[1: Le même qui depuis a été ambassadeur à Paris.]
[2: «L'empereur Napoléon, tranquillisé (par les conventions d'Erfurth)
sur les affaires d'Allemagne, fit passer de puissans renforts à ses
armées d'Espagne, et se rendit lui-même dans la Péninsule pour diriger
les opérations dans une campagne brillante et qui semblait décisive; il
dispersa les armées espagnoles, réoccupa Madrid, et obligea une armée
anglaise qui s'était avancée jusqu'à Toro à se rembarquer à la Corogne.
Ces succès faisaient prévoir la conquête prochaine de toute la
Péninsule; mais l'activité que l'Autriche continuait à mettre dans ses
armemens obligea l'empereur des Français à quitter l'Espagne pour
retourner en toute hâte à Paris.
«Les sacrifices que le traité de Presbourg avait arrachés à l'Autriche
étaient trop grands pour que le cabinet de Vienne pût se résigner à les
supporter avec patience; mais la désorganisation de ses armées, suite
inévitable des revers multipliés qu'elle avait essuyés, l'avait empêché
jusque-là de se livrer à la réalisation des projets qu'elle nourrissait
en secret. Il n'avait pas saisi l'occasion que la guerre de la France
avec la Russie lui avait présentée; il jugea plus propice celle que
semblaient lui offrir les événemens d'Espagne et les embarras qu'ils
suscitaient à Napoléon.
«Le cabinet de Vienne commença donc avec sécurité les préparatifs de la
guerre. L'entrevue d'Erfurth augmenta les alarmes des ministres de
l'empereur François; mais comme leurs armemens n'avaient pas encore
atteint le degré de maturité convenable, ils résolurent de dissimuler
avec la France. Ils réussirent même à endormir l'empereur Napoléon, qui,
rassuré par leurs protestations, ne craignit pas de porter en Espagne la
majeure partie de ses forces. Profitant de ces circonstances, l'Autriche
poussa ses armemens avec une vigueur qui ne laissait plus de doute sur
la nature de ses projets.
«L'empereur Napoléon désirait sincèrement éviter une nouvelle guerre,
qui devait faire une diversion fâcheuse à ses affaires en Espagne; mais
toutes ses démarches pour en venir à un accommodement ne furent
considérées par les Autrichiens que comme un aveu de sa faiblesse, et ne
servirent qu'à les fortifier dans leurs projets, en leur persuadant
qu'ils prendraient la France au dépourvu.
«Le rôle que la Russie avait à jouer devenait difficile. D'un côté, il
n'était pas de son intérêt de coopérer à la ruine de la seule puissance
qui présentât encore une masse intermédiaire entre elle et l'empire de
Napoléon. D'un autre côté, elle ne pouvait refuser d'assister la France
sans violer ouvertement les engagemens contractés envers elle, et dont
aucune infraction de la part de Napoléon n'avait affaibli la sainteté.
D'ailleurs, quand même le cabinet de Pétersbourg, passant par dessus ces
considérations morales en faveur de plus hautes vues politiques, se fût
décidé à soutenir l'Autriche, il n'aurait pu le faire efficacement à
cause de l'éloignement de ses armées, occupées des affaires de la Suède
et de la Turquie, et le faible corps qui lui restait de disponible sur
les frontières de la Gallicie n'aurait fait que participer aux revers de
l'Autriche sans pouvoir y remédier.»
_Histoire militaire de la campagne de Russie_ par le colonel Boutourlin,
tom. 1er, p. 36.]
[3: Il avait reçu un second courrier de Saint-Pétersbourg.]
[4: Un corps de cinquante mille hommes n'était pas en état de prendre
l'offensive, et dès-lors aurait été sans cesse dans une position
d'observation.]
[5: «Paris, le 12 avril 1809.
