Le samedi suivant, mon oncle alla coucher à Corvol.
On partit le lendemain au lever du soleil. M. Minxit était accompagné de
tous ses gens et de plusieurs amis, dont le confrère Fasta faisait
partie. C'était par un de ces jours splendides que le sombre hiver,
semblable à un geôlier qui sourit, donne de temps en temps à la terre;
février semblait avoir emprunté au mois d'avril son soleil; le ciel
était limpide, et le vent du midi emplissait l'atmosphère d'une molle
tiédeur; la rivière fumait au loin entre les saules, la gelée blanche du
malin pendait en gouttelettes aux branches des buissons; les petits
pâtres chantaient pour la première fois de l'année dans les prés, et les
ruisselets qui descendent de la montagne du Flez, réveillés par la
chaleur du soleil, gazouillaient au pied des haies.
--M. Fata, dit mon oncle, voilà une belle journée! Est-ce que nous la
passerons entre les rameaux mouillés des bois?
--Ce n'est pas mon avis, confrère, répondit celui-ci. Si vous voulez
venir chez moi, je vous montrerai un enfant à quatre têtes que j'ai
serré dans un bocal. M. Minxit m'en offre trois cents francs.
--Vous feriez bien de le lui céder, dit mon oncle, et de mettre du
cassis à la place.
Cependant, comme il avait de bonnes jambes et qu'il n'y avait que deux
petites lieues de là à Varzy, il se décida à suivre le confrère. Ils
quittèrent donc, Fata et lui, le gros des chasseurs, et s'enfoncèrent
dans un chemin de travers qui s'égarait dans la prairie. Bientôt ils se
trouvèrent vis-à-vis Saint-Pierre-du-Mont. Or, Saint-Pierre-du-Mont est
un gros monticule situé sur la route de Clamecy à Varzy. Il est à sa
base revêtu de prairies et tout ruisselant de sources, mais ras et nu à
son sommet. Vous diriez une grande motte de terre soulevée dans la
plaine par une taupe gigantesque. Sur son crâne pelé et teigneux était
alors un reste de château féodal, aujourd'hui remplacé par une élégante
maison de campagne qu'habite un engraisseur de bestiaux: car c'est ainsi
que, par un travail insensible, les oeuvres de l'homme, comme celle de la
nature, se décomposent et recomposent.
Les murs du castel étaient démantelés, ses créneaux édentés en maints
endroits; les tours semblaient avoir été cassées par le milieu, et elles
étaient réduites à l'état de tronçons; ses fossés, taris à moitié,
étaient encombrés par de grandes herbes et une forêt de roseaux, et son
pont-levis avait fait place à un pont de pierre: l'ombre sinistre de ce
vieux débris de la féodalité attristait tous les environs; les
chaumières avaient reculé devant lui; les unes étaient allées sur le
coteau voisin former le village de Flez, les autres étaient descendues
dans la vallée et s'étaient groupées en hameau le long de la route.
Le maître de cette vieille gentilhommière était alors un certain marquis
de Cambyse. M. de Cambyse était grand, épais, fortement charpenté et
avait la force d'un géant. Vous eussiez dit une ancienne armure faite de
chair. Il était d'un caractère violent, emporté, susceptible jusqu'à
l'excès, ne pouvant supporter aucune contradiction, et d'un orgueil qui
allait jusqu'à la sottise; il était d'ailleurs entiché de sa noblesse et
s'imaginait que les Cambyse étaient une oeuvre hors ligne dans la
création.
Il avait été quelque temps officier de mousquetaires, je ne sais de
quelle couleur; mais il était mal à son aise à la cour: sa volonté s'y
trouvait comprimée, sa violence ne pouvait y faire explosion, et il
était d'ailleurs étouffé au milieu de cette poussière de hobereaux qui
chatoyaient et tourbillonnaient autour du trône. Il était revenu dans
ses terres et il y vivait en petit monarque. Le temps avait emporté un à
un les vieux privilèges de la noblesse; mais, lui, il les avait gardés
de fait et il les exerçait dans toute leur plénitude. Il était encore
maître absolu non-seulement de ses domaines, mais encore dans tout le
pays des environs. C'était, à la rondache près, un véritable seigneur
féodal. Il rossait les paysans, il leur prenait leurs femmes quand elles
étaient gentilles, il envahissait leurs terres avec ses meutes, foulait
leurs récoltes aux pieds de ses valets, et faisait mille avanies aux
bourgeois qui se laissaient rencontrer par lui autour de sa montagne.
