Le manuscrit de _Notre Cœur_ est composé de 271 feuillets de format
grand in-8º. Par la quantité de surcharges, de passages abandonnés ou
repris sous une autre forme, l'écriture semble en avoir été pénible. De
tous les manuscrits de Maupassant que nous possédons, aucun ne témoigne
plus d'hésitation dans la phrase définitive que celui-ci.
La première partie du manuscrit comprend quatre chapitres alors que
celle du volume n'en comprend que trois. Dans le manuscrit, quelques
jours après le dîner, Mariolle fait une visite de digestion (voir
variantes) à Mme de Burne, chez qui il rencontre entre autres Lamarthe,
avec qui il part, tandis que dans le volume cette visite n'existe
plus: le tête-à-tête entre Mariolle et Mme de Burne et le départ avec
Lamarthe ont lieu immédiatement après le dîner. Les chapitres I et II
du manuscrit ne font donc, après modifications, que le chapitre I du
livre.
Les pages les plus travaillées du manuscrit sont celles qui
correspondent aux pages 54, 55, 56, 73, 101, 167, 168, 242, 243 de la
présente édition.
_Notre Cœur_ a paru dans la _Revue des Deux-Mondes_ en mai-juin 1890.
Dans la _Revue_, le roman est coupé différemment, mais cette division
semble avoir été voulue par le périodique; le texte de la _Revue_ et
celui du livre sont semblables à part quelques variantes qui n'offrent
aucun intérêt à être signalées.
Maupassant écrivait à sa mère (22 mai 1890): «Il faut que je sois de
retour pour la mise en vente de mon livre, vers le 18 juin. Mon roman
s'annonce comme un succès dans la _Revue des Deux-Mondes_. Il étonne
par la nouveauté du genre et j'en augure bien.»
Il ajoutait (juillet 1890), au sujet de la publication de son livre
en revue: «... L'inconvénient est celui-ci: tout le bruit--et il a
été énorme--se fait au moment de l'apparition dans la _Revue des
Deux-Mondes_; et on a fini d'en parler quand le volume arrive. Malgré
tout, la vente marche, quoique ralentie et elle passera, je crois,
celle de _Fort comme la Mort_ qui est à trente-deux mille.»
Enfin, dans une lettre sans date, mais de peu postérieure à la
précédente, il écrivait: «La vente ne marche presque pas, malgré le
gros succès de ce livre. Cela tient à ce que la _Revue des Deux-Mondes_
m'a enlevé comme acheteurs tous les gens du monde à Paris, et en
province, dans toutes les villes, le monde officiel, le monde des
professeurs et des magistrats.»