas français, et je

ne comprends point le langage dont elle se sert. Il me semble que je

fais un rêve affreux dont je vais m'éveiller, car, bien que je sache mon

malheur irrémédiable, je désespérerais trop si je n'espérais pas.

Vendredi.

Ami, je vous écris toute tremblante encore; je suis brisée. Je viens

d'avoir avec mon père et l'homme dont je vous ai parlé une scène

effroyable. Oh! pourquoi Dieu permet-il de pareilles choses! Et je ne

puis rien vous dire. J'ai fait serment de me taire. Si je parlais, vous

comprendriez tout...

Jean! par pitié! renoncez à moi, oubliez-moi, que je n'existe plus pour

vous... Oubliez le passé, chassez de votre coeur les espérances d'avenir

que nous avions formées. Je suis bien malheureuse! Celui qui m'aurait

dit jadis que je n'étais pas à bout de mes souffrances et que je

pourrais souffrir davantage, je ne l'aurais pas cru. Quand tout nous

séparait, j'étais moins infortunée et moins désolée qu'à présent.

Mon bien-aimé, sous quelle étoile maudite suis-je née! J'ai la mort dans

l'âme. Quand je ferme les yeux, je revois votre image, et mon désespoir

redouble. Je fais au ciel une ardente prière... que je sois seule à

souffrir, et que ma destinée ne soit pas de bouleverser éternellement la

vôtre!

Lundi.

Encore deux jours! Comme le temps passe vite! Il me semble que chaque

heure écoulée me rapproche de l'instant fatal. Pourquoi le suicide nous

est-il défendu comme un crime? Dans la tombe, je souffrirais moins.

Ami, ce matin, j'ai regardé pendant de longues heures la petite rivière

qui coule sous mes fenêtres. Une fleur s'est détachée de la rive et a

d'abord suivi le courant. Un moment, elle a voulu se retenir, mais le

courant la reprenait toujours. Arrivée au milieu de larges feuilles de

nénuphars, j'ai cru qu'elle pourrait résister à l'onde rapide qui la

conduisait au loin. Pauvre petite fleur! elle a tourné sur elle-même et

a repris le fil de l'eau jusqu'à ce que je l'aie perdue de vue.

Je me suis dit que c'était l'image de ma vie.

J'ai pensé à ma destinée qui était ainsi, et que rien ne pouvait

arracher à l'abîme qui l'attendait... Pauvre petite fleur!

Mardi.

Encore un jour!... Jean! ne m'oubliez jamais, quoi qu'il arrive... Je

vous demandais l'autre jour de chasser mon souvenir de votre coeur;

aujourd'hui je vous supplie de l'y garder. Jean! qui m'aurait dit que

tout cela arriverait quand la princesse, à qui j'ai voué mon éternelle

reconnaissance, nous a mis la main dans la main?... Pourquoi ne suis-je

pas morte, quand je vous ai cru enseveli sous les décombres de la

Pénissière? Quand ces lignes vous parviendront-elles? Je ne sais; je les

écris au hasard, attendant une heure propice, un moment, une

espérance... Une espérance! comme si c'était un mot dans lequel je pusse

croire!

Jeudi.

Je vous ai dit que la personne à qui obéit mon père était royaliste. Si

je n'avais pas eu de terribles preuves de sa foi politique, je ne

croirais jamais que ce monstre puisse croire à ce que vous croyez. C'est

un homme de cinquante ans, à l'air dur, aux yeux froids. Je n'aurais

jamais pensé que mon père pût courber le front ainsi. Je devine un

mystère de honte...

Pourquoi faut-il que je sois obligée de me taire! Pourquoi ai-je juré de

garder le silence!... Ce silence me tue! Ami, je vous en supplie encore,

ne me maudissez pas, ne m'oubliez pas. Une seule chose..

Jeudi soir.

