Pour que les rayons α ne puissent apporter de trouble dans

l'expérience, on peut les supprimer en recouvrant la source radiante

d'un écran métallique mince; le résultat de l'expérience n'est pas

modifié[47].

[47] A vrai dire, dans ces expériences, on observe toujours une

déviation à l'électromètre, mais il est facile de se rendre compte que

ce déplacement est un effet de la force électromotrice de contact qui

existe entre le plateau relié à l'électromètre et les conducteurs

voisins; cette force électromotrice fait dévier l'électromètre, grâce

à la conductibilité de l'air soumis au rayonnement du radium.

Nous avons sans plus de succès répété cette expérience dans l'air en

faisant pénétrer les rayons dans l'intérieur d'un cylindre de Faraday en

relation avec l'électromètre[48].

[48] Le dispositif du cylindre de Faraday n'est pas nécessaire, mais

il pourrait présenter quelques avantages dans le cas où il se

produirait une forte diffusion des rayons par les parois frappées. On

pourrait espérer ainsi recueillir et utiliser ces rayons diffusés,

s'il y en a.

On pouvait déjà se rendre compte, d'après les expériences qui précèdent,

que la charge des rayons du produit radiant employé était faible.

Pour constater un faible dégagement d'électricité sur le conducteur qui

absorbe les rayons, il faut que ce conducteur soit bien isolé

électriquement; pour obtenir ce résultat, il est nécessaire de le mettre

à l'abri de l'air, soit en le plaçant dans un tube avec un vide très

parfait, soit en l'entourant d'un bon diélectrique solide. C'est ce

dernier dispositif que nous avons employé.

Un disque conducteur MM (_fig._ 6) est relié par la tige métallique _t_

à l'électromètre; disque et tige sont complètement entourés de matière

isolante _iiii_; le tout est recouvert d'une enveloppe métallique EEEE

qui est en communication électrique avec la terre. Sur l'une des faces

du disque, l'isolant _pp_ et l'enveloppe métallique sont très minces.

C'est cette face qui est exposée au rayonnement du sel de baryum

radifère R, placé à l'extérieur dans une auge en plomb[49]. Les rayons

émis par le radium traversent l'enveloppe métallique et la lame isolante

_pp_, et sont absorbés par le disque métallique MM. Celui-ci est alors

le siège d'un dégagement continu et constant d'électricité négative que

l'on constate à l'électromètre et que l'on mesure à l'aide du quartz

piézoélectrique.

[49] L'enveloppe isolante doit être parfaitement continue. Toute

fissure remplie d'air allant du conducteur intérieur jusqu'à

l'enveloppe métallique est une cause de courant dû aux forces

électromotrices de contact utilisant la conductibilité de l'air sous

l'action du radium.

[Illustration: Fig. 6.]

Le courant ainsi créé est très faible. Avec du chlorure de baryum

radifère très actif formant une couche de 2cm2,5 de surface et de

0cm,2 d'épaisseur, on obtient un courant de l'ordre de grandeur de

10^{-11} ampère, les rayons utilisés ayant traversé, avant d'être

absorbés par le disque MM, une épaisseur d'aluminium de 0mm,01 et une

épaisseur d'ébonite de 0mm,3.

Nous avons employé successivement du plomb, du cuivre et du zinc pour le

disque MM, de l'ébonite et de la paraffine pour l'isolant; les résultats

obtenus ont été les mêmes.

Le courant diminue quand on éloigne la source radiante R, ou quand on

emploie un produit moins actif.

Nous avons encore obtenu les mêmes résultats en remplaçant le disque MM

par un cylindre de Faraday rempli d'air, mais enveloppé extérieurement

par une matière isolante. L'ouverture du cylindre, fermée par la plaque

isolante mince _pp_, était alors en face de la source radiante.

Enfin nous avons fait l'expérience inverse, qui consiste à placer l'auge

de plomb avec le radium au milieu de la matière isolante et en relation

avec l'électromètre (_fig._ 7), le tout étant enveloppé par l'enceinte

métallique reliée à la terre.

[Illustration: Fig. 7.]

Dans ces conditions, on observe à l'électromètre que le radium prend une

charge positive et égale en grandeur à la charge négative de la première

expérience. Les rayons du radium traversent la plaque diélectrique mince

_pp_ et quittent le conducteur intérieur en emportant de l'électricité

négative.

