Voilà _Esther_, ce prélude d'_Athalie_. Comme adulation, c'est un
chef-d'oeuvre; comme drame, rien de plus faiblement conçu, de plus
misérablement noué et de plus ridiculement dénoué! Mais ce n'était pas,
dans l'esprit de Racine, une tragédie: c'était une idylle simple à la
portée des jeunes filles et des enfants qui devaient en être les
acteurs; comme poésie de style, images, langue, sonorité, douceur et
majesté, c'est la Bible elle-même non traduite, mais transvasée comme un
rayon de miel d'Oreb sur la langue des femmes et des enfants d'une autre
Sion! Racine se transfigure complètement en David français. Il dépouille
le vieil homme. Ce n'est plus le poëte de l'école classique: c'est le
poëte de la foi; ce n'est plus le poëte du roi: c'est le prophète de
Dieu. Son génie, transformé par sa piété, ne sort plus de son
imagination, mais de son âme. Donnez-lui maintenant un sujet, et il va
devenir l'Euripide et le Sophocle chrétien.
Ce sujet, il le couvait déjà dans _Athalie_.
Nous allons vous faire assister à ce chef-d'oeuvre comme on doit
assister à un tel drame, non pas dans une froide lecture, mais dans une
sublime et unique représentation sur la première scène du monde, à
Paris, et par la voix du premier des tragédiens modernes, Talma!
Le hasard nous fit assister, dans notre jeunesse, à cette scène, et la
mémoire nous la reproduit comme si les pompes de cette fête d'esprit
éblouissaient encore nos yeux, comme si l'accent du sublime acteur
vibrait encore dans nos oreilles.
Regardez et écoutez!