J'ai été interrompue par un homme qui est entré dans ma chambre... Il

s'est avancé prudemment jusqu'à moi, en prêtant de minute en minute

l'oreille, comme s'il craignait d'être surpris...

Oh! mon ami, Dieu le bénisse, car je lui dois la première joie que j'aie

eue depuis que je vous ai quitté...

Il m'a pris la main et m'a dit que mon père était son ami, mais que je

lui avais fait pitié et qu'il voulait me secourir. J'étais devenue

méfiante, et peut-être allais-je l'éloigner, quand je l'ai regardé. Il a

l'air bon et doux. Pauvre homme!... Il a perdu une fille de mon âge, et

c'est ce qui l'a touché.

--Vous aimez M. de Kardigân? m'a-t-il dit.

--Monsieur...

--Je suis votre ami.

--Mon ami?

--Et je vous le prouverai. Vous êtes ici au château de Quiévrain, dans

la Côte-d'Or. La ville où vous avez passé, c'est Dijon. Le village que

vous apercevez là-bas, dans ce creux, c'est le village de Léry. Écrivez

à M. de Kardigân où vous êtes, je me charge de faire parvenir la lettre.

--Oh! soyez béni!

Alors il a serré mes deux mains dans les siennes avec affection.

--Vous me rappelez ma pauvre fille; elle aurait votre âge. Elle était

douce et bonne comme vous. Quand je vous ai vue si malheureuse, je me

suis juré de vous protéger en souvenir de ma chère Lodoïska. Plût au

ciel que, si elle eût vécu, elle eût trouvé quelqu'un pour la sauver,

comme je veux vous sauver...

Si j'avais pu avoir encore de la défiance, elle aurait disparu, car de

grosses larmes brillaient dans ses yeux...

C'est une protection de Dieu qui a permis que quelqu'un pût encore

s'intéresser à moi. Il vous remettra ces lignes... O mon ami, celui qui

m'aurait dit cela, il y a huit jours, m'eût rempli le coeur de joie;

aujourd'hui, j'ai peur. Je me dis que ce sera pour vous une douleur si

grande!

Mon protecteur s'appelle M. Jumelle. Il m'a tout raconté. Pour arriver

ici, il faut partir de Paris par la route royale de Dijon. Arrivé à un

petit village nommé Verrey, et qui est un peu après Montbard, il faut

prendre la route de Saint-Seine-l'Abbaye. De Saint-Seine-l'Abbaye à

Siry, il y a quatre lieues, en passant par le village de Lamargelle. À

Léry, il y a deux châteaux; celui où l'on m'a renfermée est enfoncé au

milieu des arbres. Je vous dis tout cela, et pourtant, mon ami, je vous

le dis sans espérance; mais ce nous est une âpre joie de penser que ceux

que nous aimons pourront nous suivre par le coeur.

L'homme devant qui tremble mon père est en effet un royaliste. Il se

nomme M. d'Héricourt. Cela m'étonne, car c'est un misérable...

Vendredi.

Hier au soir, j'ai interrompu ma lettre. Maintenant que je sais que vous

la lirez, les idées m'arrivent en foule. Autrefois je pleurais trop: mon

amour seul parlait. Ami, ne m'en veuillez pas du mystère que je suis

obligée de vous cacher. Je suis sous le coup d'une iniquité telle, qu'il

me paraît impossible que Dieu la laisse s'accomplir.

J'ai essayé de m'enfuir, mais je n'ai pas pu; mon père m'a même refusé

la présence du curé de Léry. Je comptais sur sa parole pour donner un

cours meilleur à mes pensées.

Car je suis prise de colères et de révoltes. La destinée me frappe si

cruellement et à coups si redoublés, que je me sens en rébellion contre

elle.»

* * * * *

Le journal de Fernande s'arrêtait là. Jean-Nu-Pieds resta en proie à

mille sentiments divers quand il eut fini la lecture de ces lignes

déchirantes. Il y avait dans ce que lui disait sa fiancée un mystère,

selon le mot dont elle se servait, qui faisait naître son épouvante.

