L’Écriture sainte comparée au firmament et les anges aux eaux
supérieures.
Mais quel autre que vous, Seigneur, a étendu au-dessus de nous ce
firmament divin de vos Écritures? «Le ciel sera roulé comme «un livre,
et il est maintenant étendu comme une peau[310]». Seigneur, l’autorité
de votre divine Écriture n’en est que plus sublime, quand les mortels,
par qui vous l’avez publiée, ont passé par la mort. Et vous savez,
Seigneur, que vous avez «revêtu de peaux» les premiers hommes, devenus
mortels par le péché. Et vous avez étendu comme une peau le firmament de
vos saints livres, ces paroles d’une concordance admirable, que vous
avez posées au-dessus de nous par le ministère d’hommes mortels. Et leur
mort même a étendu avec plus de force le firmament d’autorité de vos
paroles qu’ils ont annoncées: il est étendu sur ce monde inférieur, plus
fort et plus haut que pendant leur vie. Car vous n’aviez pas encore
étendu ce ciel comme une peau; vous n’aviez pas encore rempli la terre
du bruit de leur mort.
[310] Isai., XXIV; Ps. CIII, 2.
Oh! faites-nous voir, Seigneur, ces cieux, ouvrage de vos mains.
Dissipez ce nuage dont vous les voilez à nos yeux. Là résident ces
oracles qui inspirent la sagesse aux petits enfants «Exaltez votre
gloire, mon Dieu, par la bouche de ces enfants à la mamelle, qui
bégaient à peine[311]». Non, je ne sache pas d’autres livres plus
puissants pour anéantir l’orgueil, pour détruire l’ennemi qui se
retranche contre votre miséricorde dans la justification de ses crimes.
Non, Seigneur, je ne connais point de paroles plus chastes, plus
persuasives d’humilité, plus capables de m’apprivoiser à votre joug, et
d’engager mon cœur à un service d’amour. Père infiniment bon,
initiez-moi à leur intelligence; accordez cette grâce à ma soumission,
puisque vous ne les avez si solidement affermies qu’en faveur des âmes
soumises.
[311] Ps. XVIII, 8.
Il est d’autres eaux au-dessus de ce firmament; eaux immortelles, et
pures de la corruption de la terre. Que ces eaux louent votre nom! Que
par delà les cieux vos louanges s’élèvent de ces chœurs angéliques, qui
n’ont pas besoin de considérer et de lire notre Firmament pour connaître
votre Verbe! Car ils voient votre face, et lisent sans succession de
syllabes les décrets de votre éternelle volonté. C’est à la fois
lecture, élection et dilection: ils lisent toujours, et ce qu’ils lisent
ne passe point; ils lisent par élection et par dilection l’immuable
stabilité de votre conseil: livre toujours ouvert, et qui ne sera jamais
roulé, parce que vous êtes vous-même ce livre, et que vous l’êtes
éternellement; parce que vous avez créé vos anges supérieurs à ce
firmament, que vous avez affermi au-dessus de l’infirmité des peuples de
la terre, afin que cette infirmité, levant ses regards jusqu’à lui, y
lise la miséricorde, qui daigne annoncer dans le temps que vous êtes le
créateur des temps: car «votre miséricorde, Seigneur, est dans le ciel,
et votre vérité s’élève jusqu’aux nues[312]». Les nues passent, mais le
ciel demeure; les prédicateurs de votre parole passent de cette vie dans
une autre, mais votre Écriture s’étend sur tous les peuples jusqu’à la
fin des siècles.
[312] Ps. XXXV, 6.
«Le ciel même et la terre passeront, mais vos paroles ne passeront
point[313]».--«Cette peau sera pliée, et l’herbe qu’elle couvrait se
flétrira dans sa beauté[314]», mais votre Verbe demeure éternellement.
Nous ne le voyons maintenant que dans l’énigme des nues et le miroir du
ciel; il ne nous apparaît pas tel qu’il est; car nous-mêmes, malgré
l’amour de votre Fils pour nous, nous ne voyons pas encore ce que nous
serons après cette vie. Il nous a regardés à travers le voile de sa
chair; il nous a comblés de ses caresses, et embrasés de son amour; et
nous courons après l’odeur de ses parfums. Mais, au jour de son
apparition, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel
qu’il est. Seigneur, faites-nous la grâce de le voir tel qu’il est, tel
qu’il ne nous est pas encore permis de le voir.
[313] Matth., XXIV, 35.
[314] Isai., XL, 6.