XXVI

Il est digne de l’Écriture de renfermer plusieurs sens sous les mêmes

paroles.

Eh quoi! ô mon Dieu! gloire de mon humilité et repos de mes labeurs, qui

daignez écouter l’aveu de mes fautes et me les pardonner, quand vous

m’ordonnez d’aimer mon prochain comme moi-même, puis-je penser que

Moïse, votre serviteur fidèle ait reçu de moindres faveurs que je n’en

eusse désiré moi-même et sollicité de votre grâce, si, me faisant naître

en son temps pour m’élever à la hauteur de son ministère, et prenant à

votre service mon cœur et ma langue, vous m’eussiez choisi pour

dispensateur de ces saintes Écritures, qui devaient être dans la suite

si salutaires à tous les peuples, et du faîte de leur autorité dominer

universellement les paroles du mensonge et les doctrines de l’orgueil?

Oui, si j’eusse été Moïse (pourquoi non? ne sommes-nous pas sortis tous

du même limon, «et qu’est-ce que l’homme? est-il quelque chose si vous

ne vous souvenez de lui[289]?»), oui, si j’eusse été Moïse, et que vous

m’eussiez enjoint d’écrire le livre de la Genèse, je vous aurais demandé

un style doué de telles propriétés de puissance et de mesure, que les

intelligences encore incapables de concevoir la création ne pussent

récuser mes paroles comme au-dessus de leur portée, et que les

intelligences plus élevées y trouvassent en peu de mots toute vérité qui

s’offrît à leur pensée; et qu’enfin, si votre lumière dévoilait à

certains esprits quelques vérités nouvelles, aucune d’elles ne fût hors

du sens de votre prophète.

[289] Ps. VIII, 5.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 246 / 306 题