Dieu tournait à son profit l’imprévoyance même qui dirigeait ses études.
Ainsi, à cet âge même, que l’on redoutait moins pour moi que
l’adolescence, je n’aimais point l’étude; je haïssais d’y être
contraint, et l’on m’y contraignait, et il m’en advenait bien:--je
n’eusse rien appris sans contrainte; mais moi je faisais mal; car faire
à contre-cœur quelque chose de bon n’est pas bien faire. Et ceux même
qui me forçaient à l’étude ne faisaient pas bien; mais bien m’en
advenait par vous, mon Dieu. Eux ne voyaient pour moi dans ce qu’ils me
pressaient d’apprendre qu’un moyen d’assouvir l’insatiable convoitise de
cette opulence qui n’est que misère, de cette gloire qui n’est
qu’infamie.
Mais vous, «qui savez le compte des cheveux de notre tête[69]», vous
tourniez leur erreur à mon profit, et ma paresse, au châtiment que je
méritais, si petit enfant, si grand pécheur. Ainsi, du mal qu’ils
faisaient, vous tiriez mon bien, et de mes péchés, ma juste rétribution.
Car vous avez ordonné, et il est ainsi, que tout esprit qui n’est pas
dans l’ordre soit sa peine à lui-même.
[69] Matth., X, 30.