Lorsqu’un auteur a écrit un livre qui, par le caprice des dieux,
parvient à toucher des lecteurs, il arrive qu’on interroge ce mortel
privilégié, au sujet de ses personnages, et lui demande de leurs
nouvelles.
Que de gens se sont informés près de moi d’une petite fille nommée
Jacquette, que j’avais présentée,--il y a quelque vingt ans de
cela,--dans un beau parc situé dans la région d’Anjou, et dans un
château appelé Chamarande! J’avais pris soin, à la fin de mon conte, de
fournir quelques faits rassurants quant à l’avenir de Jacquette, et même
de dire qu’elle fit, en temps convenable, un excellent mariage. Ce
n’était pas assez, paraît-il. Certains d’abord y croyaient peu, eu égard
à l’éducation fort agitée de l’enfant; d’autres exigeaient des
précisions et des détails; mais ceux-ci sont gens qui n’ont rien à faire
et voudraient qu’on leur racontât indéfiniment des histoires.
Des histoires, et sur Jacquette de Chamarande, j’en possède, à la
vérité. Je vais essayer de vous en dire au moins quelques unes.