XIII

Notre renouvellement n’est jamais parfait en cette vie.

Et nous ne sommes encore lumière que par la foi, et non par la claire

vue. «Car notre salut est en espérance; or, l’espérance qui se voit

n’est plus espérance[304]». C’est encore «un abîme qui appelle un

abîme», mais désormais par la voix de vos cataractes. Il est encore

abîme, celui qui dit: «Je n’ai pu vous parler comme à des êtres

spirituels, mais comme à des êtres charnels». Et lui-même reconnaît

qu’il n’a pas encore touché le but, «et oubliant tout ce qui est

derrière, il tend à ce qui est devant lui»; il gémit sous le fardeau du

malheur, et «son âme est altérée du Dieu vivant, comme le cerf

soupire après l’eau des fontaines»; et il s’écrie: «Oh! quand

arriverai-je[305]»? Et il aspire à être revêtu de sa céleste demeure, et

il appelle les ténèbres de l’abîme inférieur et leur dit: «Ne vous

conformez pas au siècle, mais réformez-vous dans le renouvellement de

l’esprit. Ne soyez pas comme les enfants sans intelligence; mais, comme

les plus petits d’entre eux, soyez sans malice, pour arriver à la

perfection de l’esprit[306]».

[304] Rom., VIII, 24.

[305] Ps. XLI, 8; I Cor., III, 1; Philip., III, 13; Ps. XLI, 2, 3.

[306] II Cor., V, 2; Rom., XII, 2; I Cor., XIV, 20.

«O Galates insensés! s’écrie-t-il, qui vous a donc fascinés»? Mais ce

n’est plus sa voix, c’est la vôtre qui retentit; la vôtre, ô Dieu, qui

du haut des cieux avez fait descendre votre Esprit par celui qui, monté

dans les cieux, a ouvert les cataractes de ses grâces, «afin qu’un

fleuve de joie inondât votre cité sainte». «C’est après elle que soupire

ce fidèle ami de l’époux», qui possède déjà les prémices de l’esprit;

mais «il gémit encore dans l’attente de l’adoption céleste, qui doit

affranchir son corps»; il soupire après la patrie. Il est membre de

l’épouse du Christ, il est jaloux pour elle, il est l’ami de l’époux, et

il est jaloux, non pour soi, mais pour lui; et ce n’est point par sa

voix, mais par celle de vos torrents, qu’il appelle à lui cet autre

abîme, objet de sa sainte jalousie. Il craint «que le serpent, dont la

ruse séduisit Ève, ne nous détourne de cette chasteté spirituelle que

nous devons à notre époux, votre Fils unique[307]». Oh! quelle sera la

splendeur de sa lumière, lorsque «nous le verrons tel qu’il est», et

qu’elles seront taries, «toutes ces larmes qui sont le pain de mes jours

et de mes nuits; car on ne cesse de me dire: Où est ton Dieu[308]»?

[307] Galat., III, 1; Act., II, 2; Ps. XLV, 5; Rom., VIII, 23; Joan.,

III, 19; II Cor., II, 3.

[308] Joan., III, 2; Ps. LXI, 4.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 263 / 306 题