Les rayons α du radium n'interviennent pas dans ces expériences, étant

absorbés presque totalement par une épaisseur extrêmement faible de

matière. La méthode qui vient d'être décrite ne convient pas non plus

pour l'étude de la charge des rayons du polonium, ces rayons étant

également très peu pénétrants. Nous n'avons observé aucun indice de

charge avec du polonium, qui émet seulement des rayons α; mais, pour la

raison qui précède, on ne peut tirer de cette expérience aucune

conclusion.

Ainsi, dans le cas des rayons déviables β du radium, comme dans le cas

des rayons cathodiques, les rayons transportent de l'électricité. Or,

jusqu'ici on n'a jamais reconnu l'existence de charges électriques non

liées à la matière. On est donc amené à se servir, dans l'étude de

l'émission des rayons déviables β du radium, de la même théorie que

celle actuellement en usage pour l'étude des rayons cathodiques. Dans

cette théorie balistique, qui a été formulée par Sir W. Crookes, puis

développée et complétée par M. J.-J. Thompson, les rayons cathodiques

sont constitués par des particules extrêmement ténues qui sont lancées à

partir de la cathode avec une très grande vitesse, et qui sont chargées

d'électricité négative. On peut de même concevoir que le radium envoie

dans l'espace des particules chargées négativement.

Un échantillon de radium renfermé dans une enveloppe solide, mince,

parfaitement isolante, doit se charger spontanément à un potentiel très

élevé. Dans l'hypothèse balistique le potentiel augmenterait, jusqu'à ce

que la différence de potentiel avec les conducteurs environnants devînt

suffisante pour empêcher l'éloignement des particules électrisées émises

et amener leur retour à la source radiante.

Nous avons réalisé par hasard l'expérience dont il est question ici. Un

échantillon de radium très actif était enfermé depuis longtemps dans une

ampoule de verre. Pour ouvrir l'ampoule, nous avons fait avec un couteau

à verre un trait sur le verre. A ce moment nous avons entendu nettement

le bruit d'une étincelle, et en observant ensuite l'ampoule à la loupe,

nous avons aperçu que le verre avait été perforé par une étincelle à

l'endroit où il s'était trouvé aminci par le trait. Le phénomène qui

s'est produit là est exactement comparable à la rupture du verre d'une

bouteille de Leyde trop chargée.

Le même phénomène s'est reproduit avec une autre ampoule. De plus, au

moment où l'étincelle a éclaté, M. Curie qui tenait l'ampoule ressentit

dans les doigts la secousse électrique due à la décharge.

Certains verres ont de bonnes propriétés isolantes. Si l'on enferme le

radium dans une ampoule de verre scellée et bien isolante, on peut

s'attendre à ce que cette ampoule à un moment donné se perce

spontanément.

_Le radium est le premier exemple d'un corps qui se charge spontanément

d'électricité._

_Action du champ électrique sur les rayons déviables_ β _du

radium_.--Les rayons déviables β du radium étant assimilés à des rayons

cathodiques doivent être déviés par un champ électrique de la même façon

que ces derniers, c'est-à-dire comme le serait une particule matérielle

chargée négativement et lancée dans l'espace avec une grande vitesse.

L'existence de cette déviation a été montrée, d'une part, par M.

Dorn[50], d'autre part, par M. Becquerel[51].

[50] DORN, _Abh. Halle_, mars 1900.

[51] BECQUEREL, _Comptes rendus_, t. CXXX, p. 819.

Considérons un rayon qui traverse l'espace situé entre les deux plateaux

d'un condensateur. Supposons la direction du rayon parallèle aux

plateaux. Quand on établit entre ces derniers un champ électrique, le

rayon est soumis à l'action de ce champ uniforme sur toute la longueur

du trajet dans le condensateur, soit _l_. En vertu de cette action le

rayon est dévié vers le plateau positif et décrit un arc de parabole; en

sortant du champ il continue son chemin en ligne droite suivant la

tangente à l'arc de parabole au point de sortie. On peut recevoir le

rayon sur une plaque photographique normale à sa direction primitive. On

observe l'impression produite sur la plaque quand le champ est nul et

quand le champ a une valeur connue, et l'on déduit de là la valeur de la

déviation δ, qui est la distance des points, où la nouvelle direction du

rayon et sa direction primitive rencontrent un même plan normal à la

direction primitive. Si _h_ est la distance de ce plan au condensateur,

c'est-à-dire à la limite du champ, on a, par un calcul simple,

_e_F_l_(_l_/2 + _h_)

δ = ---------------------,

_mv_^2

_m_ étant la masse de la particule en mouvement, _e_ sa charge, _v_ sa

vitesse et F la valeur du champ.

