Mi piace riportare qui alcuni brani d'un articolo del Parville, dal
_Débats_ dell'8 maggio, non che la maggior parte d'un altro articolo
del Conte di Villiers de L'Isle-Adam comparso nel _Figaro_ del 10
maggio di quest'anno.
Lo scritto del Parville si occupa dei fenomeni del sonnambulismo
provocato.
«Magnétisme, hypnotisme, illusions hier, réalités aujourd'hui.
Certes, il a fallu du temps, beaucoup de temps, avant que l'on
se décide à étudier de près ces faits étranges, mais on peut
affirmer que maintenant les physiologistes les plus éminents
considèrent comme hors de conteste les principaux phénomènes
de l'hypnotisme et du magnétisme animal. Le système nerveux
peut être influencé par des causes extérieures encore mal
définies, au point de modifier complètement l'individu au moral
et au physique, de le transformer en automate et de substituer
par diverses suggestions à sa volonté une volonté étrangère.
Les expériences tentées en Allemagne et en France dans ces
dernières années ne laissent plus aucun doute à cet égard[83].
M. Liégeois, professeur de droit à la Faculté de Nancy, vient
d'attirer de nouveau l'attention sur ces faits dans un Mémoire
intéressant, en insistant surtout sur les conséquences qu'ils
présentent pour la médecine legale et sur les applications qu'on
pourrait en tirer au point de vue du droit civil et du droit
criminel. La thèse de M. Liégeois est neuve et hardie; elle peut
être soutenue avec de grandes apparences de vérité.
M. Liégeois a voulu d'abord se rendre compte par lui-même de la
réalité des phénomènes hypnotiques, et bien voir jusqu'à quelle
limite extrême on pouvait pousser l'influence de l'homme sur son
semblable. Avec le concours de son collègue, M. le professeur
Bernheim, il a hypnotisé un certain nombre de personnes
absolument saines de corps et d'esprit. Il est arrivé aux mêmes
conclusions que ses devanciers. L'hypnotisé devient un automate
inconscient; mais, ce qui est bien plus singulier, c'est qu'il
conserve pendant des jours, des semaines, des traces de cet
automatisme au point que les suggestions antérieures persistent
longtems peuvent l'exciter à accomplir des actes indépendans de
sa volonté. L'opérateur peut inspirer à son sujet l'idée d'actes
criminels qui, au réveil, seront accomplis fatalement, de point
en point, à plusieurs jours, à plusieurs mois d'intervalle
même, affirme M. Liégeois. Ainsi, certains sujets sont allés,
au jour et à l'heure fixés par M. Liégeois, s'accuser au
bureau de police ou chez le procureur de la république de
crimes imaginaires, avec tous les détails et dans les termes
même qu'il leur avait dicté la veille ou l'avant-veille.
D'autres ont exécuté ou cru exécuter des actes effroyables.
Une jeune fille, entre autres, a assassine sa mère en tirant
sur elle avec le plus grand sang-froid un coup de pistolet à
bout portant. Inutile de dire que l'arme n'était pas chargée.
D'autres ont reconnu des engagemens qu'ils n'avaient jamais
pris et signé des effets en bonne et due forme pour s'acquitter
de dettes qu'ils n'avaient jamais contractées. D'autres enfin
chez lesquels on avait provoqué certaines hallucinations
ont affirmé sur la conscience qu'ils avaient la certitude
absolue d'avoir vu, entendu, touché tout ce qui leur avait
été suggéré! Ces expériences bien conduites dans une direction
donnée ne sont pas sans présenter de gravite. M. Liégeois en
conclut naturellement qu'en ce qui concerne la justice civile
la suggestion peut intervenir dans un grand nombre d'actes
importans pour les fausser ou les entraver, qu'elle peut
intervenir aussi en ce qui concerne la justice criminelle dans
des actes dont les hypnotisés eux-mêmes sont victimes, ou dans
des actes qu'ils accomplissent irrésistiblement, ou enfin dans
des actes imaginaires dont on leur a fait admettre la réalité.