Quoi! elle le suppliait de l'oublier, de ne plus penser à elle! puis, un

peu après, elle se repentait de sa demande, et, pour la seconde fois,

elle le conjurait de l'aimer toujours et de conserver son souvenir

éternellement vivant!

--Lui aurait-on fait jurer de ne pas m'épouser? pensa-t-il. Mais elle me

le dirait. Ce ne peut être cela. Qu'est-ce donc alors?... Ma tête se

brise...

Jean-Nu-Pieds avait quitté le _Cygne du Roi_ à cinq heures et demie. Il

avait été arrêté à six heures. Sa conversation avec M. Jumelle avait

duré deux heures. Il devait donc, en ce moment, être onze heures ou

minuit.

--Ce Jumelle a joué un rôle, continua M. de Kardigân. Évidemment, il a

abusé de la confiance de cette pauvre enfant. Il m'a rendu à la liberté,

espérant que je trahirais les nôtres; mais j'aimerais mieux mourir...

Ah! si mon brave Aubin était là!...

Il regarda le papier sur lequel avait écrit Fernande, et le baisa:

--Voilà tout ce qui me reste d'elle. Amour, tendresse, dévouement, tout

ce qui faisait battre mon coeur est là-dedans. Où est-elle? ne lui a-t-il

pas menti?

Jean-Nu-Pieds ouvrit la porte de sa chambre, et se trouva dans le

corridor de l'hôtel où il était descendu. Il arriva bientôt dans la rue.

Son oeil perçant distingua à droite et à gauche un homme en embuscade.

Que lui importait? Il voulait marcher, non pour aller quelque part, mais

pour respirer à pleins poumons l'air plus vif de la nuit. Il avançait

droit devant lui.

Les passants étaient rares. Dans une ville de province, minuit c'est

quatre heures du matin à Paris. Les deux agents qui le guettaient le

suivirent à distance. Jean-Nu-Pieds feignit toujours de ne pas les voir.

Une idée venait de germer dans son cerveau, idée qui prenait corps à

mesure que se condensait sa pensée.

S'il pouvait échapper à ces agents!

C'était difficile, et cela pouvait être dangereux. Il ne fallait pas

qu'il fît consciencieusement cette trahison involontaire dont voulait le

rendre coupable le sous-chef de la police politique.

Jean marchait lentement. À mesure qu'il faisait du chemin, il voyait les

deux agents qui se rapprochaient de lui. Enfin, il arriva sur le bord de

la Loire. Il retourna vivement la tête en arrière et regarda. Cinq

mètres le séparaient à peine de ses suivants. Alors il enjamba le

parapet du pont et se jeta à l'eau. Deux exclamations de colère

retentirent.

Elles furent suivies d'une double chute. Mais M. de Kardigân avait

calculé son action. Évidemment les agents de police croiraient qu'il

s'était laissé aller à un courant et feraient de même.

Au contraire, Jean-Nu-Pieds remonta le courant en quelques brassées, et

se tint caché contre une arche, pendant que les doux mouchards

descendaient la Loire vers Saint-Nazaire.

Alors il regagna le rivage et prit sa course. Si ceux qui étaient

attardés dans les rues virent cet homme, nu-tête, dégouttant d'eau,

courant de toute la vitesse de ses jambes à travers les rues et les

ruelles, ils ne durent pas comprendre quelle folie l'agitait. M. de

Kardigân voulait faire perdre sa piste aux limiers de la police. Enfin,

au bout de trois quarts d'heure, il se trouva éloigné du _Cygne du Roi_

d'une lieue environ. Il se tapit dans une porte et attendit. Personne ne

parut. Il attendit encore. Une horloge lointaine sonna deux heures du

matin. Il se remit à marcher lentement et prudemment cette fois, en

faisant toutes sortes de détours. Ce ne fut qu'à trois heures et demie

du matin qu'il arriva devant le _Cygne du Roi_. Il se hâta de faire le

signal convenu. Maître Poulardet, l'aubergiste, faillit tomber à la

renverse en l'apercevant.

