Il monta, ouvrit une porte et aperçut, dans une pièce bien éclairée

par deux lampes, un lustre et deux candélabres à bougies, quatre dames

décolletées qui semblaient attendre quelqu'un.

Trois d'entre elles, les plus jeunes, demeuraient assises d'un air un

peu guindé, sur des sièges de velours grenat, tandis que la quatrième,

âgée de quarante-cinq ans environ, arrangeait des fleurs dans un vase;

elle était très grosse, vêtue d'une robe de soie verte qui laissait

passer, pareille à l'enveloppe d'une fleur monstrueuse, ses bras énormes

et son énorme gorge, d'un rose rouge poudrederizé. Le sous-officier

salua:

--Bonjour, mesdames.

La vieille se retourna, parut surprise, mais s'inclina:

--Bonjour, monsieur.

Mais, voyant qu'on ne semblait pas l'accueillir avec empressement, il

songea que les officiers seuls étaient sans doute admis dans ce lieu; et

cette pensée le troubla. Puis il se dit: «Bah! s'il en vient un, nous

verrons bien.» Et il demanda:

--Alors, ça va bien?

La dame, la grosse, la maîtresse du logis sans doute, répondit:

--Très bien! merci.

Puis il ne trouva plus rien, et tout le monde se tut.

Cependant il eut honte, à la fin, de sa timidité, et riant d'un rire

gêné:

--Eh bien, on ne rigole donc pas. Je paye une bouteille de vin ...

Il n'avait point fini sa phrase que la porte s'ouvrit de nouveau, et

Padoie, en habit noir, apparut.

Alors Varajou poussa un hurlement d'allégresse, et, se dressant, il

sauta sur son beau-frère, le saisit dans ses bras et le fit danser tout

autour du salon en hurlant: «V'là Padoie ... V'là Padoie ... V'là Padoie

...» Puis, lâchant le percepteur éperdu de surprise, il lui cria dans la

figure:

--Ah! ah! ah! farceur!... farceur. Tu fais donc la fête, toi,... Ah!

Farceur.... Et ma soeur!... Tu la lâches, dis!...

Et songeant à tous les bénéfices de cette situation inespérée, à

l'emprunt forcé, au chantage inévitable, il se jeta tout au long sur le

canapé et se mit à rire si fort que tout le meuble en craquait.

Les trois jeunes dames, se levant d'un seul mouvement, se sauvèrent,

tandis que la vieille reculait vers la porte, paraissait prête à

défaillir.

Et deux messieurs apparurent, décorés, tous deux en habit. Padoie se

précipita vers eux:

--Oh! monsieur le président ... il est fou ... il est fou ... On nous

l'avait envoyé en convalescence ... vous voyez bien qu'il est fou....

Varajou s'était assis, ne comprenant plus, devinant tout à coup qu'il

avait fait quelque monstrueuse sottise. Puis il se leva, et se tournant

vers son beau-frère:

--Où donc sommes-nous ici? demanda-t-il.

Mais Padoie, saisi soudain d'une colère folle, balbutia:

--Où ... où ... où nous sommes.... Malheureux ... misérable ...

infâme.... Où nous sommes ... Chez monsieur le premier président!...

chez monsieur le premier président de Mortemain ... de Mortemain ... de

... de ... de ... Mortemain.... Ah!... ah!... canaille!... canaille!...

canaille!...

TABLE

Boule de Suif

L'Épave

Découverte

Un Parricide

Le Rendez-vous

Bombard

Le Pain Maudit

Les Sabots

La Bûche

Magnétisme

Divorce

Une Soirée

Boule de Suif · 第 9 / 9 段