Les magistrats auraient donc à tenir compte, à l'occasion, de
ces suggestions et à découvrir, derrière celui qui a perpétré
l'acte, le véritable coupable, c'est-à-dire l'auteur de la
suggestion. Le rôle du médecin légiste aurait à prendre de ce
chef une nouvelle et considérable importance. Strictement, les
idées de M. Liégeois sont justes, et d'autant plus justes à
notre sens que nous ne croyons pas que la suggestion soit un
phénomène exclusivement réservé au somnambulisme; nous avons
des raisons de pensar que c'est un phénomène plus commun qu'on
ne le croit; il est exagéré chez l'hypnotisé, alors il apparaît
dans toute son évidence, mais pour être moins accentué chez
certains sujets il ne s'ensuit pas qu'il n'existe pas plus ou
moins. Des causes inconscientes agissent sans cesse sur nous et
modifient notre personnalité. Ne dit-on pas souvent que telle ou
telle personne exerce un certain ascendant sur ses semblables?
Ne sait-on pas que l'influence bonne ou mauvaise de tel ou tel
individu retentit sur les autres? Que de phénomènes suggestifs
jouent leur rôle sans que nous nous en rendions un compte exact!
Le milieu exerce son action; on n'est plus le lendemain ce
que l'on était la veille; l'entourage a marqué son empreinte.
La pensée d'autrui retentit sur celle du voisin; le souvenir
inconscient change les idées, les actes même, et le déterminisme
par résultante de souvenirs et de combinaisons psychiques
pourrait bien ne pas être un vain mot. Au fond, le magistrat,
aujourd'hui comme avant la thèse de M. Liégeois, n'en reste pas
moin toujours devant la solution du même problème: découvrir
le véritable coupable. Seulement l'horizon s'est agrandi et les
méthodes d'investigation pourront devenir plus précises et plus
certaines[84].
Ce qu'il importe avant tout de bien montrer, c'est qu'en vérité
la suggestion est un phénomène commun, facile à produire, et qui
ne saurait échapper à l'attention des observateurs. Les exemples
abondent: MM. Liégeois et Bernheim en ont donné d'excellens,
obtenus pour les besoins de leur thèse; il n'est pas superflu
d'en citer d'autres qui n'ont pas été recueillis avec une idée
préconçue.
Il y a déjà plus de vingt ans que, loin de tout milieu civilisé,
nous provoquions par suggestion les actes les plus bizarres
chez des Mosquitos hypnotisés; ils imitaient à distance tous nos
mouvemens; véritables automates dont nous tirions à volonté les
ficelles. Mais il s'agissait sur tout là de suggestions d'ordre
physique. Les suggestions d'ordre psychique sont bien plus
extraordinaires. M. Charles Richet qui a très finement étudié
ces questions en a recueilli lui-même de nombreux exemples
dans un livre remarquable, et d'ailleurs remarqué avec raison:
_L'Homme et l'Intelligence_[85]. Nous n'insisterons pas sur les
phénomènes de suggestion les plus connus, mai nous emprunterons
à M. Ch. Richet quelques cas bien singuliers où la personnalité
disparait complètement...........
En tout cas, il semble résulter manifestement de tout ce qui
précède que tout sujet hypnotique est susceptible sous certaines
influences de perdre son libre arbitre et d'obéir à des volontés
étrangères, à des impulsions extérieures. C'est une conclusion
capitale, mais qui se déduit nécessairement de faits observés.
Dans les exemples que nous avons signalés, les ordres qui
provoquent plus tard les impulsions sont donnés oralement, de
façon à impressionner par la voie ordinaire les centres nerveux.
On s'est demandé si un sujet magnétique exécuterait de même
un ordre _pensé_ et non _exprimé_. Les magnétiseurs n'hésitent
pas à répondre par l'affirmative. Nous ne croyons pas qu'aucune
expérience réellement nette permette aujourd'hui de trancher la
question d'une façon aussi péremptoire; mais qui oserait d'un
autre coté affirmer aujourd'hui que le fait est impossible?
Il importe peu au point de vue légal que la suggestion s'opère
mentalement ou par ordre communiqué, puisque le sujet réveillé
oublie et l'ordre et celui qui le lui a donné; mais quelles
conséquences pour la psychologie! Laissons la question ouverte;
nous ne sommes pas aujourd'hui encore en état d'y répondre avec
certitude.
