Madame la landgrave de Darmstadt est de retour de Pétersbourg. Elle ne
tarit point sur les éloges de l'impératrice et des choses utiles qu'elle
a exécutées, et des grands projets qu'elle médite encore. Diderot et
Grimm y passeront l'hiver. Cette cour réunit le faste, la magnificence
et la politesse: et l'impératrice surpasse tout le reste par l'accueil
gracieux qu'elle fait aux étrangers.
Après vous avoir parlé de cette cour, comment vous entretenir des
jésuites? Ce n'est qu'en faveur de l'instruction de la jeunesse que je
les ai conservés. Le pape leur a coupé la queue; ils ne peuvent plus
servir, comme les renards de Samson, pour embraser les moissons des
Philistins. D'ailleurs, la Silésie n'a produit ni de père Guignard ni de
Malagrida. Nos Allemands n'ont pas les passions aussi vives que les
peuples méridionaux.
Si toutes ces raisons ne vous touchent point, j'en alléguerai une plus
forte: j'ai promis, par la paix de Dresde, que la religion demeurerait
_in statu quo_ dans mes provinces. Or j'ai eu des jésuites, donc il
faut les conserver. Les princes catholiques ont tout à propos un pape à
leur disposition qui les absout de leurs serments par la plénitude de sa
puissance: pour moi, personne ne peut m'absoudre, je suis obligé de
garder ma parole, et le pape se croirait pollué s'il me bénissait; il se
ferait couper les doigts avec lesquels il aurait donné l'absolution à un
maudit hérétique de ma trempe.....