PLAIDOYER DE MON ONCLE DEVANT LE BAILLI.

Le samedi suivant, veille de la cérémonie du baptême, mon oncle était

cité à comparaître par-devant M. le bailli pour s'entendre condamner par

corps à payer au sieur Bonteint la somme de cent cinquante francs dix

sols six deniers, pour marchandises à lui vendues: ainsi s'exprimait la

cédule, dont le coût était de quatre francs cinq sols.

Un autre que mon oncle eût déploré son sort sur tous les tons de

l'élégie; mais l'âme de ce grand homme était inaccessible aux atteintes

de la fortune. Ce tourbillon de misère que la société soulève autour

d'elle, cette vapeur de larmes dont elle est enveloppée, ne pouvaient

monter jusqu'à lui; il avait son corps au milieu des fanges de

l'humanité: quand il avait trop bu, il avait mal à la tête; quand il

avait marché trop longtemps, il était las; quand le chemin était trop

boueux, il se crottait jusqu'à l'échine; enfin, quand il n'avait pas

d'argent pour payer son écot, l'aubergiste le couchait sur son

grand-livre; mais, comme l'écueil dont le pied est battu par les vagues

et dont le front rayonne de soleil; comme l'oiseau qui a son nid dans

les buissons du chemin et qui vit au milieu de l'azur des cieux, son âme

planait dans une région supérieure, toujours calme et sereine. Il

n'avait, lui, que deux besoins, la faim et la soif, et, si le firmament

fût tombé en éclats sur la terre, et qu'il y eût laissé une bouteille

intacte, mon oncle l'eût tranquillement vidée à la résurrection du genre

humain, écrasé sur un quartier fumant de quelque étoile. Pour lui, le

passé n'était rien et l'avenir n'était pas encore quelque chose: il

comparait le passé à une bouteille vide, et l'avenir à un poulet prêt à

être mis à la broche.--Que m'importe, disait-il, quelle liqueur a

contenu la bouteille? et pour le poulet, pourquoi me ferais-je rôtir

moi-même à le faire passer et repasser devant l'âtre? Peut-être quand il

sera cuit à point, que le couvert sera dressé, que je me serai revêtu de

ma serviette, surviendra un molosse qui emportera la volaille fumante

entre ses dents.

Éternité, néant, passé, sombres abîmes!

s'écrie le poète; pour moi, tout ce que je voudrais retirer de ce sombre

abîme, c'est mon dernier habit rouge, s'il surnageait à ma portée; la

vie est tout entière dans le présent, et le présent c'est la minute qui

passe; or, que me fait à moi un bonheur ou un malheur d'une minute?

Voici un mendiant et un millionnaire; Dieu leur dit: Vous n'avez qu'une

minute à rester sur la terre; cette minute écoulée, il leur en accorde

une seconde, puis une troisième, et il les fait vivre ainsi jusqu'à

quatre-vingt-dix ans. Croyez-vous que l'un est bien plus heureux que

l'autre? Toutes les misères qui affligent l'homme, c'est lui-même qui en

est l'artisan. Les jouissances qu'il s'élabore ne valent pas le quart de

la peine qu'il se donne pour les acquérir. Il ressemble à un chasseur

qui bat toute la journée la campagne pour un lièvre étique ou une

carcasse de perdrix. Nous nous vantons de la supériorité de notre

intelligence!... Mais qu'importe que nous mesurions le cours des astres;

que nous puissions dire, à une seconde près, à quelle heure la lune se

trouvera entre la terre et le soleil; que nous parcourions les solitudes

de l'Océan avec des nageoires de bois ou avec des ailes de chanvre, si

nous ne savons pas jouir des biens que Dieu a mis dans notre existence.