Ces études ne sont, à vrai dire, qu'à leur début; c'est encore
l'inconnu pour le physiologiste; le système nerveux nous promet
encore bien des surprises; la plupart des phénomènes hypnotiques
sont inexplicables dans l'état actuel de la science. Citons
encore un exemple trés curieux. Le docteur Tagnet, de Bordeaux,
soigne en ce moment une jeune malade qu'il endort, comme le
fait d'ailleurs M. Dumontpallier, par une simple pression sur
une vertébre du cou. Ce sujet est bien surprenant. Ses sens
atteignent un degré de finesse incomparable; elle perçoit des
impressions qui nous échappent; elle possède une vue qui tiens
du merveilleux. On place devant elle un carton, une feuille de
papier, et derrière elle, à une certaine distance, des objets
quelconques. Elle voit ces objets réfléchis sur le carton comme
sur une glace, ou du moins elle le dit, mais en tout cas elle
énumère un à un les objets que l'on fait passer derrière son
dos. Elle peut même lire ainsi des phrases imprimées qu'elle
déchiffre a rebours beaucoup mieux que nous ne pourrions le
faire d'une ligne imprimée réfléchie par un miroir. On découpe
une feuille de carton en petits morceaux; on lui présente un
de ces petits morceaux en lui suggérant l'idée que sur l'un
d'eux se trouve le portrait de sa mère; elle trouve le portrait
excellent et témoigne de sa joie. On fait une marque invisible
sur ce petit carton et on le mêle avec les autres; quelque temps
après, on lui remet entre les mains tous les petits morceaux
épars; en moins d'une seconde, elle retrouve le carton à la
marque invisible et exprime de nouveau le plaisir qu'elle
éprouve à contempler le portrait de sa mère. Et ainsi chaque
carré de carton se transforme en portraits de famille, et jamais
elle ne se trompe quand elle les regarde; toujours, sans erreur
elle retrouve sur chaque carré l'image qu'on lui a dit y être
peinte. La suggestion persiste, fixée comme une photographie sur
les carrés de carton.
L'odorat du sujet de M. Tagnet est tout aussi remarquable; elle
flaire littéralement les objets qu'on lui met entre les mains;
et, sur l'invitation du premier venu, elle les remet, sans
jamais se tromper, à leur véritable propriétaire. Expliquera qui
pourra, en ce moment, cette acuité singulière des sens.
Encore un peu, et si l'on se laissait entraîner sur cette pente
par la fascination de l'extraordinaire, on finirait bientôt
par trouver tout naturels certains faits qui sont pour nous
incompréhensibles et qui tiennent du merveilleux, notamment, par
exemple, les expériences stupéfiantes que répète, en ce moment,
dans quelques salons privilégiés, l'Anglais Stuart Cumberland.
Si les expériences de M. Cumberland étaient d'ordre magnétique,
ne suffirait-il pas d'admettre pour expliquer sa faculté de
devin, qu'il est lui-même hypnotique et influencé par suggestion
mentale? Il irait où on lui commande d'aller par la pensée.
Véritable automate, il obéirait simplement aux suggestions que
l'on provoquerait chez lui. Beaucoup d'hypnotiques en état de
veille sont dans ce cas, mais obéissent, il est vrai, à des
ordres _exprimés_. On en voit qui trouvent très bien les objets
cachés, comme s'ils étaient guidé par un flair particulier,
comme la somnambule de Bordeaux. Mais arrêtons nous, sous peine
d'amener à la fin une confusion regrettable entre des faits
bien acquis et des vues purement hypothétiques, qui ne reposent
aujourd'hui sur aucune base solide.
