CHAPITRE XIII.

«Cher garçon, et vous, ami de Pip, je ne vais pas aller par quatre

chemins pour vous dire ma vie, comme une chanson ou un livre d'histoire,

mais je vais vous la dire courte et facile à saisir; je vais vous la

raconter tout de suite en deux phrases d'anglais.

«En prison et hors de prison, en prison et hors de prison, en prison et

hors de prison.

«Vous en savez tout ce qu'il y a à en savoir.

«Voilà ma vie en grande partie, jusqu'au jour où l'on m'embarqua, peu

après que j'eusse fait la connaissance de Pip.

«On a fait de moi tout ce qu'il est possible, excepté qu'on ne m'a pas

pendu.

«J'ai été enfermé aussi soigneusement qu'une théière d'argent.

«J'ai été transporté par-ci, transporté par-là.

«J'ai été mis à la porte de cette ville-ci; j'ai été mis à la porte de

cette ville-là.

«On m'a attaché à un chantier.

«On m'a fouetté, tourmenté et réduit au désespoir.

«Je n'ai pas plus d'idée de l'endroit où je suis né que vous, si j'en ai

autant.

«D'aussi loin que je me souvienne, je me vois dans le comté d'Essex,

volant des navets pour me nourrir.

«Quelqu'un m'avait abandonné, un homme, un chaudronnier. Il avait

emporté le feu avec lui, et j'avais très froid.

«J'ai su que mon nom était Magwitch, et mon nom de baptême Abel.

«Comment l'ai-je su?

«De même, sans doute, que j'ai appris que les oiseaux dans les haies

s'appelaient pinsons, pierrots, grives.

«J'aurais pu supposer que ce n'étaient que des mensonges; seulement,

comme il arriva que les noms des oiseaux étaient vrais, j'ai supposé que

le mien l'était aussi.

«Je ne brillais ni par le dehors ni par le dedans; et, de si loin que je

puisse me souvenir, il n'y avait pas une âme qui supportât la vue du

petit Abel Magwitch, sans en être effrayée, sans le repousser ou sans le

faire prendre et arrêter.

«Je fus pris, pris et repris, au point que j'ai grandi en prison.

«On me fit la réputation d'être incorrigible.

«--Voilà un incorrigible mauvais sujet,» disait-on aux visiteurs de la

prison, en me montrant du doigt. «Ce garçon-là, on peut le dire, est

fait pour les prisons.»

«Alors ils me regardaient et je les regardais, et quelques uns d'entre

eux mesuraient ma tête: ils auraient mieux fait de mesurer mon estomac.

«D'autres me donnaient de petits livres religieux, que je ne pouvais

lire, et me tenaient des discours que je ne pouvais comprendre.

«Ils parlaient sans cesse du diable, mais qu'est-ce que j'avais à faire

avec le diable?

«Il fallait bien mettre quelque chose dans mon estomac, n'est-ce pas?

«Mais voilà que je deviens petit, et je sais ce qui vous est dû, mon

cher enfant, et à vous aussi, cher ami de Pip, n'ayez aucune crainte que

je sois petit.

«Tout en errant, mendiant, volant, travaillant quelquefois, quand je le

pouvais, pas aussi souvent que vous pourriez le croire, à moins que vous

ne vous demandiez à vous-mêmes si vous auriez été bien disposés à me

donner de l'ouvrage. Un peu braconnier, un peu laboureur, un peu

roulier, un peu moissonneur, un peu colporteur et un peu de toutes ces

choses qui ne rapportent rien et vous mettent dans la peine, je devins

homme.

«Un soldat déserteur, qui se tenait caché jusqu'au menton sous un tas de

pommes de terre, m'apprit à lire, et un géant ambulant qui, chaque fois

qu'il signait son nom, gagnait un sou, m'apprit à écrire.

«Je n'étais plus enfermé aussi souvent qu'autrefois, mais j'usais encore

ma bonne part de clefs et de verrous.

«Aux courses d'Epson, il y a quelque chose comme vingt ans, je fis la

connaissance d'un homme, auquel j'aurais fendu le crâne avec ce

coutelas, aussi facilement qu'une patte de homard, si je n'avais craint

d'en faire sortir le diable.