Il faisait du despotisme et de la violence par caprice, par
divertissement et surtout par amour propre. Afin d'être le personnage le
plus éminent du pays, il avait voulu en être le plus méchant. Il ne
savait pas de meilleures manières pour démontrer sa supériorité aux gens
que de les opprimer. Pour être célèbre, il s'était fait méchant. C'était
au volume près, la puce qui ne peut vous faire apercevoir de sa présence
entre vos draps qu'en vous piquant. Quoique riche, il avait des
créanciers. Mais il se faisait un point d'honneur de ne pas les payer.
Telle était la terreur de son nom que vous n'eussiez pas trouvé dans le
pays un huissier pour l'assigner. Un seul, le père Ballivet, avait osé
lui remettre une cédule en main propre et parlant à sa personne, mais il
y avait risqué sa vie. Honneur donc au généreux père Ballivet, huissier
royal, qui exploitait pour tout le monde et deux lieues au delà, ainsi
que le disaient les mauvais plaisants du pays pour ternir la gloire de
ce grand huissier.
Voici du reste comment il s'y était pris. Il avait empaqueté sa cédule
dans une demi-douzaine d'enveloppes perfidement cachetées et l'avait
présentée à M. de Cambyse comme un paquet venant du château de Vilaine.
Tandis que le marquis démaillotait l'exploit, il s'était esquivé sans
bruit, avait gagné la grande porte et avait enfourché son cheval qu'il
avait attaché à un arbre à quelque distance du château. Quand le marquis
eut connaissance de ce que contenait le paquet, furieux d'avoir été la
dupe d'un huissier, il ordonna à ses domestiques de courir sur ses
traces; mais le père Ballivet était hors de leur portée et se moquait
d'eux par un geste que je ne puis reproduire ici.
Du reste, M. de Cambyse ne se faisait guère plus de scrupule de
décharger son fusil sur un paysan que sur un renard. Il en avait déjà
détérioré deux ou trois, qu'on appelait dans le pays les estropiés de M.
de Cambyse, et plusieurs habitants quasi-notables de Clamecy avaient été
victimes de ses très-mauvaises plaisanteries. Quoiqu'il ne fût pas
encore bien vieux, il y avait déjà dans la vie de cet honorable seigneur
assez de sanglantes espiègleries pour faire deux forçats à perpétuité;
mais sa famille était bien à la cour: la protection de ses nobles
cousins le mettait à l'abri de toute poursuite. Et au fait, chacun prend
son plaisir où il le trouve. Le bon roi Louis XV, tandis qu'il prenait à
Versailles de si doux et de si joyeux ébats, tandis qu'il donnait des
fêtes aux gentilshommes de sa cour, ne voulait pas que ses gentilshommes
de province s'ennuyassent dans leurs terres, et il eût été
très-contrarié que les paysans à faire crier sous le bâton, ou les
bourgeois à désoler leur eussent fait faute. Louis, dit le Bien-Aimé,
tenait à mériter l'amour que lui avaient décerné ses sujets. Ainsi donc,
il est bien entendu que le marquis de Cambyse était inviolable comme un
roi constitutionnel, et qu'il n'y avait pour lui ni justice ni
maréchaussée.
Benjamin aimait à déclamer contre M. de Cambyse; il l'appelait le
Gessler des environs, et il manifestait souvent le désir de se trouver
en la présence de cet homme; ses souhaits ne furent que trop tôt
accomplis, comme vous allez le voir.
