Dieu connaît autrement que les hommes.
O Seigneur, ô mon Dieu, combien est profond l’abîme de votre secret!
Combien les tristes suites de mon iniquité m’en ont jeté loin! Guérissez
mes yeux; qu’ils s’ouvrent à la joie de votre lumière. Certes, s’il
était un esprit assez grand, assez étendu en science et en prescience,
pour avoir du passé et de l’avenir une connaissance aussi présente que
l’est à ma pensée celle de ce cantique, notre admiration pour lui ne
tiendrait-elle pas de l’épouvante? Rien, en effet, rien qui lui fût
inconnu dans la vicissitude des siècles, passés ou à venir: tous
seraient sous son regard, comme ce cantique, que je chante, est tout
entier devant moi; car je sais ce qu’il s’en est écoulé de versets
depuis le commencement, et ce qu’il en reste à courir jusqu’à la fin.
Mais loin de moi la pensée d’assimiler une telle connaissance à la
vôtre, ô Créateur du monde, Créateur des âmes et des corps! Loin de moi
cette pensée! Votre science du passé et de l’avenir est bien autrement
admirable et cachée. Le cantique que je chante ou que j’entends chanter
m’affecte de sentiments divers; ma pensée se partage en attente des
paroles futures et en souvenir des paroles expirées; mais rien de tel ne
survient dans votre immuable éternité; c’est que vous êtes vraiment
éternel, ô Créateur des esprits!
Vous avez connu, dès le principe, le ciel et la terre sans succession de
connaissance, et vous avez créé, dès le principe, le ciel et la terre
sans division d’action. Que l’esprit ouvert, que l’esprit fermé à
l’intelligence de ces pensées confessent votre nom! Oh! que vous êtes
grand! et les humbles sont votre famille. «Brisés, vous les
relevez[274]»; et ils n’ont plus de chute à craindre, car vous êtes leur
élévation.
[274] Ps. CXLV, 7.