Au prince de Neufchâtel,
Mon cousin,
Je reçois vos lettres du 8. Je trouve fort ridicule qu'on envoie des
farines de Metz et de Nancy sur Donawert; c'est le moyen de ne rien
avoir, d'écraser le pays de transports, et de faire de très grandes
dépenses. Je ne m'attendais pas à de pareilles mesures. Il était bien
plus simple de faire passer des marchés, dans un pays aussi abondant en
blé que l'Allemagne; on aurait eu en vingt-quatre heures tous les blés
et farines qu'on aurait voulu. Vous ne me mandez pas si les boulangers
et les constructeurs de fours, dont j'ai ordonné la réquisition à Metz,
Strasbourg et Nancy, sont arrivés. Je suis fâché que vous ne m'ayez pas
écrit là-dessus; cela est très-important. Faites lever une compagnie de
maçons bavarois à Munich. Je les prendrai à mes frais; vous savez qu'on
ne saurait trop en avoir. Je vous ai écrit hier matin par le télégraphe,
à midi par l'estafette: en réfléchissant sur les pièces que j'ai dans
les mains, je me confirme dans l'idée que l'ennemi veut commencer les
hostilités du 15 au 20. Je suppose que le duc de Rivoli arrivera le 15
sur le Leck, à Landsberg ou à Augsbourg. Il me tarde de savoir le jour
positif où le duc d'Auerstaedt arrivera à Ratisbonne avec son armée,
quand la cavalerie légère du général Montbrun et la grosse cavalerie du
général Nansouty arriveront entre Ratisbonne, Munich et le Leck, de
manière à pouvoir se former sur le Leck, si l'ennemi prenait l'offensive
avant que nous fussions prêts. Il me tarde aussi de vous savoir à
Augsbourg. Je suppose que, sans s'arrêter aux mesures prises, le
commissaire que j'ai envoyé à Donawert aura fait des marchés ou requis
le blé et la farine nécessaires. J'ai envoyé à Insbruck mon officier
d'ordonnance Constantin; dépêchez-lui un courrier pour qu'il vous donne
l'itinéraire des quatre mille hommes qui arrivent d'Italie par le Tyrol,
et des nouvelles de ce que l'ennemi fait de ce côté. Donnez ordre au
général Moulin, qui est à Strasbourg, de se rendre à Augsbourg pour
prendre le commandement de la ville.
Sur ce, etc.
_P.S._ Je vous prie bien de dire à Daru que mon intention est de ne rien
tirer de France de tout ce qu'on peut se procurer en Allemagne; qu'on
n'aille pas traîner à la suite de l'armée un tas de couvertures, de
matelas, de linge, ce qui occasionne d'immenses dépenses, et fait qu'on
manque de tout, tandis qu'avec l'argent qu'on y emploierait à Munich, à
Augsbourg, et partout où nous serons, on sera abondamment pourvu de
tout.
NAPOLÉON.»
]
[6: Paris, 10 avril 1809 à midi.
Au prince de Neuchâtel.
Mon cousin,
Je vous ai écrit par le télégraphe la dépêche ci-jointe. Des dépêches
interceptées, adressées à M. de Metternich par sa cour, et la demande
qu'il fait de ses passe-ports, font assez comprendre que l'Autriche va
commencer les hostilités, si elle ne les a déjà commencées. Il est
convenable que le duc de Rivoli se rende à Augsbourg avec son corps; que
les Wurtembergeois se rendent également à Augsbourg, et que vous vous y
rendiez de votre personne. Ainsi, vous aurez en peu de temps réuni à
Augsbourg beaucoup de troupes. Communiquez cet avis au duc de Dantzick.
La division Saint-Hilaire, les divisions Nansouty et Montbrun doivent
être à Ratisbonne depuis le 6; le duc d'Auerstaedt doit avoir son
quartier-général à Nuremberg. Prévenez-le que tout porte à penser que
les Autrichiens vont commencer l'attaque, et que, s'ils attaquent avant
le 15, tout doit se porter sur le Lech. Vous communiquerez tout cela
confidentiellement au roi de Bavière.--Écrivez au prince de Ponte-Corvo,
que l'Autriche va attaquer, que si elle ne l'a pas fait, le langage et
les dépêches de M. de Metternich font juger que tout cela est très
imminent; qu'il serait convenable que le roi de Saxe se retirât sur une
de ses maisons de campagne du coté de Leipsick.--Prévenez le général
Dupas, pour qu'il ne se trouve point exposé, et pour qu'en cas que
l'ennemi attaque avant que son mouvement ne soit fini, il se concentre
sur Augsbourg. Comme les Autrichiens sont fort lents, il serait possible
qu'ils n'attaquassent pas avant le 15; alors ce serait différent, car
moi-même je vais partir. Dans tous les cas, il n'y aurait pas
d'inconvénient que la cour de Bavière se tînt prête à faire un voyage à
Augsbourg. Si l'ennemi ne fait aucun mouvement, vous pourrez toujours
faire celui du duc de Rivoli sur Augsbourg; celui des Wurtembergeois sur
Ausbourg ou Raïn, selon que vous le jugerez convenable, et celui de la
cavalerie légère, et des _divisions Nansouty et Saint-Hilaire_ sur
Landshut ou Freising, selon les événemens. Le duc d'Auerstaedt aura son
quartier-général à Ratisbonne, et son armée se placera à une journée
autour de cette ville, et cela dans tous les événemens. Les Bavarois ne
feront aucun mouvement si l'_ennemi n'en fait pas_. Quant à la division
Rouger, elle se rapprochera de Donawert, si elle ne peut pas attendre la
division Dupas.