Le doute est la règle recommandée avec raison en face de
l'inconnu. Il faut douter jusqu'à l'évidence; mais, d'autre
part, ne refusons pas de voir, d'examiner et d'étudier les
phénomènes dont la clef nous échappe. Est-ce que nous nous
connaissons nous-même? Est-ce que nous savons bien jusqu'à
quel degré d'étonnante impressionnabilité peuvent parvenir nos
sens? Savons-nous même quels sont nos sens? Il suffit chez
un très grand nombre de personnes de l'approche d'un aimant
pour provoquer des sensations. Qui eût osé affirmer avant les
expériences modernes que nous étions sensibles à l'aimant? Nous
aurons à revenir prochainement à cet égard sur d'intéressantes
expériences de M. Julian Ochorowicz. Souvent, il suffit de
placer le doigt entre les branches d'un petit aimant en fer à
cheval pour éprouver des sensations de chaleur, des picotemens,
des tremblemens, de la paralysie, etc. Les personnes sensibles
à l'aimant seraient toutes des hypnotiques. Si le fait se
vérifiait, la médecine legale aurait dans la pierre d'aimant
un instrument d'investigation bien commode et qui «ne violerait
certes pas la liberté morale des accusés.»
On voit combien nous avons à travailler encore avant d'y voir
un peu clair autour de nous. Quant à présent, nous sommes bien
obligés de rester sur le seuil de ce monde mystérieux, qui ne
nous ouvrira ses portes toutes grandes que lorsque les progrès
de la science nous auront enfin dévoilé les secrets de la
physiologie du système nerveux.»
Henri de Parville.
Il Conte de Villiers de L'Isle-Adam, annunziando la prossima
pubblicazione del nuovo libro del Crookes, ne dà le conclusioni
traendole dai frammenti pubblicati nel _Quarterly Journal of Science_,
nell'_Athenoeum_ e nella _Quarterly Review_:
«La prochaine apparition du livre de William Crookes, _La Force
psychique_, produira, certes, une durable sensation de stupeur
dans les deux mondes.
Des les premières lignes de ces volumineux sommaires, on sent
qu'il s'agit d'observations d'un caractère tout à fait insolite
et que la Science de l'Homme se hasarde ici, pour la première
fois, sur un terrain tellement fantastique et inattendu,
que le lecteur, stupéfait, se demande s'il rêve! Mais, comme
les expériences que relatent ces lignes sont justifiées par
différentes sanctions du Comité de Recherches des Sciences
dialectiques de Londres, dont il est difficile de récuser
la compétence hors ligne, la sûreté d'examen et la rigueur
positiviste, l'attention du lecteur est bien vite fascinée.
Pour la parfaite intelligence de ce dont il est question,
le mieux est, pensons nous, de citer l'étonnant exorde de
William Crookes lui-même, au début de... ce nouvel incident de
l'Humanité.
*
* *
— «Voici que, depuis plusieurs années, une sorte de doctrine
se répand chez nous, — en Europe et ailleurs, — augmentant,
chaque jour, le nombre de ses adeptes et comptant, parmi
ses prosélytes, des hommes de haute raison et d'un savoir
éprouvé. Cette doctrine s'autorise de faits complètement en
désaccord avec diverses lois avérées de la Nature: et ces
faits sont attestés, cependant, par des témoignages à ce point
considérables que l'on a cru pouvoir, officiellement, nous en
saisir. — La Chambre des représentants, à Washington, a reçu
des pétitions à ce sujet, revêtues de plus de _vingt mille_
signatures. A Hertford, des enfants, — de très jeunes filles
même, ont failli payer de leur existence (les demoiselles
Fox, par exemple, âgées de douze et de quatorze ans) des
phénomènes que tout un district attribuait à leur présence. — Et
Angleterre, jusque dans Londres, la fréquence de ces prétendus
«événements occultes» a fini par troubler, par effrayer les
esprits d'une partie de la population: — l'on se croirait au
Moyen-Age, en écoutant ces rumeurs.
«J'estime qu'il est du devoir des hommes de science, qui ont
appris à travailler d'une manière exacte, d'examiner _tous_
les phénomènes qui attirent l'attention publique, afin, soit
d'en confirmer la vérité, soit d'expliquer, si faire se peut,
l'illusion des honnêtes gens en dévoilant la supercherie des
charlatans, des imposteurs.
Or, un grand nombre de personnes, d'un sens commun cependant
notoire, avons-nous dit, — nous parlent, par exemple
«d'influences mystérieuses sous l'énergie desquelles de lourds
objets d'ameublement se meuvent, soudain, d'une pièce à une
autre, sans l'intervention de l'homme».
