Il se rend à Milan pour y enseigner la rhétorique. Saint Ambroise.
On demanda de Milan au préfet de Rome un maître de rhétorique pour cette
ville, qui s’engageait à faire les frais du voyage; et je sollicitai cet
emploi par ces mêmes amis infatués des erreurs manichéennes, dont, à
leur insu comme au mien, mon départ allait me délivrer. Un sujet proposé
fit goûter mon éloquence au préfet Symmaque, qui m’envoya.
A Milan, j’allai trouver l’évêque Ambroise, connu de toute la terre
comme l’une des plus grandes âmes de ce temps et votre pieux serviteur.
Son zèle éloquent distribuait alors à votre peuple «la pure substance de
votre froment, la joie de vos huiles, la sobre intempérance de votre
vin[115]». Aveugle, votre main me menait à lui, pour qu’il me menât à
vous les yeux ouverts. Cet homme de Dieu m’accueillit comme un père, et
se réjouit de ma venue avec la charité d’un évêque.
[115] Ps. CIII, 15, 16.
Et je me pris à l’aimer, et ce n’était pas d’abord le docteur de la
vérité (j’avais perdu tout espoir de la trouver dans votre Église), mais
l’homme bienveillant pour moi que j’aimais en lui. J’étais assidu à ses
instructions publiques, non avec l’intention requise, mais pour
m’assurer si le fleuve de son éloquence répondait à sa réputation, si la
renommée en exagérait ou resserrait le cours, et je demeurais suspendu
aux formes de sa parole, insouciant et dédaigneux du fond; et j’étais
flatté de la douceur de ces discours, plus savants, avec moins de charme
et de séduction, que ceux de Faustus, je parle selon l’art des rhéteurs;
pour le sens, nulle comparaison. L’un s’égarait dans les mensonges de
Manès, l’autre enseignait la plus saine doctrine du salut. Mais le salut
est loin des pécheurs, tel que j’étais alors, et cependant j’en
approchais peu à peu, sans le savoir.