XVIII

On peut donner plusieurs sens à l’écriture.

J’écoute, je pèse ces opinions; mais loin de moi toute dispute. «La

dispute n’est bonne qu’à ruiner la foi des auditeurs[285]», tandis que

la loi édifie ceux qui en savent le bon usage; son but est l’amour qui

naît d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère, et le

divin maître n’ignore pas quels sont «les deux commandements où il a

réduit la loi et les prophètes[286]». Que m’importe donc, ô mon Dieu, ô

lumière de mes yeux intérieurs, que m’importe, tant que mon amour

confesse votre gloire, que ces paroles soient susceptibles

d’interprétations différentes? Que m’importe, dis-je, qu’un autre tienne

pour le sens vrai de Moïse un sens étranger au mien? Nous cherchons

tous, dans la lecture de ces livres, à pénétrer et à comprendre la

pensée de l’homme de Dieu, et le reconnaissant pour véridique,

oserions-nous lui attribuer ce que nous savons ou croyons faux? Ainsi

donc, tandis que chacun s’applique à trouver l’intention de l’auteur

inspiré, où est le mal, si à votre clarté, ô lumière des intelligences

sincères, je découvre un sens que vous me démontrez véritable, quoique

ce sens ne soit pas le sien, et, malgré cette différence, laisse le sien

dans toute sa vérité?

[285] II Tim., II, 14.

[286] Matth., XXII, 40.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 238 / 306 题