«Compeyson était son vrai nom, et c'est l'homme, mon cher enfant, que

vous m'avez vu assommer dans le fossé, ainsi que vous l'avez raconté à

votre camarade hier soir quand j'ai été parti.

«Il se posait en gentleman, ce Compeyson: il avait été au collège et

avait de l'instruction. C'était un homme au doux langage, et qui était

initié aux manières des gens comme il faut. Il avait bonne tournure et

bon air.

«La veille de la grande course, je le trouvai sur la bruyère, dans une

baraque que je connaissais déjà. Il était, ainsi que plusieurs autres

personnes, assis autour des tables, quand j'arrivai, et le maître de la

baraque, qui me connaissait et aimait à plaisanter, l'interpella pour

lui dire en me montrant:

«--Je crois que voilà un homme qui fera votre affaire.»

«Compeyson m'examina avec attention, et je l'examinai aussi.

«Il avait une montre et une chaîne, une bague, une épingle de cravate et

de beaux habits.

«--À en juger sur les apparences, vous n'êtes pas dans une bonne passe?

me dit Compeyson.

«--Non, monsieur, et je n'y ai jamais été beaucoup.»

«Je sortais en effet de la prison de Kingston pour vagabondage; j'aurais

pu y être pour quelque chose de plus, mais ce n'était pas.

«--La fortune peut changer; peut-être la vôtre va-t-elle tourner, dit

Compeyson.

«--J'espère que cela se peut. Il y a de la place, dis-je.

«--Que savez-vous faire? dit Compeyson.

«--Manger et boire, dis-je, si vous voulez me trouver les choses

nécessaires.»

«Compeyson se mit à rire, et m'examina scrupuleusement, il me donna cinq

shillings, et prit rendez-vous pour le lendemain soir au même endroit.

«Je vins trouver Compeyson le lendemain soir au même endroit, et

Compeyson me proposa d'être son homme et son associé.

«Et quelles étaient les affaires de Compeyson dans lesquelles nous

devions être associés?

«Les affaires de Compeyson, c'était d'escroquer, de faire des faux, de

passer des billets de banque volés, et ainsi de suite. Tous les tours

que Compeyson pouvait trouver dans sa cervelle, sans compromettre sa

peau, et dont il pouvait tirer profit, et laisser toute la

responsabilité à un autre: telles étaient les affaires de Compeyson.

«Il n'avait pas plus de coeur qu'une lime de fer. Il était froid comme

un mort. Et il avait la tête de diable dont j'ai parlé plus haut. Il y

avait avec Compeyson un autre homme qu'on appelait Arthur. Ce n'était

pas un nom de baptême, mais un surnom. Il était à son déclin; on aurait

cru voir une ombre.

«Quelques années auparavant, lui et Compeyson avaient eu une mauvaise

affaire avec une dame riche, et ils en avaient tiré pas mal d'argent;

mais Compeyson jouait et pariait, et il avait tout perdu. Arthur se

mourait dans une horrible misère, et la femme de Compeyson (que

Compeyson battait constamment), prenait pitié de lui quand elle pouvait,

mais Compeyson n'avait pitié de rien, ni de personne.

«J'aurais pu prendre conseil d'Arthur; mais je n'en fis rien, et je ne

prétends pas que ce fût par scrupule; mais à quoi cela m'aurait-il

servi, mon cher enfant, et vous, cher camarade de Pip?

«Je commençai donc avec Compeyson, et je fus un faible outil dans ses

mains.

«Arthur demeurait dans le grenier de la maison de Compeyson (qui était

près de Bentford), et Compeyson tenait un compte exact de son logement

et de sa pension, pour le jour où il trouverait plus d'avantages à le

trahir.

«Mais Arthur eut bientôt réglé lui-même son compte.