Les expériences de M. Becquerel lui ont permis de donner une valeur

approchée de δ.

_Rapport de la charge à la masse pour une particule, chargée

négativement, émise par le radium._--Quand une particule matérielle,

ayant la masse _m_ et la charge négative _e_, est lancée avec une

vitesse _v_ dans un champ magnétique uniforme normal à sa vitesse

initiale, cette particule décrit dans un plan normal au champ et passant

par sa vitesse initiale un arc de cercle de rayon ρ tel que, H étant la

valeur du champ, on a la relation

_m_

Hρ = ----- _v_.

_e_

Si l'on a mesuré pour un même rayon la déviation électrique δ et le

rayon de courbure ρ dans un champ magnétique, on pourra, de ces deux

expériences, tirer les valeurs du rapport _e_/_m_ de la vitesse _v_.

Les expériences de M. Becquerel ont fourni une première indication à ce

sujet. Elles ont donné pour le rapport _e_/_m_ une valeur approchée

égale à 10^7 unités électromagnétiques absolues, et pour _v_ une

grandeur égale à 1,6 × 10^{10}. Ces valeurs sont du même ordre de

grandeur que pour les rayons cathodiques.

Des expériences précises ont été faites sur le même sujet par M.

Kaufmann[52]. Ce physicien a soumis un faisceau très étroit de rayons du

radium à l'action simultanée d'un champ électrique et d'un champ

magnétique, les deux champs étant uniformes et ayant une même direction,

normale à la direction primitive du faisceau. L'impression produite sur

une plaque normale au faisceau primitif et placée au-dessus des limites

du champ par rapport à la source prend la forme d'une courbe, dont

chaque point correspond à l'un des rayons du faisceau primitif

hétérogène. Les rayons les plus pénétrants et les moins déviables sont

d'ailleurs ceux dont la vitesse est la plus grande.

[52] KAUFMANN, _Nachrichten d. k. Gesell. d. Wiss. zu Gœttingen_, 1901,

Heft 2.

Il résulte des expériences de M. Kaufmann que pour les rayons du radium,

dont la vitesse est notablement supérieure à celle des rayons

cathodiques, le rapport _e_/_m_ va en diminuant quand la vitesse

augmente.

D'après les travaux de J.-J. Thomson et de Townsend[53] nous devons

admettre que la particule en mouvement, qui constitue le rayon, possède

une charge _e_ égale à celle transportée par un atome d'hydrogène dans

l'électrolyse, cette charge étant la même pour tous les rayons. On est

donc conduit à conclure que la masse de la particule _m_ va en

augmentant quand la vitesse augmente.

[53] THOMSON, _Phil. Mag._, t. XLVI, 1898.--TOWNSEND, _Phil. Trans._,

t. CXCV, 1901.

Or, des considérations théoriques conduisent à concevoir que l'inertie

de la particule est précisément due à son état de charge en mouvement,

la vitesse d'une charge électrique en mouvement ne pouvant être modifiée

sans dépense d'énergie. Autrement dit, l'inertie de la particule est

d'origine électromagnétique, et la masse de la particule est au moins en

partie une masse apparente ou masse électromagnétique. M. Abraham[54] va

plus loin et suppose que la masse de la particule est entièrement une

masse électromagnétique. Si dans cette hypothèse on calcule la valeur de

cette masse _m_ pour une vitesse connue _v_, on trouve que _m_ tend vers

l'infini quand _v_ tend vers la vitesse de la lumière, et que _m_ tend

vers une valeur constante quand la vitesse _v_ est très inférieure à

celle de la lumière. Les expériences de M. Kaufmann sont en accord avec

les résultats de cette théorie dont l'importance est grande, puisqu'elle

permet de prévoir la possibilité d'établir les bases de la mécanique sur

la dynamique de petits centres matériels chargés en état de

mouvement[55].

