XXII. A notre propos, ça vous qui parlez des pucelles, comment est-ce
que vous connoîtriez si une fille est pucelle?
PLINE. Puis que ces doctes se taisent, je parlerai aussi. Je le sais
pour l'avoir appris en Chaldée, au voyage que je fis, du tems du pape
Sixte, qui pria le roi de France de lui envoyer cinq ou six cents de ses
quarante-cinq, avec une douzaine de druïdes, lesquels me reçurent avec
eux, & allâmes en ambassade en la Chine, où nous vîmes ces hommes plus
doctes. Il y en avoit un, qui étoit moult versé ès secrets. Il m'en
conta, dont je n'avois onc ouï parler. Il m'enseigna le moyen de
connoître les pucelles, de la même sorte que je l'ai démontré au premier
médecin de la reine. Si vous le voulez savoir, prenez une fille bien
faite, de quinze ans ou environ; mettez-la toute nue, & la faites tenir
debout; &, vous mettant derriere elle, passez votre main gauche par
entre ses jambes, & empoignez son cela, son con: (je m'ébahis puis qu'il
est à une fille, qu'on ne dit, comme le Breton, qui prêchant disoit:
sera cette semaine grand-fête de Mari-Marjolaine; qui, quand fut petite
garcette, prêta son con; mais sera tant prié & ploré, que de dieu lui
fut pardonné: faites ainsi, mes dames; & vous ferez très-bien pour votre
salut.) Tenant ce con bien justement ferme & clos, vous avancerez votre
main droite; & des deux premiers doigts vous ouvrirez le trou fignon, en
éloignant les fesses, puis l'ouverture capable: soufflez de toute votre
force; si d'aventure le vent passe outre, & que vous le sentiez à la
main gauche, elle ne sera pas pucelle; autrement elle le sera. O gens de
qualité, si vous ne mordez à ces intelligences, faites-vous bien
aiguiser les dents. J'en sais le moyen, dit mondit seigneur l'évêque de
Luçon, le bon prélat; il ne faut qu'envoyer quérir le faucheur du
notaire de mon chapitre.