Mon oncle, en sa qualité de philosophe, se mit en contemplation devant
les vieux créneaux noirs et ébréchés qui déchiraient l'azur du ciel.
--M. Rathery, lui dit le confrère le tirant par la manche, il ne fait
pas bon autour de ce château, je vous en préviens.
--Comment, M. Fata, vous aussi vous avez peur d'un marquis?
--Mais, M. Rathery, c'est que je suis, moi, un médecin à perruque.
--Voilà comme ils sont tous! s'écria mon oncle, donnant un libre cours à
son indignation; ils sont trois cents roturiers contre un gentilhomme,
et ils souffrent qu'un gentilhomme leur passe sur le ventre; encore
s'aplatissent-ils le plus qu'ils peuvent de peur que ce noble personnage
ne trébuche!
--Que voulez-vous, M. Rathery, contre la force...
--Mais c'est vous qui l'avez la force, malheureux! Vous ressemblez au
boeuf qui se laisse conduire par un enfant, de sa verte prairie à
l'abattoir. Oh! le peuple est lâche! il est lâche! je le dis avec
amertume, comme une mère dit que son enfant a mauvais coeur. Toujours il
abandonne au bourreau ceux qui se sont sacrifiés pour lui, et s'il
manque une corde pour les pendre, il se charge de la fournir. Deux mille
ans ont passé sur la cendre des Gracques, et dix-sept cent cinquante ans
sur le gibet de Jésus-Christ, et c'est toujours le même peuple. Il a
quelquefois des lubies de courage; il jette le feu par la bouche et les
naseaux; mais la servitude est son état normal et il y revient toujours,
comme un serin apprivoisé revient toujours à sa cage. Vous voyez passer
le torrent gonflé par un soudain orage et vous le prenez pour un fleuve.
Vous repassez le lendemain, et vous ne trouvez plus qu'un honteux filet
d'eau qui se cache sous les herbes de ses rives, et qui n'a laissé de
son passage que quelques pailles aux branches des arbustes. Il est fort
quand il veut l'être; mais prenez-y garde, sa force ne dure qu'un
instant: ceux qui s'appuient sur lui bâtissent leur maison sur la face
glacée d'un lac.
En ce moment, un homme en riche costume de chasse traversait la route,
suivi de chiens aboyants et d'une longue traînée de valets. Fata pâlit.
--M. de Cambyse! dit-il à mon oncle; et il salua profondément; mais
Benjamin resta droit et couvert comme un grand d'Espagne.
Or, rien n'était plus propre à choquer le terrible marquis que
l'outrecuidance de ce vilain qui lui refusait un banal hommage sur la
lisière de ses domaines et en présence de son château. C'était
d'ailleurs d'un très-mauvais exemple et qui pouvait devenir contagieux.
--Manant! dit-il à mon oncle avec son air de gentilhomme pourquoi ne me
salues-tu pas?
--Toi-même, répondit mon oncle en le toisant du haut en bas de son oeil
gris, pourquoi ne m'as-tu pas salué?
--Ne sais-tu pas que je suis le marquis de Cambyse, seigneur de tout ce
pays?
--Et toi, ignores-tu que je suis Benjamin Rathery, docteur en médecine
de Clamecy?
--Vraiment, dit le marquis, tu es carabin? je l'en fais mon compliment;
voilà un beau titre que tu as là.
--C'est un titre qui vaut bien le tien! pour l'acquérir, il m'a fallu
subir de longues et sérieuses études. Mais toi, ce de que tu mets devant
ton nom, que t'a-t-il coûté? Le roi peut faire vingt marquis par jour,
mais je le défie, avec sa toute-puissance, de faire un médecin; un
médecin a son utilité, tu le reconnaîtras peut-être plus tard; mais un
marquis, à quoi cela sert-il?
M. le marquis de Cambyse avait bien déjeuné ce jour-là. Il était de
bonne humeur.--Voilà, dit-il à son intendant, un plaisant original;
j'aime mieux l'avoir rencontré qu'un chevreuil. Et celui-là, ajouta-t-il
en montrant Fata du doigt, quel est-il?