Les animaux, que nous insultons du nom de brutes, en savent bien

autrement long que nous sur les choses de la vie. L'une se vautre dans

l'herbe et la broute sans s'inquiéter si elle repoussera; l'ours ne va

point garder les troupeaux d'un fermier afin d'avoir des mitaines et un

bonnet fourré pour son hiver; le lièvre ne se fait pas tambour d'un

régiment dans l'espoir de gagner du son pour ses vieux jours; le vautour

ne se fait pas facteur de la poste pour avoir autour de son cou chauve

un beau collier d'or; tous sont contents de ce que la nature leur a

donné, du lit qu'elle leur a préparé dans l'herbe des bois, du toit

qu'elle leur a fait avec les étoiles et l'azur du firmament. Aussitôt

qu'un rayon luit sur la plaine, l'oiseau se met à gazouiller sur la

branche, l'insecte bourdonne autour du buisson, le poisson se joue à la

surface de son étang, le lézard flâne sur les pierres chaudes de sa

masure; si quelque ondée tombe du nuage, chacun se réfugie dans son

asile et s'y endort paisiblement en attendant le soleil du lendemain.

Pourquoi l'homme n'en fait-il pas autant? N'en déplaise au grand roi

Salomon, la fourmi est le plus sot des animaux: au lieu de jouer dans la

prairie pendant la belle saison, de prendre sa part de cette magnifique

fête que le ciel, pendant six mois, donne à la terre, elle perd tout son

été à mettre l'un sur l'autre des petits brins de feuilles; puis, quand

sa cité est achevée, passe un vent qui la balaie de son aile.

Benjamin, donc, fit griser l'huissier de Bonteint, et enveloppa de

l'onguent de la mère avec le papier timbré de la cédule.

M. le bailli devant lequel devait comparaître mon oncle est un

personnage trop important pour que je néglige de vous faire son

portrait. D'ailleurs, mon grand-père, à son lit de mort, me l'a

expressément recommandé, et pour rien au monde je ne voudrais manquer à

ce pieux devoir.

M. le bailli, donc, était né, comme tant d'autres, de parents pauvres.

Son premier lange avait été taillé dans une vieille capote de gendarme,

et il avait commencé ses études de jurisprudence par nettoyer le grand

sabre de monsieur son père, et par étriller son cheval rouge. Je ne

saurais vous expliquer comment, du dernier rang de la hiérarchie

judiciaire, M. le bailli s'était élevé à la plus haute magistrature du

pays; tout ce que je puis vous dire, c'est que le lézard parvient aussi

bien que l'aigle au sommet des grands rochers. M. le bailli, entre

autres manies, avait celle d'être un grand personnage. L'infériorité de

son origine faisait son désespoir. Il ne concevait pas comment un homme

comme lui n'était pas né gentilhomme. Il attribuait cela à une erreur du

Créateur. Il aurait donné sa femme, ses enfants et son greffier pour un

chétif morceau de blason. La nature avait été assez bonne mère envers M.

