ÉTAT DE SIÉGE

C'était l'arrêté ministériel qui mettait en état de siége quatre

départements de la Vendée. La duchesse s'approcha de cette affiche, la

lut tranquillement d'un bout à l'autre, malgré les instances de

mademoiselle de Kersabiec, qui la pressait de se rendre à la maison où

l'on devait la recevoir; mais Madame lui fit observer que la chose

l'intéressait assez pour qu'elle en prît connaissance.

Enfin elle se remit en route; quelques minutes après, elle arriva dans

la maison où elle était attendue, et où elle déposa son costume couvert

de boue, et qu'on y conserve comme une relique en souvenir de cet

événement.

Bientôt elle la quitta pour se rendre rue Haute-du-Château, n° 3, chez

les demoiselles Deguigny; c'est là qu'on lui avait préparé une chambre,

et dans cette chambre une cachette. La chambre n'était autre qu'une

mansarde, au troisième; la cachette était un recoin formé par la

cheminée établie dans un angle. On y pénétrait par la plaque qui

s'ouvrait au moyen d'un ressort. Madame passa ainsi tout à coup de la

vie la plus agitée à l'inactivité la plus complète. Sa correspondance,

qu'elle fit toujours elle-même, lui usait bien quelques heures de la

journée, mais les autres se traînaient pour elle avec une lenteur

désespérante. Elle les employait à des ouvrages manuels, dont

quelques-uns étaient bien peu dans ses habitudes et dans celles des

personnes à qui elle les faisait partager.

C'est ainsi qu'avec l'aide de M. de Ménars, elle colla entièrement le

papier grisâtre qui faisait la tapisserie de la mansarde. Cependant, ses

occupations les plus habituelles étaient la peinture des fleurs et la

tapisserie, talents dans lesquels elle excellait.

Au moindre sujet d'alarme, une sonnette, qui du rez-de-chaussée

communiquait dans la chambre, lui donnait le signal de la retraite.

Pendant les premiers jours, le bruit se répandit que la duchesse était

cachée à Nantes. Ce bruit devint bientôt une certitude pour l'autorité

militaire. Les agents de police ne tardèrent pas à apporter des preuves

matérielles de sa présence dans la ville.

Mais comme sa retraite n'était connue que de peu de personnes, et que

ces personnes étaient complètement dévouées à la cause royaliste,

quelque créance que l'autorité eût donnée à ces avis, il y avait peu de

chances de la découvrir, on le voit.

Tout semblait donc annoncer que le chef de la guerre, l'âme de la

Vendée, pourrait rester caché à Nantes, en attendant des jours

meilleurs. D'un moment à l'autre allait éclater le coup de main qui

devait livrer aux chouans le château et la ville bretonne[9].

Jean-nu-pieds, Vol. 2 chronique de 1832 · 第 41 / 112 题