Créatures spirituelles; matière informe.
Lorsque la voix de votre Écriture parle ainsi: «Dans le principe, Dieu
créa le ciel et la terre: or, la terre était invisible, informe; et les
ténèbres couvraient la face de l’abîme»; sans assigner aucun jour à
cette création, je pense que par ce ciel, ciel de nos cieux, on doit
entendre le ciel spirituel où l’intelligence n’est qu’une intuition qui
voit tout d’un coup, «non pas en partie, ni en énigme, ou comme en un
miroir, mais de pleine évidence, face à face[281]», d’un regard
invariable et fixe; claire vue, sans succession, sans instabilité de
temps; et le temps ne saurait non plus atteindre cette terre invisible
et informe. Ceci, puis cela, telle est la pâture de la vicissitude; mais
le changement peut-il être où la forme n’est pas? C’est donc, suivant
moi, de ces deux créatures, produites, l’une dans la perfection, l’autre
dans l’indigence de la forme; ciel d’une part, mais ciel du ciel; terre
de l’autre, mais terre invisible et informe, que l’Écriture dit sans
mention de jour: «Dans le principe, Dieu fit le ciel et la terre». Car
elle dit aussitôt quelle terre. Et comme elle rapporte au second jour
«la création du firmament, qui fut appelé ciel», elle insinue la
distinction de cet autre ciel né avant les jours.
[281] I Cor., XIII, 12.