le bailli; à la vérité elle lui avait fait sa part d'intelligence ni

trop grosse ni trop petite; mais elle y avait ajouté une bonne dose

d'astuce et d'audace. M. le bailli n'était ni sot ni spirituel: il se

tenait sur la lisière des deux camps, avec cette différence, toutefois,

qu'il n'avait jamais posé le pied dans celui des gens d'esprit, mais que

sur le terrain facile et ouvert de l'autre, il faisait de fréquentes

excursions. Ne pouvant avoir l'esprit des hommes spirituels, M. le

bailli s'est contenté de celui des sots. Il faisait des calembours; ces

calembours, les procureurs et leurs femmes se faisaient un devoir de les

trouver fort jolis: son greffier était chargé de les répandre dans le

public, et même de les expliquer aux intelligences émoussées qui d'abord

n'en comprenaient pas le sens. Grâce à cet agréable talent de société,

M. le bailli s'était acquis, dans un certain monde, comme une réputation

d'homme d'esprit, mais cette réputation, mon oncle disait qu'il l'avait

payée en fausse monnaie. M. le bailli était-il honnête homme? Je

n'oserais vous dire le contraire. Vous savez que le code définit les

voleurs, et que la société tient pour honnêtes gens tous ceux qui sont

en dehors de la définition; or, M. le bailli n'était point défini par le

code. M. le bailli, à force d'intrigues, était parvenu à diriger

non-seulement les affaires, mais encore les plaisirs de la ville. Comme

magistrat, M. le bailli était un personnage assez peu recommandable. Il

comprenait bien la loi; mais quand elle contrariait ses aversions ou ses

sympathies, il la laissait dire. On l'accusait d'avoir à sa balance un

plateau d'or et un plateau de bois, et, au fait, je ne sais comment cela

arrivait, mais ses amis avaient toujours raison et ses ennemis toujours

tort. S'il s'agissait d'un délit, ceux-ci avaient encouru le maximum de

la peine; encore s'il avait pu le faire plus gros, il l'aurait amplifié

de bon coeur. Toutefois, la loi ne peut pas toujours fléchir: quand M. le

bailli se trouvait dans la nécessité de se prononcer contre un homme

dont il craignait ou espérait quelque chose, il se tirait d'affaire en

se récusant, et il faisait vanter par sa coterie son impartialité. M. le

bailli visait à l'admiration universelle: il détestait cordialement,

mais en secret, ceux qui l'effaçaient par une supériorité quelconque. Si

vous aviez l'air de croire à son importance, si vous alliez lui demander

sa protection, vous le rendiez le plus heureux du monde; mais si vous

lui refusiez un coup de votre chapeau, cette injure s'incrustait

profondément dans sa mémoire, elle y faisait plaie, et eussiez-vous vécu

cent ans et lui aussi, jamais il ne vous l'eût pardonnée. Malheur donc à

l'infortuné qui s'abstenait de saluer M. le bailli. Si quelque affaire

l'amenait devant son tribunal, il le poussait par quelque avanie bien

combinée à lui manquer de respect. La vengeance devenait alors pour lui

un devoir, et il faisait mettre notre homme en prison, tout en déplorant

la fatale nécessité que lui imposaient ses fonctions. Souvent même, pour

mieux faire croire à sa douleur, il avait l'hypocrisie de se mettre au

lit, et dans les grandes occasions, il allait jusqu'à la saignée.

M. le bailli faisait la cour à Dieu comme aux puissances de la terre: il

ne se passait jamais de la grand'messe, et il se plaçait toujours au

beau milieu du banc d'oeuvre. Cela lui rapportait tous les dimanches une

part de pain béni avec la protection du curé. S'il eût pu faire

constater par un procès-verbal qu'il avait assisté à l'office, sans

aucun doute il l'eût fait. Mais ces petits défauts étaient compensés

chez M. le bailli par de brillantes qualités: personne ne s'entendait

mieux que lui à organiser un bal aux frais de la ville ou un banquet en

l'honneur du duc de Nivernais. Dans ces jours solennels, il était

magnifique de majesté, d'appétit et de calembours: Lamoignon ou le

président Molé eussent été auprès de lui de bien petits hommes.

En récompense des éminents services qu'il rendait à la ville, il

espérait, depuis dix ans, la croix de Saint-Louis, et quand, après ses

campagnes d'Amérique, Lafayette en fut décoré, il cria tout bas à

l'injustice.

Tel était, au moral, M. le bailli; au physique, c'était un gros homme,

quoiqu'il n'eût pas encore atteint toute sa majesté; sa personne

ressemblait à une ellipse renflée par le bas: vous eussiez pu le

comparer à un oeuf d'autruche qui eût eu deux jambes. La perfide nature,

qui a donné, sous un ciel de feu, au mancenilier un vaste et épais

ombrage, avait accordé à M. le bailli l'effigie d'un honnête homme;

aussi aimait-il beaucoup à poser, et c'était un beau jour dans sa vie

quand il pouvait aller, escorté de pompiers, du tribunal à l'église. M.

le bailli se tenait toujours raide comme une statue sur son piédestal:

si vous l'eussiez connu, vous eussiez dit qu'il avait un emplâtre de

poix de Bourgogne ou un vaste vésicatoire entre les deux épaules; il

allait dans la rue comme s'il eût porté un Saint-Sacrement; son pas

était invariable comme une demi-aune: une averse de hallebardes ne le

lui eût pas fait allonger d'un pouce; avec M. le bailli pour unique

instrument, un astronome eût pu mesurer un arc du méridien.