--M. Fata, de Varzy, monseigneur, dit le médecin faisant une seconde
génuflexion.
--Fata, dit mon oncle, vous êtes un polisson, je m'en doutais; mais vous
me rendrez compte de ce procédé.
--Ah ça! dit le marquis à Fata, est-ce que tu connais cet homme?
--Très-peu, M. le marquis, je vous le jure; je ne le connaissais que
pour avoir dîné avec lui chez M. Minxit; mais du moment qu'il manque aux
égards dus à la noblesse, je ne le connais plus.
--Et moi, dit mon oncle, je commence à te connaître.
--Comment, monsieur Fata de Varzy, poursuivit le marquis, est-ce que
vous dînez chez ce drôle de Minxit?
--Oh! par hasard, monseigneur, un jour que je passais par Corvol! Je
sais bien que ce Minxit n'est pas un homme à voir; c'est une tête
brûlée, un homme entiché de sa fortune et qui se croit autant qu'un
gentilhomme.--Haie! haie! qui m'a frappé de son pied par derrière?
--Moi, dit Benjamin, de la part de M. Minxit.
--Maintenant, dit le marquis, vous n'avez rien à faire ici, M. Fata,
laissez-moi avec votre compagnon de voyage. Ainsi donc, ajouta-t-il,
s'adressant à mon oncle, tu persistes, toi, à ne pas me saluer?
--Si tu me salues le premier, je te saluerai le second, dit Benjamin.
--Et c'est là ton dernier mot?
--Oui!
--Tu as bien réfléchi à ce que tu fais?
--Écoute, dit mon oncle, je veux avoir de la déférence pour ton titre et
te prouver combien je suis coulant en tout ce qui concerne l'étiquette.
Alors il tira un gros sou de sa poche, et le faisant tourner en l'air:
Demande pile ou face, dit-il au marquis; gentilhomme ou médecin, celui
que le sort désignera saluera le premier; il n'y aura pas à y revenir.
--Insolent! dit le gros intendant joufflu, ne voyez-vous pas que vous
manquez de respect à monseigneur de la manière la plus scandaleuse? Si
j'étais à sa place, il y a longtemps que je vous aurais bâtonné.
--Mon ami, répondit Benjamin, mêlez-vous de vos chiffres. Votre seigneur
vous paie pour le voler et non pour lui donner des conseils.
En ce moment un garde-chasse passa derrière mon oncle, et d'un revers de
main lui enleva son tricorne, qui tomba dans la boue. Benjamin était
d'une force musculaire peu commune: il se retourne, le garde avait
encore aux lèvres le gros sourire qu'y avait fait épanouir son
espièglerie. Mon oncle, d'un coup de son poing de fer, envoie l'homme à
la banderolle moitié dans le fossé, moitié dans la haie qui abordait la
route. Les camarades de celui-ci voulaient le tirer de la position
amphibie dans laquelle il se trouvait engagé; mais M. de Cambyse s'y
opposa.--Il faut, dit-il, que le drôle apprenne que le droit d'insolence
n'appartient pas aux vilains.
Au fait, je ne conçois pas mon oncle, ordinairement si philosophe, de
n'avoir pas cédé de bonne grâce à la nécessité. Je sais bien que c'est
vexant pour un fier citoyen du peuple, qui sent ce qu'il vaut, d'être
obligé de saluer un marquis. Mais quand nous sommes sous le coup de la
force, notre libre arbitre est supprimé; ce n'est plus une action qui se
fait, c'est un résultat qui se produit. Nous ne sommes plus qu'une
machine qui n'est point responsable de ses actes; l'homme qui nous fait
violence est le seul auquel on puisse reprocher ce qu'il y a de honteux
ou de coupable dans notre action. Aussi ai-je toujours regardé comme une
obstination peu digne d'être canonisée la résistance invincible des
martyrs à leurs persécuteurs. Vous voulez, vous, Antiochus, me jeter
dans l'huile bouillante si je refuse de manger de la viande de porc? Je
dois vous faire d'abord observer qu'on ne fait pas frire un homme comme
un goujon; mais si vous persistez dans vos exigences, je mange votre
ragoût, et même je le mange avec plaisir s'il est bien accommodé; car
c'est à vous, à vous seul, Antiochus, que la digestion en sera funeste.
