Dans les derniers jours de l'automne qui vient de finir j'allai assister
seul aux vendanges d'octobre, dans le petit village du Mâconnais où je
suis né. Pendant que les bandes de joyeux vendangeurs se répondaient
d'une colline à l'autre par ces cris de joie prolongés qui sont les
actions de grâce de l'homme au sillon qui le nourrit ou qui l'abreuve,
pendant que les sentiers rocailleux du village retentissaient sous le
gémissement des roues qui rapportaient, au pas lent des boeufs couronnés
de sarments en feuilles, les grappes rouges aux pressoirs, je me couchai
sur l'herbe, à l'ombre de la maison de mon père, en regardant les
fenêtres fermées, et je pensai aux jours d'autrefois.
Ce fut ainsi que ce chant me monta du coeur aux lèvres, et que j'en
écrivis les strophes au crayon sur les marges d'un vieux _Pétrarque
in-folio_, où je les reprends pour les donner ici aux lecteurs.