«La deuxième ou la troisième fois que je le vis, il arriva tout hors de

lui, et avec toutes les allures de la folie, dans le parloir de

Compeyson, à une heure très avancée de la soirée, n'ayant sur lui qu'une

chemise de flanelle et ses cheveux tout mouillés, il dit à la femme de

Compeyson:

«--Sally, _Elle_ est actuellement près de moi là-haut, et je ne puis me

débarrasser d'elle; elle est tout en blanc, avec des fleurs blanches

dans les cheveux, et elle est horriblement folle, et elle tient un

linceul dans ses bras, et elle dit qu'elle le jettera sur moi à cinq

heures du matin.

«--Mais fou que vous êtes, dit Compeyson, ne savez-vous pas que celle

dont vous voulez parler a une forme humaine? et comment pourrait-elle

être entrée là-haut sans passer par la porte, par la fenêtre ou par

l'escalier?

«--Je ne sais pas comment elle y est venue, dit Arthur en frissonnant

d'horreur, mais elle est dans le coin au pied du lit, horriblement

folle, et à l'endroit où son coeur est brisé, où vous l'avez brisé, il y

a des gouttes de sang.»

«Compeyson parlait haut, mais en réalité il était lâche.

«--Monte avec ce radoteur malade, dit-il à sa femme; et, vous, Magwitch,

donnez-lui un coup de main, voulez-vous?

«Mais, quant à lui, il ne bougea pas.

«La femme de Compeyson et moi, nous reconduisîmes Arthur pour le

remettre au lit, et il divagua d'une manière horrible.

«--Regardez-la donc!... criait-il, en montrant un endroit où nous

n'apercevions absolument rien, elle secoue le linceul sur moi!... Ne la

voyez-vous pas?... Voyez ses yeux!... N'est-ce pas horrible de la voir

toujours folle?»

«Puis il s'écria:

«--Elle va l'étendre sur moi!... Ah! c'en est fait de moi!...

Enlevez-le-lui! enlevez-le-lui!...»

«Puis, tout en s'attachant à nous, il continuait à parler au fantôme et

à lui répondre, jusqu'à ce que je crus à moitié le voir moi-même.

«La femme de Compeyson, qui était habituée à ces crises, lui donna un

peu de liqueur pour calmer ses visions, et bientôt il devint plus

tranquille.

«--Oh! elle est partie, son gardien est-il venu la chercher? dit-il.

«--Oui, répondit la femme de Compeyson.

«--Lui avez-vous dit de l'enfermer au verrou?

«--Oui.

«--Et de lui enlever cette vilaine chose?

«--Oui... oui... c'est fait.

«--Vous êtes une bonne créature, dit-il, ne me quittez pas, et quoi que

vous fassiez, je vous remercie.»

«Il demeura assez tranquille, jusqu'à cinq heures moins cinq minutes.

«Alors il s'élança en criant, en criant très fort:

«--La voilà! Elle a encore le linceul.... Elle le déploie!... Elle sort

du coin!... Elle approche du lit.... Tenez-moi tous les deux, chacun

d'un côté.... Ne la laissez pas me toucher.... Ah!... elle m'a manqué

cette fois.... Empêchez-la de me le jeter sur les épaules!... Ne la

laissez pas me soulever pour le passer autour de moi.... Elle me

soulève... tenez-moi ferme.»

«Puis il se souleva lui-même avec effort, et nous découvrîmes qu'il

était mort.

«Compeyson vit dans ce fait un bon débarras pour tous deux.

«Lui et moi, nous commençâmes bientôt les affaires, et il débuta par me

faire un serment (étant toujours très rusé) sur mon livre, ce petit

livre noir, mon cher enfant, sur lequel j'ai fait jurer votre camarade.

«Pour ne pas entrer dans le détail des choses que Compeyson conçut et

que j'exécutai, ce qui demanderait une semaine, je vous dirai

simplement, mon cher enfant, et vous, le camarade de Pip, que cet homme

m'enveloppa dans de tels filets, qu'il fit de moi son nègre et son

esclave.

«J'étais toujours endetté vis-à-vis de lui, toujours à ses ordres,

toujours travaillant, toujours courant des dangers.

«Il était plus jeune que moi, mais il était rusé et instruit, et il

était, sans exagération, cinq cents fois plus fort que moi.

«Ma maîtresse, pendant ces rudes temps... mais je m'arrête, je n'en ai

pas encore parlé.»

