10 décembre 1773.

Madame la landgrave de Darmstadt est de retour de Pétersbourg. Elle ne

tarit point sur les éloges de l'impératrice et des choses utiles qu'elle

a exécutées, et des grands projets qu'elle médite encore. Diderot et

Grimm y passeront l'hiver. Cette cour réunit le faste, la magnificence

et la politesse: et l'impératrice surpasse tout le reste par l'accueil

gracieux qu'elle fait aux étrangers.

Après vous avoir parlé de cette cour, comment vous entretenir des

jésuites? Ce n'est qu'en faveur de l'instruction de la jeunesse que je

les ai conservés. Le pape leur a coupé la queue; ils ne peuvent plus

servir, comme les renards de Samson, pour embraser les moissons des

Philistins. D'ailleurs, la Silésie n'a produit ni de père Guignard ni de

Malagrida. Nos Allemands n'ont pas les passions aussi vives que les

peuples méridionaux.

Si toutes ces raisons ne vous touchent point, j'en alléguerai une plus

forte: j'ai promis, par la paix de Dresde, que la religion demeurerait

_in statu quo_ dans mes provinces. Or j'ai eu des jésuites, donc il

faut les conserver. Les princes catholiques ont tout à propos un pape à

leur disposition qui les absout de leurs serments par la plénitude de sa

puissance: pour moi, personne ne peut m'absoudre, je suis obligé de

garder ma parole, et le pape se croirait pollué s'il me bénissait; il se

ferait couper les doigts avec lesquels il aurait donné l'absolution à un

maudit hérétique de ma trempe.....

Correspondance de Voltaire avec le roi de Prusse · 第 100 / 125 题