[54] ABRAHAM, _Nachrichten d. k. Gesell. d. Wiss. zu Gœttingen_, 1902,

Heft 1.

[55] Quelques développements sur cette question ainsi qu'une étude

très complète des centres matériels chargés (électrons ou corpuscules)

et les références des travaux relatifs se trouvent dans la Thèse de M.

Langevin.

Voici les nombres obtenus par M. Kaufmann pour _e_/_m_ et _v_:

_e_

-------

_m_

unités cm

électromagnétiques. _v_ ----.

sec

1,865 × 10^7 0,7 × 10^10 { pour les rayons

{ cathodiques.

1,31 × 10^7 2,36 × 10^10 }

1,17 » 2,48 » } pour les rayons du

0,97 » 2,59 » } radium (Kaufmann).

0,77 » 2,72 » }

0,63 » 2,83 » }

M. Kaufmann conclut de la comparaison de ses expériences avec la

théorie, que la valeur limite du rapport _e_/_m_ pour les rayons du

radium de vitesse relativement faible serait la même que la valeur de

_e_/_m_ pour les rayons cathodiques.

Les expériences les plus complètes de M. Kaufmann ont été faites avec un

grain minuscule de chlorure de radium pur, que nous avons mis à sa

disposition.

D'après les expériences de M. Kaufmann certains rayons β du radium

possèdent une vitesse très voisine de celle de la lumière. On comprend

que ces rayons si rapides puissent jouir d'un pouvoir pénétrant très

grand vis-à-vis de la matière.

_Action du champ magnétique sur les rayons α._--Dans un travail récent,

M. Rutherford a annoncé[56] que, dans un champ magnétique ou électrique

puissant, les rayons α du radium sont légèrement déviés à la façon de

particules électrisées positivement et animées d'une grande vitesse. M.

Rutherford conclut de ses expériences que la vitesse des rayons α est

de l'ordre de grandeur 2,5 × 10^9 cm/sec et que le rapport _e_/_m_ pour

ces rayons est de l'ordre de grandeur 6 × 10^3, soit 10^4 fois plus

grand que pour les rayons déviables β. On verra plus loin que ces

conclusions de M. Rutherford sont en accord avec les propriétés

antérieurement connues du rayonnement α, et qu'elles rendent compte, au

moins en partie, de la loi d'absorption de ce rayonnement.

[56] RUTHERFORD, _Physik. Zeitschrift_, 15 janvier 1903.

Les expériences de M. Rutherford ont été confirmées par M. Becquerel. M.

Becquerel a montré, de plus, que les rayons du polonium se comportent

dans un champ magnétique comme les rayons α du radium et qu'ils semblent

prendre, à champ égal, la même courbure que ces derniers. Il résulte

aussi des expériences de M. Becquerel que les rayons α ne semblent pas

former de spectre magnétique, mais se comportent plutôt comme un

rayonnement homogène, tous les rayons étant également déviés[57].

[57] BECQUEREL, _Comptes rendus_ des 26 janvier et 16 février 1903.

M. Des Coudres a fait une mesure de la déviation électrique et de la

déviation magnétique des rayons α du radium dans le vide. Il a trouvé

pour la vitesse de ces rayons _v_ = 1,65 × 10^9 cm/sec et pour le

rapport de la charge à la masse _e_/_m_ = 6400 en unités

électromagnétiques[58]. La vitesse des rayons α est donc environ 20 fois

plus faible que celle de la lumière. Le rapport _e_/_m_ est du même

ordre de grandeur que celui que l'on trouve pour l'hydrogène dans

l'électrolyse: _e_/_m_ = 9650. Si donc on admet que la charge de chaque

projectile est la même que celle d'un atome d'hydrogène dans

l'électrolyse, on en conclut que la masse de ce projectile est du même

ordre de grandeur que celle d'un atome d'hydrogène.

[58] DES COUDRES, _Physik. Zeitschrift._, 1er juin 1903.

