XV

L’Écriture sainte comparée au firmament et les anges aux eaux

supérieures.

Mais quel autre que vous, Seigneur, a étendu au-dessus de nous ce

firmament divin de vos Écritures? «Le ciel sera roulé comme «un livre,

et il est maintenant étendu comme une peau[310]». Seigneur, l’autorité

de votre divine Écriture n’en est que plus sublime, quand les mortels,

par qui vous l’avez publiée, ont passé par la mort. Et vous savez,

Seigneur, que vous avez «revêtu de peaux» les premiers hommes, devenus

mortels par le péché. Et vous avez étendu comme une peau le firmament de

vos saints livres, ces paroles d’une concordance admirable, que vous

avez posées au-dessus de nous par le ministère d’hommes mortels. Et leur

mort même a étendu avec plus de force le firmament d’autorité de vos

paroles qu’ils ont annoncées: il est étendu sur ce monde inférieur, plus

fort et plus haut que pendant leur vie. Car vous n’aviez pas encore

étendu ce ciel comme une peau; vous n’aviez pas encore rempli la terre

du bruit de leur mort.

[310] Isai., XXIV; Ps. CIII, 2.

Oh! faites-nous voir, Seigneur, ces cieux, ouvrage de vos mains.

Dissipez ce nuage dont vous les voilez à nos yeux. Là résident ces

oracles qui inspirent la sagesse aux petits enfants «Exaltez votre

gloire, mon Dieu, par la bouche de ces enfants à la mamelle, qui

bégaient à peine[311]». Non, je ne sache pas d’autres livres plus

puissants pour anéantir l’orgueil, pour détruire l’ennemi qui se

retranche contre votre miséricorde dans la justification de ses crimes.

Non, Seigneur, je ne connais point de paroles plus chastes, plus

persuasives d’humilité, plus capables de m’apprivoiser à votre joug, et

d’engager mon cœur à un service d’amour. Père infiniment bon,

initiez-moi à leur intelligence; accordez cette grâce à ma soumission,

puisque vous ne les avez si solidement affermies qu’en faveur des âmes

soumises.

[311] Ps. XVIII, 8.

Il est d’autres eaux au-dessus de ce firmament; eaux immortelles, et

pures de la corruption de la terre. Que ces eaux louent votre nom! Que

par delà les cieux vos louanges s’élèvent de ces chœurs angéliques, qui

n’ont pas besoin de considérer et de lire notre Firmament pour connaître

votre Verbe! Car ils voient votre face, et lisent sans succession de

syllabes les décrets de votre éternelle volonté. C’est à la fois

lecture, élection et dilection: ils lisent toujours, et ce qu’ils lisent

ne passe point; ils lisent par élection et par dilection l’immuable

stabilité de votre conseil: livre toujours ouvert, et qui ne sera jamais

roulé, parce que vous êtes vous-même ce livre, et que vous l’êtes

éternellement; parce que vous avez créé vos anges supérieurs à ce

firmament, que vous avez affermi au-dessus de l’infirmité des peuples de

la terre, afin que cette infirmité, levant ses regards jusqu’à lui, y

lise la miséricorde, qui daigne annoncer dans le temps que vous êtes le

créateur des temps: car «votre miséricorde, Seigneur, est dans le ciel,

et votre vérité s’élève jusqu’aux nues[312]». Les nues passent, mais le

ciel demeure; les prédicateurs de votre parole passent de cette vie dans

une autre, mais votre Écriture s’étend sur tous les peuples jusqu’à la

fin des siècles.

[312] Ps. XXXV, 6.

«Le ciel même et la terre passeront, mais vos paroles ne passeront

point[313]».--«Cette peau sera pliée, et l’herbe qu’elle couvrait se

flétrira dans sa beauté[314]», mais votre Verbe demeure éternellement.

Nous ne le voyons maintenant que dans l’énigme des nues et le miroir du

ciel; il ne nous apparaît pas tel qu’il est; car nous-mêmes, malgré

l’amour de votre Fils pour nous, nous ne voyons pas encore ce que nous

serons après cette vie. Il nous a regardés à travers le voile de sa

chair; il nous a comblés de ses caresses, et embrasés de son amour; et

nous courons après l’odeur de ses parfums. Mais, au jour de son

apparition, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel

qu’il est. Seigneur, faites-nous la grâce de le voir tel qu’il est, tel

qu’il ne nous est pas encore permis de le voir.

[313] Matth., XXIV, 35.

[314] Isai., XL, 6.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 265 / 306 题