Il chercha autour de lui d'une manière confuse, comme s'il avait perdu

le fil de ses souvenirs, et tourna son visage vers le feu, et étendit

ses mains dans toute leur largeur sur ses genoux, les leva et les remit

en place:

«Il n'est pas nécessaire d'aborder ce sujet,» dit-il.

Et, regardant encore une fois autour de lui:

«Le temps que je passai avec Compeyson fut presque aussi dur que celui

qui l'avait précédé. Cela dit, tout est dit.

«Vous ai-je dit comment je fus jugé seul pour les méfaits que j'avais

commis pendant que j'étais avec Compeyson?»

Je répondis négativement.

«Eh bien! dit-il, j'ai été jugé et condamné. J'avais déjà été arrêté sur

des soupçons, deux ou trois fois pendant les trois ou quatre ans que

cela dura; mais les preuves manquaient; à la fin, Compeyson et moi, nous

fûmes tous deux mis en jugement sous l'inculpation d'avoir mis en

circulation des billets volés, et il y avait encore d'autres charges

derrière.

«--Défendons-nous chacun de notre côté, et n'ayons aucune

communication,» me dit Compeyson.

«Et ce fut tout.

«J'étais si pauvre, que je vendis tout ce que je possédais, excepté ce

que j'avais sur le dos, afin d'avoir Jaggers pour moi.

«Quand on nous amena au banc des accusés, je remarquai tout d'abord

combien Compeyson avait bonne tournure et l'air d'un gentleman, avec ses

cheveux frisés et ses habits noirs et son mouchoir blanc, et combien,

moi, j'avais l'air d'un misérable tout à fait vulgaire.

«Quand on lut l'acte d'accusation, et qu'on chercha à prouver notre

culpabilité, je remarquai combien on pesait lourdement sur moi et

légèrement sur lui.

«Quand les témoins furent appelés, je remarquai comment on pouvait jurer

que c'était toujours moi qui m'étais présenté--comment c'était toujours

à moi que l'argent avait été payé--comment c'était toujours moi qui

semblais avoir fait la chose et profité du gain.

«Mais quand ce fut le tour de la défense, je vis plus distinctement

encore quel était le plan de Compeyson; car son avocat avait dit:

«--Milord et Messieurs, vous avez devant vous, côte à côte sur le même

banc, deux individus que vous ne devez pas confondre: l'un, le plus

jeune, bien élevé, dont on parlera comme il convient; l'autre, mal

élevé, auquel on parlera comme il convient. L'un, le plus jeune, qu'on

voit rarement apparaître dans les affaires de la cause, si jamais on l'y

voit, est seulement soupçonné; l'autre, le plus âgé, qu'on voit toujours

agir dans ces mêmes affaires, mène le crime au logis. Pouvez-vous

balancer, s'il n'y a qu'un coupable dans cette affaire, à dire lequel ce

doit être? et, s'il y en a deux, lequel est pire que l'autre?»

«Et ainsi de suite, et quand on arriva aux antécédents, il se trouva que

Compeyson avait été en pension, que ses camarades de pension étaient

dans telle ou telle position; plusieurs témoins l'avaient connu au club

et dans le monde, et n'avaient que de bons renseignements à donner sur

lui.

«Quant à moi, j'étais en récidive et l'on m'avait vu constamment par

voies et chemins, dans les maisons de correction et sous clef.

«Quand vint le moment de parler aux juges, qui donc, sinon Compeyson,

leur parla, en laissant retomber de temps en temps son visage dans son

mouchoir blanc, et avec des vers dans son discours encore! Moi, je pus

seulement dire:

«--Messieurs, cet homme, qui est à côté de moi, est le plus fameux

scélérat...»

«Quand vint le verdict, ce fut pour Compeyson qu'on réclama

l'indulgence, en conséquence de ses bons antécédents, de la mauvaise

compagnie qu'il avait fréquentée, et aussi en considération de toutes

les informations qu'il avait données contre moi.

«Moi je n'entendis d'autre mot que le mot: _coupable!_

«Et quand je dis à Compeyson:

«--Une fois sorti du tribunal, je t'écraserai le visage, misérable!»

