AVANT-PROPOS.

LE TRAITÉ DE GROTIUS, intitulé, _le Pouvoir du Magistrat politique sur

les choses sacrées_, a eu en Latin plusieurs éditions fort rapides, sans

qu'aucun Traducteur ait songé à en donner une Version Françoise. Cet

Ouvrage roule pourtant sur des objets aussi intéressans, que son _Droit

de la Paix & de la Guerre_, & il s'y livre moins aux questions de pure

spéculation. Mais soit que l'on ait redouté la Doctrine à cause de la

Religion que l'Auteur professoit, soit qu'on l'ait encore trouvé plus

abstrait, il n'a point paru jusqu'à présent dans la Langue la plus

familière, & que Grotius avoit adoptée en quelque sorte par le séjour

qu'il avoit-choisi en France.

Monsieur de Barbeyrac, dont les veilles ont illustré ce profond

Publiciste, consulté en 1732 sur le projet déjà fort avancé de traduire

ce morceau précieux, répondit par une Lettre très-ample le 18 Janvier

1733, de Groningue, où il étoit alors Professeur, après avoir enseigné

long-tems à Lauzanne. On ne raportera ici que l'article qui concerne ce

Traité particulier.

«Les Libraires m'ont également sollicité plus d'une fois de traduire le

Traité dont vous parlez, _de Imperio Summarum Potestatum circa sacra_,

mais j'ai refusé ces propositions & bien d'autres que l'on m'a faites.

Un seul homme ne peut pas tout, & je crois n'a voir pas à me reprocher

d'être demeuré oisif. Grotius & Puffendorf m'ont coûté une peine qu'on

ne sçauroit bien comprendre, qu'en essayant quelque chose de semblable;

et on verroit plus de productions utile qu'il n'en paroît, si ceux qui

on les talens & les secours qui me manquent, vouloient s'engager à

d'aussi grands travaux que j'en ai essuyés, sans en tirer gueres d'autre

récompense, qui puisse être appellée telle, que la satisfaction de

faire ce que j'ai pu pour rendre service au Public; & le plaisir de

m'appercevoir que les gens de bon goût n'ont pas désapprouvé mes

efforts. Je suis bien aise qu'un de vos amis pense à donner une

Traduction du Grotius sur la Puissance ecclésiastique. A l'égard de ce

que vous me demandez sur Grotius et ses Ouvrages, outre ce que j'ai dit

dans ma Préface sur le Droit de la Guerre et de la Paix, & ce que l'on

trouve dans le Dictionnaire de Bayle, & dans le Tome XIX. des Mémoires

du Pere Niceron, je ne puis vous indiquer qu'un Livre, imprimé en 1727.

à Hall en Saxe, sous le faux titre de Delft en deux vol. in-8°. sous

ce titre: _Hugonis Grotii Belgarum Phoenicis Manes, abiniquis

objectationibus vindicati: accÉdit scriptorum ejus tum Éditorum, tum

inÉditorum conspectus &c._ Quoique le Livre soit fort à l'Allemande, &

que l'Auteur ne soit pas toujours exact, il peut être fort utile...»

M. de Barbeyrac indique des sources générales & particulieres à

qui voudroit étudier davantage le génie vaste du Sçavant, qui,

indépendamment de ses amples connoissances, a joué un rolle dans sa

Patrie. Ce précis servira d'introduction à la Traduction que l'on offre

aujourd'hui. Elle a été entreprise il y a plus de vingt ans; on ne l'a

chargée ni de notes ni de commentaires comme la plupart des Versions

de Grotius. La fidélité du texte n'est pas douteuse, puisque plusieurs

éditions Latines sont copiées les unes sur les autres, & que des

remarques, de quelqu'espèce qu'elles fussent, seroient superflues.

L'accueil du Public fixera le succès qu'a lieu de se promettre la plume,

qui a consommé la tâche de M. de Barbeyrac.

Traité du Pouvoir du Magistrat Politique sur les choses sacrées · 第 2 / 24 题