NAPOLÉON.
]
[8: Depuis qu'il était devenu protecteur de la confédération du Rhin, il
avait acquis du prince de Baden, le territoire sur lequel avait été
construit l'ancien fort de Kehl sous Louis XIV, et il le fit
reconstruire.--Il faisait de même construire une tête de pont à
Mayence.]
[9: Ce corps de Klenau avait quarante mille hommes.]
[10: Le pont de Ratisbonne est le seul en pierre qui existe sur le
Danube depuis Ulm, où le fleuve est peu considérable, jusqu'à la mer. Ce
pont est un ouvrage des Romains. Il est construit en grès et briques
minces et liés avec du ciment de Pouzolane; ce monument est à l'abri des
destructions.]
[11: Lettre de Napoléon au maréchal Masséna.
Donawert, le 18 avril 1809.
Mon cousin,
Je reçois votre lettre; la division que vous avez à Landsberg, et les
quatre régimens de cavalerie légère, doivent tâcher de gagner Aicha, ou
au moins faire ce qu'ils pourront sur la route d'Augsbourg à Aicha; mais
il est indispensable que le général Oudinot, avec son corps et vos trois
autres divisions, que vos cuirassiers et ce que vous avez d'autre
cavalerie couchent à Pfaffenhofen. Dans un seul mot vous allez
comprendre ce dont il s'agit. Le prince Charles avec toute son armée a
débouché hier de Landshut sur Ratisbonne; il avait trois corps d'armée,
évalués à quatre-vingt mille hommes. Les Bavarois se sont battus toute
la journée avec son avant-garde, entre Siegenbourg et le Danube.
Cependant aujourd'hui 18, le duc d'Auerstaedt, qui a soixante mille
hommes français, part de Ratisbonne et se porte sur Neustadt; ainsi, lui
et les Bavarois agiront de concert contre le prince Charles. Dans la
journée de demain 19, tout ce qui sera arrivé à Pfaffenhofen de votre
corps, auquel se joindront les Wurtembergeois, une division de
cuirassiers et tout ce qu'on pourra, pourra agir, soit pour tomber sur
les derrières du prince Charles, soit pour tomber sur la colonne de
Freysing et de Maubourg, et enfin entrer en ligne. Tout porte donc à
penser qu'entre le 18, le 19 et le 20, toutes les affaires de
l'Allemagne seront décidées. Aujourd'hui 18, l'armée bavaroise peut
encore continuer à se battre sans grand résultat, puisqu'ils cèdent
toujours du terrain, ce qui harcèle et retarde d'autant la marche de
l'armée ennemie. Le duc d'Auerstaedt est prévenu de tout, et le général
Wrede lui envoie tous les prisonniers. Aujourd'hui il est possible que
l'on tire quelques coups de fusil. Entre Ratisbonne et le lieu où était
le prince Charles, il n'y avait encore que neuf lieues. Ce n'est donc
que le 19 qu'il peut y avoir quelque chose; et vous voyez actuellement
d'un coup d'oeil, que jamais circonstance ne voulut qu'un mouvement fût
plus actif et plus rapide que celui-ci. Sans doute que le duc
d'Auerstaedt, qui a près de soixante mille hommes, peut à la rigueur se
tirer honorablement de cette affaire; mais je regarde l'ennemi comme
perdu si Oudinot et vos trois divisions ont débouché avant le jour, et
si dans cette circonstance importante, vous faites sentir à mes troupes
ce qu'il faut qu'elles fassent. Envoyez des postes de cavalerie au loin.
Il paraît que les Autrichiens ont à Munich et sur cette direction un
corps de douze mille hommes. L'importance de votre mouvement est telle,
qu'il est possible que je vienne moi-même joindre votre corps. Votre
cavalerie qui était à Wachau peut en partir, se diriger et venir vous
rejoindre à Pfaffenhofen. Quant au général qui est à Landsberg, il forme
avec son corps notre arrière-garde, qui sera à six à sept lieues de
distance. Cela peut être utile et n'a pas d'inconvénient. S'il le faut,
il aura toujours rejoint le deuxième ou le troisième jour. Enfin, les
quatre régimens de cavalerie légère peuvent même, au plus tard après
demain, avoir rejoint votre tête.