«Ce fut Compeyson qui demanda protection au juge et l'on mit deux

geôliers entre nous.

«Il en eut pour sept ans, et moi pour quatorze, et encore le juge, en le

condamnant, ajouta qu'il le regrettait, parce qu'il aurait pu bien

tourner.

«Quant à moi, le juge voyait bien que j'étais un vieux pécheur, aux

passions violentes, ayant tout ce qu'il fallait pour devenir pire...»

Provis était petit à petit arrivé à un grand état de surexcitation; mais

il se retint, poussa deux ou trois soupirs, avala sa salive un nombre de

fois égal, et, étendant vers moi sa main comme pour me rassurer:

«Je ne vais pas me montrer petit, cher enfant,» dit-il.

Il s'était échauffé à tel point, qu'il tira son mouchoir et s'essuya la

figure, la tête, le cou et les mains avant de pouvoir continuer.

«Je dis à Compeyson que je jurais de lui écraser le visage, et je

m'écriai:

«--Que Dieu écrase le mien, si je ne le fais pas!»

«Nous étions tous deux sur le même ponton, mais je ne pus l'approcher de

longtemps, malgré tous mes efforts. Enfin, j'arrivai derrière lui, et je

lui frappai sur l'épaule pour le faire retourner et le souffleter; on

nous aperçut et on me saisit. Le cachot noir du ponton n'était pas des

plus solides pour un habitué des cachots, qui savait nager et plonger.

Je gagnai le rivage, et me cachai au milieu des tombeaux, enviant ceux

qui y étaient couchés. C'est alors que je vous vis pour la première

fois, mon cher enfant!»

Il me regardait d'un oeil affectueux, qui le rendait encore plus

horrible à mes yeux, quoique j'eusse ressenti une grande pitié pour lui.

«C'est par vous, mon cher enfant, que j'appris que Compeyson se trouvait

aussi dans les marais. Sur mon âme, je crois presque qu'il s'était sauvé

par frayeur et pour s'éloigner de moi, ignorant que c'était moi qui

avais gagné le rivage. Je le poursuivis, je le souffletai.

«--Et maintenant, lui dis-je, comme il ne peut rien m'arriver de pire,

et que je ne crains rien pour moi-même, je vais vous ramener au ponton.»

«Et je l'aurais traîné par les cheveux, en nageant, si j'en avais eu le

temps, et certainement, je l'aurais ramené à bord sans les soldats, qui

nous arrêtèrent tous les deux.

«Malgré tout, il finit par s'en tirer; il avait de si bons antécédents!

Il ne s'était évadé que rendu à moitié fou par moi et par mes mauvais

traitements. Il fut puni légèrement; moi, je fus mis aux fers; puis on

me ramena devant le tribunal, et je fus condamné à vie. Je n'ai pas

attendu la fin de ma peine, mon cher enfant, et vous, le camarade de

Pip, puisque me voici.»

Il s'essuya encore, comme il l'avait fait auparavant, puis il tira

lentement de sa poche son paquet de tabac; il ôta sa pipe de sa

boutonnière, la remplit lentement, et se mit à fumer.

«Il est mort? demandai-je après un moment de silence.

--Qui cela, mon cher enfant?

--Compeyson.

--Il espère que je le suis, s'il est vivant, soyez-en sûr, dit-il avec

un regard féroce. Je n'ai plus jamais entendu parler de lui.»

Pendant ce temps, Herbert avait écrit quelques mots au crayon sur

l'intérieur de la couverture d'un livre.

Il me passa doucement le livre, pendant que Provis fumait sa pipe, les

yeux tournés vers le feu, et je lus:

«LE JEUNE HAVISHAM S'APPELAIT ARTHUR; COMPEYSON EST L'HOMME QUI A

PRÉTENDU AIMER MISS HAVISHAM.»

Je fermai le livre en faisant un léger signe de tête à Herbert, et je

mis le livre de côté; et sans rien dire, ni l'un ni l'autre, nous

regardâmes tous les deux Provis, pendant qu'il fumait sa pipe auprès du

feu.

Les grandes espérances · 第 63 / 87 题