A ceci nous répondons:
— Le savant a construit des Instruments qui divisent un pouce
en un million de parties. Nous demandons que ce «influences»
fassent mouvoir, seulement d'un _seul_ degré, l'indicateur de
ces instruments, dans nos laboratoires.
On nous parle de «corps solides, pesant cinquante, cent livres,
— de personnes vivantes même, s'élevant dans les airs sans le
secours d'aucune force connue».
A ceci nous répondons:,
— Alors, que ce pouvoir, quel qu'il soit, qui, nous dit-on,
serait guidé par une intelligence, et qui élève, jusqu'aux
plafonds de vos appartements, des corps lourds, animés ou
inanimés, fasse pencher seulement l'un des plateaux de cette
petite balance qui, sous son globe de cristal, est sensible à un
poids si minime qu'il en faudrait dix mille comme lui pour faire
un gramme!
On nous parle de «fleurs mouillées de fraîche rosée, de fruits,
et même d'êtres vivants apportés au travers des murailles»,
A ceci nous répondons:
— Qu'on introduise donc un milligramme d'arsenic à travers
les parois d'un tube de verre dans lequel de l'eau pure est
hermétiquement scellée par nous!
On nous parie de «coups frappés qui se produisent jusqu'à
ébranler les murs dans les différentes parties d'une chambre où
deux personnes sont tranquillement assises devant une table; —
de maisons secouées jusqu'à en être endommagées par un pouvoir
extra-humain»; — et l'on ajoute que «des plumes ou des crayons
tracent _tout seuls_ des lignes présentant un sens; — que des
ressemblances de défunts apparaissent.»
A ceci nous répondons:
— Que ces coups se produisent seulement sur la membrane tendue
d'un phonautographe!... Que ce pendule, en sa gaine de verre,
soit seulement mis en vibration!... Que cette plume, que je
tiens, rature seulement, sur ce bureau, l'un seul des mots que
je viens d'écrire!... Quant aux «apparitions» nous avons des
instruments qui mesurent l'éclair: qu'une seule d'entre elles
passe pendant la durée d'un 120e de seconde seulement devant la
lentille de l'un de ces instruments!
Enfin l'on nous parle de «manifestations d'une puissance
équivalente à des milliers de kilogrammes, et qui se produisent
sans cause connue.»
— Eh bien! l'homme de science, qui croi fermement à la
conservation de la force, demande que ces manifestations se
répètent dans son laboratoire, où il pourra les peser, les
mesurer, et les soumettre à des essais catégoriques. Et,
pour conclure, quelle que soit l'estime où l'on puisse tenir
les témoins de faits provoqués, nous dit-on, par la _seule_
présence d'individus «exceptionnels» appelés _médiums_, quelque
intègres, charmants, chevaleresques que soient ou puissent être
ces _mediums_ eux-mêmes; nous ne pensons pas que cela doive,
rigoureusement, amener qui que ce soit à une somme de confiance
pour accepter ainsi, sans analyse ni contrôle méthodiques, la
réalité de phénomènes qui commencent par démentir les notions
les plus élémentaires de la Science moderne, entre autres celle
de l'universelle et invariable loi de la gravitation.
Voilà, certes, le langage d'un homme sérieux — et, ce défi jeté,
la cause semblait jugée.
*
* *
A quelques mois de ce verdict, le Comité de Recherches des
Sciences, à Londres, fut mis en émoi par une note brève émanant
de William Crookes, qui, sans commentaires, le convoquait au
contrôle «d'expériences _médianimiques_ dignes d'attention».
Il se trouvait que, presque en ce même temps (hiver de 1870),
des praticiens, délégués, en quelque sorte, par toutes les
nationalités de l'Europe, entrecroisaient, dans les revues
des sciences, les affirmations les plus étranges; déclarant
que leurs essais particuliers sur la réalité du fluide
_médianimique_ amenaient chaque jour des résultats «inattendus».
Dans la longue liste de ces savants, figurent, on doit le
constater, des noms d'une certaine importance. La Faculté de
Pétersbourg, par exemple, est représentée par l'un de ses plus
éminents professeurs de chimie, M. Boutlerow; — l'Académie des
sciences expérimentales de Genève, par le professeur Thury;
— les Etats-Unis, par le docteur Robert Hare, professeur de
chimie à l'Université de Pensylvanie, etc., etc.: l'espace
nous manque pour citer les soixante ou soixantecinq noms, aussi
recommandables mentionnés dans ces rapports.