Or nous venons de voir que, pour les rayons cathodiques et pour les

rayons β du radium les plus lents, le rapport _e_/_m_ est égal à 1,865 ×

10^7; ce rapport est donc environ 2000 fois plus grand que celui obtenu

dans l'électrolyse. La charge de la particule chargée négativement étant

supposée la même que celle d'un atome d'hydrogène, sa masse limite pour

les vitesses relativement faibles serait donc environ 2000 fois plus

petite que celle d'un atome d'hydrogène.

Les projectiles qui constituent les rayons β sont donc à la fois

beaucoup plus petits et animés d'une vitesse plus grande que ceux qui

constituent les rayons α. On comprend alors facilement que les premiers

possèdent un pouvoir pénétrant bien plus grand que les seconds.

_Action du champ magnétique sur les rayons des autres substances

radioactives._--On vient de voir que le radium émet des rayons α

assimilables aux rayons canaux, des rayons β assimilables aux rayons

cathodiques et des rayons pénétrants et non déviables γ. Le polonium

n'émet que des rayons α. Parmi les autres substances radioactives,

l'actinium semble se comporter comme le radium, mais l'étude du

rayonnement de ce corps n'est pas encore aussi avancée que celle du

rayonnement du radium. Quant aux substances faiblement radioactives, on

sait aujourd'hui que l'uranium et le thorium émettent aussi bien des

rayons α que des rayons déviables β (Becquerel, Rutherford).

_Proportion des rayons déviables_ β _dans le rayonnement du

radium_.--Comme je l'ai déjà dit, la proportion des rayons β va en

augmentant, à mesure qu'on s'éloigne de la source radiante. Toutefois,

ces rayons ne se montrent jamais seuls, et pour les grandes distances

on observe aussi toujours la présence de rayons γ. La présence de rayons

non déviables très pénétrants dans le rayonnement du radium a été, pour

la première fois, observée par M. Villard[59]. Ces rayons ne constituent

qu'une faible partie du rayonnement mesuré par la méthode électrique, et

leur présence nous avait échappé dans nos premières expériences, de

sorte que nous croyions alors à tort que le rayonnement à grande

distance ne contenait que des rayons déviables.

[59] VILLARD, _Comptes rendus_, t. CXXX, p. 1010.

Voici les résultats numériques obtenus dans des expériences faites par

la méthode électrique avec un appareil analogue à celui de la figure 5.

Le radium n'était séparé du condensateur que par l'air ambiant. Je

désigne par _d_ la distance de la source radiante au condensateur. En

supposant égal à 100 le courant obtenu sans champ magnétique pour chaque

distance, les nombres de la deuxième ligne indiquent le courant qui

subsiste quand le champ agit. Ces nombres peuvent être considérés comme

donnant le pourcentage de l'ensemble des rayons α et γ, la déviation des

rayons α n'ayant guère pu être observée avec le dispositif employé.

Aux grandes distances on n'a plus de rayons α, et le rayonnement non

dévié est alors du genre γ seulement.

Expériences faites à petite distance:

_d_ en centimètres. 3,4 5,1 6,0 6,5

Pour 100 de rayons non déviés. 74 56 33 11

Expériences faites aux grandes distances, avec un produit

considérablement plus actif que celui qui avait servi pour la série

précédente:

_d_ en centimètres. 14 30 53 80 98 124 157

Pour 100 de rayons déviés. 12 14 17 14 16 14 11

On voit, qu'à partir d'une certaine distance, la proportion des rayons

non déviés dans le rayonnement est approximativement constante. Ces

rayons appartiennent probablement tous à l'espèce γ. Il n'y a pas à

tenir compte outre mesure des irrégularités dans les nombres de la

seconde ligne, si l'on envisage que l'intensité totale du courant dans

les deux expériences extrêmes était dans le rapport de 660 à 10. Les

mesures ont pu être poursuivies jusqu'à une distance de 1m,57 de la

source radiante, et nous pourrions aller encore plus loin actuellement.

Voici une autre série d'expériences, dans lesquelles le radium était

enfermé dans un tube de verre très étroit, placé au-dessous du

condensateur et parallèlement aux plateaux. Les rayons émis traversaient

une certaine épaisseur de verre et d'air, avant d'entrer dans le

condensateur.

