L’inspiration de Dieu, créateur et ordonnateur de toutes choses, et la
pensée toujours présente de consacrer, moyennant la grâce du Sauveur, au
service de la toute-puissante et divine Trinité, d’abord dans la vie
laïque, et aujourd’hui dans le ministère de l’épiscopat, ce qui m’a été
donné de lumières et d’éloquence, afin de contribuer à l’édification de
la sainte et véritable Église de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l’Église
catholique, me font un devoir de révéler, touchant la vie et les mœurs
de celui que la prédestination divine appela dans le temps marqué au
sacerdoce, le saint prêtre Augustin, ce que j’ai pu voir de mes yeux ou
entendre de sa propre bouche. Plusieurs de nos frères en notre sainte
mère l’Église catholique nous ont laissé de semblables exemples, quand,
cédant au souffle de l’Esprit saint, ils ont, soit de vive voix, soit
par la plume, transmis à la pieuse curiosité des fidèles les actes de
ceux qu’une commune grâce du Seigneur a faits si grands parmi les hommes
et qui ont mérité de persévérer jusqu’à la fin. Ainsi je viens à mon
tour, moi, le dernier des dispensateurs de la parole, je viens avec une
foi sincère, cette foi jalouse de servir et de plaire au Seigneur des
Seigneurs et aux âmes fidèles, rappeler l’origine, la vie et la fin de
cet homme vénérable, ce que j’ai recueilli de lui-même, les faits dont
j’ai été le témoin en cette longue suite d’années passées dans son
intimité; et ce n’est qu’autant que Dieu me prêtera son aide, que
j’entreprends cette œuvre. Je prie toutefois la suprême Majesté pour
qu’elle me donne de l’accomplir sans offenser la vérité du Père des
lumières et sans offrir à la charité des fidèles enfants de l’Église le
moindre sujet d’alarmes. Je ne rappellerai pas ici tout ce que le
bienheureux Augustin, dans ses _Confessions_, raconte de lui-même, ce
qu’il avait été avant de recevoir la grâce et ce qu’il devint après
l’avoir reçue. Il voulut rendre ce public témoignage, de peur que, selon
l’expression de l’apôtre[1], quelqu’un ne l’estimât au-dessus de ce
qu’il se savait être, ou de ce que ses paroles faisaient connaître de
lui; suivant les voies de l’humilité sainte, ne voulant tromper
personne, mais cherchant dans le bienfait de sa propre délivrance et
dans les grâces qu’il avait déjà reçues la gloire de son Seigneur, non
la sienne, et demandant les prières de ses frères pour les faveurs qu’il
désirait encore. Car, d’après le témoignage de l’ange, «il est bon de
tenir caché le secret du roi, mais il est glorieux de révéler et de
publier les œuvres du Seigneur[2]».
[1] II Cor., XII, 6.
[2] Tob., XII, 7.
I
Premières années. Conversion et baptême de saint Augustin.
Augustin était de la province d’Afrique, de la cité de Tagaste. Né d’une
famille curiale et chrétienne[3], ses parents n’épargnèrent rien, ni
soins, ni dépenses, pour l’élever et l’instruire. Il fut profondément
initié à la connaissance des lettres humaines et de tous les arts que
l’on appelle libéraux. Car lui-même enseigna d’abord la grammaire dans
sa ville natale, puis la rhétorique dans la capitale de l’Afrique, à
Carthage; plus tard, il alla professer outre-mer, à Rome, et à Milan[4],
où l’empereur Valentinien II tenait sa cour. Alors aussi, dans cette
ville, les fonctions épiscopales étaient remplies par un grand serviteur
de Dieu, homme éminent entre les meilleurs, le pontife Ambroise.
Assistant dans l’église avec le peuple aux fréquentes conférences de ce
saint prédicateur de la parole de Dieu, il demeurait comme attaché et
suspendu à ses lèvres. Séduit dès sa première jeunesse par l’erreur des
Manichéens, il donnait aux discours de l’évêque une attention plus
inquiète qu’aucun autre auditeur, écoutant s’il ne se dirait rien qui
favorisât ou qui combattît cette hérésie. Et la clémence divine, qui
voulait sa délivrance, vint au-devant de ces perplexités. Elle conduisit
le cœur de son serviteur à résoudre incidemment certaines objections que
les hérétiques élevaient contre la loi. Ces enseignements inattendus,
suggérés par la divine miséricorde, bannirent peu à peu cette erreur de
l’esprit d’Augustin; et bientôt, raffermi dans la foi catholique, il
sentit naître en lui cette amoureuse ardeur d’avancer dans la religion,
en sorte qu’à l’approche des saints jours de Pâques[5], il reçut l’eau
du salut. Et la céleste miséricorde voulut encore que ce fût par le
ministère de ce grand et saint pontife Ambroise qu’il reçût à la fois la
doctrine salutaire de l’Église catholique et le sacrement régénérateur.
[3] L’an 354, ides de novembre, Constantin Aug. VII et Constantin
César III, consuls.
[4] L’an 383 et 384.
[5] 24 avril, l’an 387.