Etonnés de pareilles notifications, qui leur parvenaient,
coup sur coup, de tous les points du monde scientifique,
plusieurs physiciens allemands, des spécialistes de tous pays
se rendirent à Londres, où des hommes tels que lord Lindsay
et le lord comte de Dunraven, des mathématiciens tels que le
capitaine C. Wynne, et une commission de membres de la Société
Royale étaient venus s'adjoindre à William Crookes pour des
observations quotidiennes. — Deux ou trois «sujets humains»
doués, — paraissait-il, — de manière à intéresser la Science,
continuèrent de se prêter, dans les laboratoires anglais, et
dans celui même de l'illustre docteur, à des expérimentations.
Il résulterait des attestations signées de l'érudite assistance
que, non seulement les phénomènes réclamés au préalable se
seraient tous produits — (ceci en plein jour et dans des
conditions d'évidence toutes spéciales), — mais que d'autres
faits, plus singuliers encore, — des incidents capables de
déconcerter le positivisme le plus rassis, — se seraient
imposés, tout à coup, au grave étonnement de l'assemblée; —
qu'enfin «d'incohérentes manifestations revêtues d'une sorte de
caractère macabre», auraient troublé la régularité compassée de
ces examens.
Les sujets ou _médiums_ étaient, cependant, liés à terre,
tenus aux quatre membres à une grande distance des objets
impressionnés. Entre eux et ces objets s'interposaient les
membres de la commission du contrôle. A l'état libre, ils
étaient prévenus que toute communication _physique_, due à
n'importe quelle fraude subtile, serait instantanément châtiée
d'une très violente secousse électrique, des réseaux d'induction
enveloppant les appareils placés sur des isolateurs. Pour le
surplus, deux des premiers prestidigitateurs illusionnistes de
Londres surveillaient de près chaque expérience.
C'est dans de telles condictions qu'on a vu les aiguilles des
dynamomètres de précision, à secrets contrariés (connus des
seuls expérimentateurs), varier sous des pressions équivalentes
à des centaines de livres, pendant que sur les murs, sur
les instruments du laboratoire et _jusque sur les mains_ des
doctes assistants, des heurts semblables «à ceux d'un doigt
replié frappant impatiemment à une porte» étaient entendus ou
ressentis.
A l'issue de presque toutes les séances, les médiums demeuraient
étendus sur le parquet, dans un état de prostration cataleptique
présentant, médicalement, toutes les apparences de la mort.
Parmi ces médiums-naturels étaient des enfants de sept et huit
ans, s'élevant à des hauteurs de plusieurs mètres et flottant,
presque endormis, dans l'espace, pendant plusieurs minutes. «Ce
phénomène, affirme le docteur Crookes, M. Home l'a exécuté,
aussi, plus de _cent fois_ devant nous, rénovant ainsi le
prétendu sortilège de Simon le magicien dans l'amphithéâtre de
Rome.»
D'après un grand nombre de professeurs émérites, — entre
autres ceux dont nous avons cité les noms, — au témoignage de
plusieurs délégués éminents d'universités ou d'académies, et
des différents membres de la Société Royale ainsi que du Comité
de Recherches des Sciences, appuyés de l'attestation de William
Crookes, les principaux phénomènes reconnus comme désormais
avérés seraient, — (non compris leurs subdivisions):
1. L'altération du poids d'un corps quelconque, obtenue à
distance; 2. d'inexplicables visions de météores, traversant les
laboratoires, avec des allées et venues — sortes de lumières
ovoïdes, radieuses, inconnues, _inimitables_, — bondissant et
rebondissant d'objets en objets; 3. des déplacements continuels
d'instruments scientifiques, de meubles lourds ou légers,
se mouvant comme sous l'action d'une force occulte; 4. de
véritables «apparitions» de formes étranges, de «_regards_»,
de mains lumineuses d'une ténuité inconcevable et cependant
tangible — au point de supporter, dans l'air, un thermomètre
en liège du poids de quatre grammes, lequel demeurait, sous
leur pression, d'un niveau absolument insensible, — ces mains
offraient l'aspect tantôt vivant, tantôt cadavérique: et
si rapide que fût l'éclair dont on essayât d'en répercuter
la vision sur l'objectif, aucune plaque photographique n'a
été impressionnée, en _aucune_ façon, de leur présence.
