Il rend grâces à Dieu des dons qu’il a reçus de lui dans son enfance.
Et cependant, Seigneur, à vous créateur et conservateur de l’univers
tout-puissant et tout bon, à vous notre Dieu, grâces soient rendues, ne
m’eussiez-vous donné que d’être enfant! Car dès lors même, j’avais
l’être et la vie et le sentiment; et je veillais à préserver cet
ensemble de tout moi-même, ce dessin de l’unité si cachée par qui
j’étais; je gardais par le sens intérieur l’intégrité de tous mes sens,
et dans cette petitesse de pensées, j’aimais la vérité. Je ne voulais
pas être trompé; ma mémoire était forte; mon élocution polie; l’amitié
me charmait; je fuyais la douleur, la honte, l’ignorance. Quelle
admirable merveille qu’un tel animal!
Tout cela, don de mon Dieu! Je ne me suis moi-même rien donné. Tout cela
est bon, et moi-même, qui suis tout cela. Donc celui qui m’a fait est
bon, et lui-même est mon bien; et l’élan de mon cœur lui rend hommage de
tous ces biens répandus sur mes premières années. Or je péchais; car ce
n’était point en lui, mais dans ses créatures, les autres et moi, que je
cherchais plaisirs, grandeurs et vérités, me précipitant ainsi dans la
douleur, la confusion, l’erreur. Grâces à vous, mes délices, ma gloire,
ma confiance, mon Dieu, grâces à vous de tous vos dons! Mais
conservez-les-moi; car ainsi vous me conserverez moi-même; et tout ce
que vous m’avez donné aura croissance et perfection; et je serai avec
vous, puisque c’est vous qui m’avez donné d’être.