Le manuscrit de _Pierre et Jean_ se compose de 188 feuillets grand
in-8º écrits au recto, paginés de 1 à 188. Ce dernier feuillet porte
le mot _fin_. L'écriture est rapide et assurée. Les corrections y sont
peu nombreuses. Vers la fin cependant, à partir du chapitre VIII,
les surcharges sont plus rapprochées, des membres de phrases sont
abandonnés. Les variantes que nous donnons indiquent les hésitations de
l'auteur pour rendre définitives les scènes qui se déroulent dans la
partie capitale de son livre.
_Pierre et Jean_ a paru dans _la Nouvelle Revue_, en décembre 1887 et
janvier 1888. Il fut mis en vente par Ollendorff au commencement de
1888 et par Boussod-Valadon avec les illustrations de Duez et de Lynch
à la fin de la même année.
Maupassant écrit à sa mère au commencement de novembre 1887:
«Ollendorff veut mettre en vente _Pierre et Jean_ le 3 janvier et
non le 20... _Pierre et Jean_ aura un succès littéraire, mais non
pas un succès de vente. Je suis sûr que ce livre est bon. Je te l'ai
toujours écrit, mais il est cruel, ce qui l'empêchera de se vendre.»
Quant à la préface, elle parut en feuilleton dans _le Supplément
littéraire_ du _Figaro_ (samedi 7 janvier 1888). Elle faillit même
donner lieu à un procès entre Maupassant et la direction du journal,
celle-ci ayant jugé bon de supprimer plusieurs passages importants
de l'article, sans l'assentiment de l'auteur. L'affaire s'arrangea
cependant sans débats judiciaires.
La préface de _Pierre et Jean_ fut très discutée.
Nous extrayons du livre de Mme Lecomte du Nouy, _En regardant passer la
vie_ (Ollendorff, édit.), le passage suivant:
«J'ai écrit durant une partie de ma vie une sorte de journal, j'y
retrouve ceci à la date du 22 juin 1887:
«Maupassant me lit les premières pages de son nouveau roman _Pierre
et Jean_. L'exposition s'annonce très bien; c'est un fait réel qui
lui a donné l'idée d'écrire ce livre. Un de ses amis vient de faire
un héritage de huit millions. Cet héritage lui a été laissé par un
commensal de sa famille. Il paraît que le père du jeune homme était
vieux, la mère, jeune et jolie. Guy a cherché comment le don d'une
pareille fortune pouvait s'expliquer; il a fait une supposition
qui s'est imposée à lui; il va la développer et nous devons aller
ensemble samedi au Havre pour qu'il se pénètre du paysage, des
bassins et du mouvement du port, d'une façon absolument juste.»
«C'est bien ainsi qu'il procédait. Le moindre point de départ lui
suffisait: il voyait le monde à travers une goutte d'eau et il était
surpris que chacun n'eût pas ses yeux.»