XII

Dieu tournait à son profit l’imprévoyance même qui dirigeait ses études.

Ainsi, à cet âge même, que l’on redoutait moins pour moi que

l’adolescence, je n’aimais point l’étude; je haïssais d’y être

contraint, et l’on m’y contraignait, et il m’en advenait bien:--je

n’eusse rien appris sans contrainte; mais moi je faisais mal; car faire

à contre-cœur quelque chose de bon n’est pas bien faire. Et ceux même

qui me forçaient à l’étude ne faisaient pas bien; mais bien m’en

advenait par vous, mon Dieu. Eux ne voyaient pour moi dans ce qu’ils me

pressaient d’apprendre qu’un moyen d’assouvir l’insatiable convoitise de

cette opulence qui n’est que misère, de cette gloire qui n’est

qu’infamie.

Mais vous, «qui savez le compte des cheveux de notre tête[69]», vous

tourniez leur erreur à mon profit, et ma paresse, au châtiment que je

méritais, si petit enfant, si grand pécheur. Ainsi, du mal qu’ils

faisaient, vous tiriez mon bien, et de mes péchés, ma juste rétribution.

Car vous avez ordonné, et il est ainsi, que tout esprit qui n’est pas

dans l’ordre soit sa peine à lui-même.

[69] Matth., X, 30.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 45 / 306 题