Vous, monsieur de Cambyse, vous exigez, votre fusil sur ma poitrine, que
je vous salue? Eh bien! marquis, j'ai l'honneur de vous saluer. Je sais
bien qu'après cette formalité vous n'en vaudrez pas plus et que je n'en
vaudrai pas moins. Il n'y a qu'un cas où nous devons, quelque chose
qu'il arrive, nous roidir contre la force: c'est quand ou veut nous
forcer de commettre un acte préjudiciable à la nation; car nous n'avons
pas le droit de faire passer notre intérêt personnel avant l'intérêt
public.
Mais enfin, telle n'était pas l'opinion de mon oncle: comme il se tenait
ferme dans son refus, M. de Cambyse le fit saisir par ses valets et
ordonna qu'on retournât au château. Benjamin, tiré par devant et poussé
par derrière, empêtré dans son épée, protestait cependant de toute sa
force contre la violence qu'on lui faisait subir, et trouvait moyen de
distribuer à droite et à gauche quelques bourrades. Il y avait bien dans
les champs voisins des paysans qui travaillaient: mon oncle les appela à
son secours; mais ils se gardèrent bien de faire droit à ses
interpellations, et même ils rirent de son martyre pour faire leur cour
au marquis.
Quand on fut arrivé dans la cour du château, M. de Cambyse ordonna qu'on
fermât la porte. Il fit appeler tous ses gens au son de la cloche; on
apporta deux fauteuils, un pour lui et un pour son intendant, et il
commença avec cet homme un semblant de délibération sur le sort de mon
pauvre oncle. Lui, devant cette parodie de justice, se tenait toujours
fier, et même il avait conservé son air dédaigneux et goguenard.
Le brave intendant opina à vingt-cinq coups de fouet et quarante-huit
heures de cachot dans le vieux donjon; mais le marquis était de bonne
humeur; il avait même, à ce qu'il paraît, une pointe de sillery dans la
tête.
--As-tu quelque chose à alléguer pour ta défense? dit-il à Benjamin.
--Viens avec moi, répondit celui-ci, avec ton épée, à trente pas de ton
château, et je te ferai connaître mes moyens de défense.
Alors le marquis se leva et dit:
--La justice, après en avoir délibéré, condamne l'individu ici présent à
embrasser M. le marquis de Cambyse, seigneur de tous ces environs,
ex-lieutenant de mousquetaires, capitaine louvetier du bailliage de
Clamecy, etc., etc., dans un endroit que mondit seigneur de Cambyse va
lui faire connaître. Et en même temps il défaisait son haut-de-chausses.
La valetaille comprit son intention; elle se mit à applaudir de toutes
ses forces et à crier: Vive M. le marquis de Cambyse!
Pour mon pauvre oncle, il mugissait de colère; il dit plus tard qu'il
avait craint d'être frappé d'apoplexie. Deux gardes-chasse le tenaient
en joue, et ils avaient reçu ordre du marquis de tirer à son premier
signal.
--Une fois, deux fois, dit celui-ci.
Benjamin savait le marquis homme à exécuter sa menace, il ne voulut pas
courir la chance d'un coup de fusil, et... quelques secondes après, la
justice du marquis était satisfaite.
--C'est très-bien, dit M. de Cambyse, je suis content de toi;
maintenant, tu peux te vanter d'avoir embrassé un marquis.
Il le fit conduire par deux gardes-chasse au port d'armes jusqu'à la
porte cochère. Benjamin s'enfuit, pareil à un chien auquel un mauvais
garnement a attaché un sabot à la queue. Comme il était sur la route de
Corvol, il ne se donna pas le temps de changer de direction et alla
droit chez M. Minxit.