IV

Matière primitive.

Et cela, comment le désigner pour être compris des intelligences plus

lentes, autrement que par une dénomination vulgaire? Où trouver, dans

toutes les parties du monde, quelque chose de plus analogue à cette

informité vague, que la terre et l’abîme? car, placés l’un et l’autre au

dernier échelon de l’existence, sont-ils comparables aux créatures

supérieures, revêtues de gloire et de lumière? Pourquoi donc

n’admettrais-je pas que, par complaisance pour la faiblesse de l’homme,

l’Écriture ait nommé «terre invisible et sans forme» cette informité

matérielle, que vous aviez créée d’abord dans cette aride nudité, pour

en faire un monde paré de formes et de beauté?

V

Sa nature.

Et lorsque notre pensée y cherche ce que les sens en peuvent atteindre,

en se disant: Ce n’est ni une forme intelligible, comme la vie, comme la

justice, puisqu’elle est matière des corps; ni une forme sensible,

puisque ni la vue, ni le sens n’ont de prise sur ce qui est invisible et

sans forme; quand l’esprit de l’homme, dis-je, se parle ainsi, il faut

qu’il se condamne à l’ignorance pour la connaître, et se résigne à

l’ignorer en la connaissant.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 226 / 306 题