Et ces mains, pourtant! saisissaient des fleurs sur une
table et allaient, à travers l'espace, les offrir à des
spectateurs; puis, tout à coup, venaient nous «_serrer les
mains avec toute la cordialité d'un vieil ami_»; 5. des mises
en jeu d'instruments de musique placés, positivement, dans
des conditions où toute communication était impossible et
_dangereuse_ pour le médium; 6. des doigts fluides lumineux,
relevant une plume sur une table et traçant des lignes
d'écritures différentes où plusieurs ont affirmé reconnaître
celles de personnes défuntes (quelque uns, même, en ont fourni
la preuve). — Tout ceci, de jour et de nuit.
« — J'ai vu, devant témoins (affirme expressément le Dr. William
Crookes), l'une de ces nébuleuses mains claires prendre une
fleur à longue tige, nouvellement cueillie, et la faire passer
lentement à travers la fente imperceptible d'une planche de
chêne massive, sans qu'il fût possible d'apercevoir ensuite,
sur cette fleur, soit à l'œil nu, soit au microscope, _une
trace quelconque d érosion sur la tige ou sur les feuilles_,
lesquelles étaient dix ou douze fois plus larges que la fente de
cette planche. — Plusieurs membres de la Société Royale et moi
nous avons vu, ensemble, l'_ombre d'une forme humaine_ secouer
des rideaux pendant plus de deux minutes, puis disparaître en
s'atténuant. — Cent fois nous avons vu des flambeaux et des
lampes, placées sur des meubles, s'élever avec eux, se pencher,
sans tomber, tenant leurs flammes droites et horizontales selon
le degré d'inclinaison de ces objets dans l'air. Quant aux
célèbres «tables tournantes», nous avons voulu, par surcroît,
vérifier le fait dans des conditions de difficulté spéciales
et que la rare puissance de nos médiums pouvait, seule,
surmonter. — Le Comité de Recherches des Sciences dialectiques
de Londres et les professeurs étrangers s'étant donc assemblés
pour un essai concluant à ce sujet, quatre de ces médiums sont
venus se placer à genoux sur des chaises dont les dossiers
seuls touchaient la table — (une lourde et vaste table). —
Ils croisèrent leurs mains sur ces dossiers et rien de leurs
personnes n'était en contact direct avec la table. De plus,
certaines mesures minutieuses, de nous seuls connues, avaient
été prises pour avérer l'authenticité absolue du phénomène.
En quelques instants, nous vîmes l'énorme table s'enlever de
terre, se pencher, frapper le parquet, monter, stupéfiante,
au-dessus de nous, flotter, se livrer dans l'espace à des
évolutions diverses, puis redescendre lentement à sa place. Le
Comité et l'assistance ont donc attesté comme «concluante» cette
expérience... qui, d'ailleurs, ne pouvait plus nous étonner.»
Il va sans dire que nous pourrions relever un grand nombre
d'autres faits énigmatiques, attestés des plus sérieusement.
Mais nous ne saurions prendre la responsabilité de telles
citations; nous ne voulons et ne devons mentionner, en un mot
que les observations dûment contrôlées et reconnues par la
Science comme _incontestables_. Lorsque nous ne traduisons pas,
nous résumons, aussi exactement que possible, sans opinion ni
commentaires.
Voici maintenant les conclusions du Dr. William Crookes lui-même
à ce sujet:
— La foule, toujours avide du «surnaturel», nous demande:
«Croyez-vous ou ne croyez-vous pas?» Nous répondons: Nous sommes
chimistes, nous sommes physiciens; notre fonction n'est pas
de «croire ou de ne pas croire» mais de constater, d'une façon
positive, si tel ou tel phénomène est ou n'est pas imaginaire.