_d_ en centimètres. 2,5 3,3 4,1 5,9 7,5 9,6 11,3 13,9 17,2

Pour 100 de rayons

non dévies. 33 33 21 16 14 10 9 9 10

Comme dans les expériences précédentes, les nombres de la seconde ligne

tendent vers une valeur constante quand la distance _d_ croît, mais la

limite est sensiblement atteinte pour des distances plus petites que

dans les séries précédentes, parce que les rayons α ont été plus

fortement absorbés par le verre que les rayons β et γ.

Voici une autre expérience qui montre qu'une lame d'aluminium mince

(épaisseur 0mm,01) absorbe principalement les rayons α. Le produit étant

placé à 5cm du condensateur, on trouve en faisant agir le champ

magnétique que la proportion des rayons autres que β est de 71 pour 100.

Le même produit étant recouvert de la lame d'aluminium, et la distance

restant la même, on trouve que le rayonnement transmis est presque

totalement dévié par le champ magnétique, les rayons α ayant été

absorbés par la lame. On obtient le même résultat en employant le

papier comme écran absorbant.

La plus grosse partie du rayonnement du radium est formée par des rayons

α qui sont probablement émis surtout par la couche superficielle de la

matière radiante. Quand on fait varier l'épaisseur de la couche de la

matière radiante, l'intensité du courant augmente avec cette épaisseur;

l'augmentation n'est pas proportionnelle à l'accroissement d'épaisseur

pour la totalité du rayonnement; elle est d'ailleurs plus notable sur

les rayons β que sur les rayons α, de sorte que la proportion de rayons

β va en croissant avec l'épaisseur de la couche active. La source

radiante étant placée à une distance de 5cm du condensateur, on trouve

que, pour une épaisseur égale à 0mm,4 de la couche active, le

rayonnement total est donné par le nombre 28 et la proportion des rayons

β est de 29 pour 100. En donnant à la couche active l'épaisseur de 2mm,

soit 5 fois plus grande, on obtient un rayonnement total égal à 102 et

une proportion de rayons déviables β égale à 45 pour 100. Le rayonnement

total qui subsiste à cette distance a donc été augmenté dans le rapport

3,6 et le rayonnement déviable β est devenu environ 5 fois plus fort.

Les expériences précédentes ont été faites par la méthode électrique.

Quand on opère par la méthode radiographique, certains résultats

semblent, en apparence, être en contradiction avec ce qui précède. Dans

les expériences de M. Villard, un faisceau de rayons du radium soumis à

l'action d'un champ magnétique était reçu sur une pile de plaques

photographiques. Le faisceau non déviable et pénétrant γ traversait

toutes les plaques et marquait sa trace sur chacune d'elles. Le faisceau

dévié β produisait une impression sur la première plaque seulement. Ce

faisceau paraissait donc ne point contenir de rayons de grande

pénétration.

Au contraire, dans nos expériences, un faisceau qui se propage dans

l'air contient aux plus grandes distances accessibles à l'observation

9/10 environ de rayons déviables β, et il en est encore de même, quand

la source radiante est enfermée dans une petite ampoule de verre

scellée. Dans les expériences de M. Villard, ces rayons déviables et

pénétrants β n'impressionnent pas les plaques photographiques placées au

delà de la première, parce qu'ils sont en grande partie diffusés dans

tous les sens par le premier obstacle solide rencontré et cessent de

former un faisceau. Dans nos expériences, les rayons émis par le radium

et transmis par le verre de l'ampoule étaient probablement aussi

diffusés par le verre, mais l'ampoule étant très petite, fonctionnait

alors elle-même comme une source de rayons déviables β partant de sa

surface, et nous avons pu observer ces derniers jusqu'à une grande

distance de l'ampoule.

Les rayons cathodiques des tubes de Crookes ne peuvent traverser que des

écrans très minces (écrans d'aluminium jusqu'à 0mm,01 d'épaisseur). Un

faisceau de rayons qui arrive normalement sur l'écran est diffusé dans

tous les sens; mais la diffusion est d'autant moins importante que

l'écran est plus mince, et pour des écrans très minces il existe un

faisceau sortant qui est sensiblement le prolongement du faisceau

incident[60].

[60] DES COUDRES, _Physik. Zeitschrift_, novembre 1902.

Recherches sur les substances radioactives · 第 4 / 10 段