XIII

Créatures spirituelles; matière informe.

Lorsque la voix de votre Écriture parle ainsi: «Dans le principe, Dieu

créa le ciel et la terre: or, la terre était invisible, informe; et les

ténèbres couvraient la face de l’abîme»; sans assigner aucun jour à

cette création, je pense que par ce ciel, ciel de nos cieux, on doit

entendre le ciel spirituel où l’intelligence n’est qu’une intuition qui

voit tout d’un coup, «non pas en partie, ni en énigme, ou comme en un

miroir, mais de pleine évidence, face à face[281]», d’un regard

invariable et fixe; claire vue, sans succession, sans instabilité de

temps; et le temps ne saurait non plus atteindre cette terre invisible

et informe. Ceci, puis cela, telle est la pâture de la vicissitude; mais

le changement peut-il être où la forme n’est pas? C’est donc, suivant

moi, de ces deux créatures, produites, l’une dans la perfection, l’autre

dans l’indigence de la forme; ciel d’une part, mais ciel du ciel; terre

de l’autre, mais terre invisible et informe, que l’Écriture dit sans

mention de jour: «Dans le principe, Dieu fit le ciel et la terre». Car

elle dit aussitôt quelle terre. Et comme elle rapporte au second jour

«la création du firmament, qui fut appelé ciel», elle insinue la

distinction de cet autre ciel né avant les jours.

[281] I Cor., XIII, 12.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 233 / 306 题