Cela fait, le reste ne nous regarde plus. Or, quant à la réalité
de ceux-ci, nous nous prononçons pour l'affirmative, au moins
provisoirement, puisqu'à la parfaite consternation de nos sens
et notre entendement, l'évidence nous y contraint.
«Rien n'est trop merveilleux pour être vrai, a dit Faraday,
si cela est conforme aux lois de la Nature. Mais il faudrait
connaître _toutes_ les lois de la Nature, (et rien qu'avec
celles que nous ignorons on pourrait créer l'Univers), pour
déterminer si tel phénomène leur est ou non conforme. Or il se
trouve qu'ici, comme en électricité, par exemple, l'expérience,
l'observation sont les seules pierres de touche de cette
conformité.
«Qu'on veuille donc bien se souvenir que nous ne risquons
ni hypothèses, ni théories, _quelles qu'elles soient_. Nous
attestons, simplement, certains faits et ne pouvons avoir qu'un
seul but, conforme à celui de toute notre longue carrière,
la Vérité. Les Comités d'examen, les hommes éminents, les
praticiens de toute nation qui se sont adjoints au sévère
contrôle de nos expériences ont conclu avec moi: Nous ne vous
disons pas, encore une fois, que cela est _vraisemblable_; nous
vous disons que cela EST!
«Au lieu de nier, de douter ou de croire au hasard, ce qui est
tout un, — et de s'imaginer que nous sommes capables d'avoir
perdu notre temps à contrôler des tours d'escamoteurs (comme
si cette niaiserie était possible) donnez-vous plutôt la
peine d'examiner, d'abord, comme notre incrédulité primitive
s'est, au moins soumise à le faire!... Montrez-nous, par une
critique sévère, ce qu'il faut regarder comme des erreurs
dans nos examens; spécifiez-les et suggérez ensuite, si vous
le pouvez, des moyens d'essais plus concluants. Imaginez des
ensembles de difficultés plus insurmontables et plus subtiles
que celles où nous avons placé les médiums à leur insu! Mais ne
venez pas, à la hâte, traiter nos sens de témoins menteurs ou
aisément abusés, ni taxer nos esprits d'une démence (qu'entre
parenthèses nous aurions seuls qualité pour constater dans
les vôtres), parce que les faits témoignent contre vos idées
préconçues, _comme, autrefois, le furent les nôtres_. Il est
difficile d'être plus _sceptiques ou plus positifs que nous_
en matière d'examen expérimental: si vous vous faites une
supériorité de votre ignorance ou de votre savoir d'amateurs,
à quoi l'Homme devra-t-il s'en tenir? Nous soutenons que tout
masque de suffisance ou de bonhomie disparaît de la face humaine
devant certains phénomènes effectués par des médiums _réels_ en
nos laboratoires et que les plus railleurs deviennent, alors,
pareils à ces malins villageois qui, dans les fêtes foraines,
après s'être bien moqués, en clignant de l'œil, d'un appareil de
Rhümkorff, par exemple, changent instantanément de visage dès
qu'ils en ont seulement effleuré les fils. — Pour le surplus,
rejeter, â l'étourdie, les témoignages d'hommes à qui l'on en
a déféré pour contrôler un fait et en connaître, revient à ne
tenir compte d'aucun témoignage humain _quel qu'il soit_, car il
n'est point de faits dans l'Histoire sacrée ou profane ni dans
les annales de la Science qui s'appuient sur des preuves plus
permanentes et plus imposantes que celles qui nous ont, je ne
dirai pas convaincus, mais confondus. Osez donc, alors, venir
justifier de la supériorité de vos sens et de votre scepticisme
sur les nôtres et que ces oiseuses controverses finissent!
Donc:
1. Les résultats de nos longues et patientes investigations
paraissent établir, sans conteste, l'existence d'une nouvelle
force liée à l'organisme humain et que l'on peut appeler _Force
psychique_.
2. Tout homme serait plus ou moins doué de cette force secrète,
d'une intensité variable, pouvant être développée, et, par
suite, agir, soit à volonté, soit pendant son sommeil, soit
contre son gré, soit à son insu, _sans le secours d'aucuns
mouvements ni de communications physiques_, sur des êtres ou des
objets quelconques, plus ou moins éloignés.»