Mon oncle ne haïssait point M. le bailli; il ne daignait pas même le

mépriser; mais, en présence de cette abjection morale, il éprouvait

comme un soulèvement de son âme; il disait quelquefois que cet homme lui

faisait l'effet d'un gros crapaud accroupi dans un fauteuil de velours.

Pour M. le bailli, il haïssait Benjamin avec toute l'énergie de son âme

bilieuse. Celui-ci ne l'ignorait pas, mais il s'en mettait peu en souci.

Pour ma grand'mère, craignant un conflit entre ces deux natures si

diverses, elle voulait que Benjamin s'abstînt de paraître à l'audience;

mais le grand homme, qui avait confiance dans la force de sa volonté,

avait dédaigné ce timide conseil; seulement, le samedi matin, il s'était

abstenu de prendre sa ration accoutumée de vin chaud.

L'avocat de Bonteint prouva du reste que son client avait le droit de

réclamer contre mon oncle un jugement par corps. Quand il eut achevé et

parachevé sa démonstration, le bailli demanda à Benjamin ce qu'il avait

à alléguer pour sa défense.

--Je n'ai qu'une simple observation à faire, dit mon oncle, mais elle

vaut mieux que tout le plaidoyer de monsieur, car elle est sans

réplique: j'ai cinq pieds neuf pouces au-dessus du niveau de la mer et

six pouces au-dessus du vulgaire des hommes; je pense...

--Monsieur Rathery, interrompit le bailli, tout grand homme que vous

êtes, vous n'avez pas le droit de plaisanter avec la justice.

--Si j'avais envie de plaisanter, dit mon oncle, ce ne serait pas avec

un personnage aussi puissant que M. le bailli, dont la justice,

d'ailleurs, ne plaisante pas; mais quand je dis que j'ai cinq pieds neuf

pouces au-dessus du niveau de la mer, ce n'est pas une plaisanterie que

je fais, c'est un moyen sérieux de défense que je présente. M. le bailli

peut me faire mesurer s'il doute de la vérité de ma déclaration. Je

pense donc...

--M. Rathery, répliqua vivement le bailli, si vous continuez sur ce ton,

je serai obligé de vous retirer la parole.

--Ce n'est pas la peine, répondit mon oncle, car voilà que j'ai fini. Je

pense donc, ajouta-t-il en précipitant ses syllabes l'une sur l'autre,

qu'on ne peut saisir au corps un homme de ma taille pour cinquante

misérables écus.

--À votre compte, dit le bailli, la contrainte par corps ne pourrait

s'exercer que sur un de vos bras, une de vos jambes, peut-être bien même

sur votre queue.

--D'abord, répliqua mon oncle, je ferai observer à M. le bailli que ma

queue n'est pas en cause; ensuite, je n'ai pas la prétention que

m'attribue M. le bailli: je suis né indivis, et je prétends bien rester

indivis toute ma vie; mais, comme le gage vaut au moins le double de la

créance, je prie M. le bailli d'ordonner que la sentence par corps ne

pourra être exécutée qu'après que Bonteint m'aura fourni trois autres

habits rouges.

--M. Rathery, vous n'êtes pas ici au cabaret, je vous prie de vous

souvenir à qui vous parlez; vos propos deviennent aussi _inconsidérés_

que votre personne.

--M. le bailli, j'ai bonne mémoire, et je sais très-bien à qui je parle.