--Vous! monsieur le marquis?

--Où sont-ils?

--Partis!

--Dieu soit loué!

--Mais ils vous ont donc relâché?...

Jean-Nu-Pieds n'avait ni le temps ni le désir de faire, avec l'honorable

Poulardet, une conversation suivie. Il se hâta de monter dans une

chambre où l'aubergiste lui apporta des vêtements de rechange.

--Qu'allez-vous faire, monsieur? lui demanda le brave homme.

--Écoute, mon ami, répliqua Jean-Nu-Pieds, qu'a dit M. de Charette en

partant?

--Rien.

--Le coup?...

--Manqué.

--Alors, voilà ce que tu vas faire. Il me faut de l'argent d'abord.

As-tu deux mille francs chez toi?

--J'en ai cinq mille, c'est toute ma fortune.

--Je les prends, avec un de tes chevaux. Va demain à l'état-major de la

place et fais viser un passe-port pour Angers, tu me l'apporteras.

--Le signalement?

--Va toujours. Tu es connu dans la ville, peut-être n'écrira-t-on pas le

signalement sur le passe-port, d'autant plus que ce n'est que pour aller

à Angers. Je partirai demain soir.

M. de Kardigân était brisé de fatigue; il s'endormit profondément cette

nuit-là. Au matin, quand il s'éveilla, le maître du _Cygne du Roi_ était

assis au pied de son lit.

--Vous avez deviné juste, monsieur, on n'a pas écrit le signalement.

En effet, pour les petits parcours, les autorités civiles et militaires

ont l'habitude de négliger cette formalité. Jean-Nu-Pieds prit un rasoir

et fit tomber sa moustache sous l'acier; ensuite Poulardet lui coupa les

cheveux ras.

--J'ai changé d'idée, dit-il; au lieu de partir la nuit, je partirai en

plein jour. Fais seller un cheval; je le laisserai à Angers chez une

personne que tu m'indiqueras.

Le marquis de Kardigân ressemblait, avec son chapeau mou, son vêtement

de laine et ses guêtres montant aux genoux, à un métayer de la campagne.

Il partit, à cheval, sans se presser, et prit la route d'Angers. Il

comptait y coucher et prendre le lendemain la diligence de Paris.

À la place d'Angers, on ne fit aucune difficulté de lui donner un

passe-port pour Paris, en échange de celui qu'il donna. Le

Maine-et-Loire était calme depuis longtemps. Dans ce département, M. le

baron de Cambourg et M. de la Paumellière étaient les seuls qui tinssent

encore la campagne. Et il était probable que, ainsi que M. de Charette,

ils ne tarderaient pas à poser les armes.

M. de Kardigân partit le lendemain pour Paris par la diligence. La route

fut longue; mois il préférait voyager lentement et voyager sûrement.

Il entra à Paris le 26 juillet. La ville était sourdement agitée.

Pendant ce long règne de Louis-Philippe, que les parlementaires

dépeignent comme si calme et si tranquille, il n'y eut pas une heure où

l'honnête homme pût être assuré de son lendemain. Ce fut l'émeute en

permanence et la révolte organisée. C'est que tout gouvernement dont

l'origine est flétrie est un gouvernement impossible. Pendant dix-huit

ans, on dut craindre tous les jours ce qui est arrivé aux journées de

Février. Ce qui commence par la barricade finit par la barricade. C'est

fatal.

En toute autre circonstance, Jean-Nu-Pieds aurait tenu compte de ce

trouble des esprits; mais il ne pouvait que penser à une chose:

retrouver Fernande.

Jean-nu-pieds, Vol. 2 chronique de 1832 · 第 52 / 112 题