XXIII

Voilà _Esther_, ce prélude d'_Athalie_. Comme adulation, c'est un

chef-d'oeuvre; comme drame, rien de plus faiblement conçu, de plus

misérablement noué et de plus ridiculement dénoué! Mais ce n'était pas,

dans l'esprit de Racine, une tragédie: c'était une idylle simple à la

portée des jeunes filles et des enfants qui devaient en être les

acteurs; comme poésie de style, images, langue, sonorité, douceur et

majesté, c'est la Bible elle-même non traduite, mais transvasée comme un

rayon de miel d'Oreb sur la langue des femmes et des enfants d'une autre

Sion! Racine se transfigure complètement en David français. Il dépouille

le vieil homme. Ce n'est plus le poëte de l'école classique: c'est le

poëte de la foi; ce n'est plus le poëte du roi: c'est le prophète de

Dieu. Son génie, transformé par sa piété, ne sort plus de son

imagination, mais de son âme. Donnez-lui maintenant un sujet, et il va

devenir l'Euripide et le Sophocle chrétien.

Ce sujet, il le couvait déjà dans _Athalie_.

Nous allons vous faire assister à ce chef-d'oeuvre comme on doit

assister à un tel drame, non pas dans une froide lecture, mais dans une

sublime et unique représentation sur la première scène du monde, à

Paris, et par la voix du premier des tragédiens modernes, Talma!

Le hasard nous fit assister, dans notre jeunesse, à cette scène, et la

mémoire nous la reproduit comme si les pompes de cette fête d'esprit

éblouissaient encore nos yeux, comme si l'accent du sublime acteur

vibrait encore dans nos oreilles.

Regardez et écoutez!

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 29 / 232 题