J'ai été trop soigneusement élevé par ma chère soeur dans la crainte de

Dieu et des gendarmes pour que je l'oublie. Quant au cabaret, puisqu'il

est ici question de cabaret, il est trop bien apprécié des honnêtes

gens, pour qu'il ait besoin que je le réhabilite. Si nous allons au

cabaret, nous, c'est que, quand nous avons soif, nous n'avons pas le

privilége de nous rafraîchir aux frais de la ville. Le cabaret, c'est la

cave de ceux qui n'en ont point, et la cave de ceux qui en ont une, ce

n'est autre chose qu'un cabaret sans bouchon. Il sied mal à ceux qui

boivent une bouteille de Bourgogne et autre chose à leur dîner, de

vilipender le pauvre diable qui se régale par-ci par-là, au cabaret,

d'une pinte de Croix-Pataux. Ces orgies officielles, où on s'enivre en

portant des toasts au roi et au duc de Nivernais, c'est tout simplement,

une euphonie à part, ce que le peuple appelle une ribotte. S'enivrer à

sa table, c'est plus décent; mais se griser au cabaret, c'est plus noble

et surtout plus profitable au trésor. Pour la considération qui

s'attache à ma personne, elle est moins étendue que celle que peut

revendiquer M. le bailli pour la sienne, attendu que moi je ne suis

considéré que des honnêtes gens; mais...

M. Rathery! s'écria le bailli, ne trouvant point, aux épigrammes dont le

harcelait mon oncle, de réponse meilleure et plus facile, vous êtes un

insolent!

--Soit, répliqua Benjamin secouant un fétu qui s'était attaché au revers

de son habit; mais je dois, en conscience, prévenir M. le bailli que je

me suis renfermé ce matin dans les bornes de la plus stricte tempérance;

qu'ainsi, s'il cherchait à me faire sortir du respect que je dois à sa

robe, il en serait pour ses frais de provocation.

--M. Rathery, fit le bailli, vos allusions sont injurieuses à la

justice; je vous condamne à trente sous d'amende.

--Voilà trois francs, dit mon oncle, mettant un petit écu sur la table

verte du juge, payez-vous.

--M. Rathery! s'écria le bailli exaspéré, sortez.

--M. le bailli, j'ai l'honneur de vous saluer; mes compliments à madame

la baillive, s'il vous plaît.

--Quarante sous d'amende de plus! hurla le juge.

--Comment! dit mon oncle, quarante sous d'amende parce que je présente

mes compliments à madame la baillive? Et il sortit.

--Ce diable d'homme, disait le soir M. le bailli à sa femme, jamais je

ne me serais imaginé qu'il fût si modéré; mais qu'il se tienne bien,

j'ai lâché contre lui une contrainte par corps, et je parlerai à

Bonteint pour qu'il la fasse exécuter de suite. Il apprendra ce que

c'est que de me braver... Quand je l'inviterai aux fêtes données par la

ville, il fera chaud, et si je peux lui écorner sa clientèle...

--Fi donc! M. le bailli, lui répondit sa femme, sont-ce là les

sentiments d'un homme de banc d'oeuvres? Et que vous a donc fait M.

Rathery? c'est un homme si gai, si bien tourné, si aimable!

--Ce qu'il m'a fait, madame la baillive? il a osé me rappeler que votre

beau-père était un gendarme, et d'ailleurs, il a plus d'esprit et il est

plus honnête homme que moi... croyez-vous que ce soit peu de chose?

Le lendemain, mon oncle ne pensait plus à la contrainte par corps

obtenue contre lui; il se dirigeait vers l'église, poudré et solennel,

mademoiselle Minxit au côté droit et son épée au côté gauche; il était

suivi de Page, qui faisait le coquet dans son habit noisette, d'Arthus,

dont l'abdomen était enveloppé, jusqu'au delà de son diamètre, d'un

gilet à grands ramages, entre lesquels voltigeaient de petits oiseaux;

de Millot-Rataut, qui portait une perruque couleur de brique et dont les

tibias gris de lin étaient jaspés de noir, et d'un grand nombre d'autres

dont il ne me plaît pas de livrer les noms à la postérité. Parlanta seul

manquait à l'appel. Deux violons piaulaient à la tête du cortége;

Machecourt et sa femme fermaient la marche. Benjamin, toujours

magnifique, semait sur son passage les dragées et les liards de

l'inoculation. Gaspard, tout fier de lui servir de poche, se tenait à

ses cotés, portant dans un grand sac les dragées de la cérémonie.

Mon oncle Benjamin · 第 26 / 43 题