A MA FILLE TRÈS CHÈRE
LEILA
AFIN QUE PLUS TARD
QUAND ELLE LIRA CES
PAGES SON ESPRIT
VAGABONDE A MA
SUITE QUELQUES
HEURES SUR
LES ROUTES
DE PERSE.
C. A.
1923
CARTE
de la PERSE
et
de l’ASIE CENTRALE
(_Voyages de 1909 et 1910_)
[Carte]
J’ai voyagé en Perse pour la seconde et la troisième fois en 1909 et
1910, c’est-à-dire aux temps de la révolution libérale faite par les
fidaïs caucasiens que menait le Sipahdar, et par les sauvages
Bakhtyares, commandés par l’aimable Sardar Assad. Que ces deux héros qui
ont abaissé le pouvoir du Roi des Rois et donné la première constitution
libérale à l’antique Iran me pardonnent: il sera très peu question d’eux
dans ce petit volume. J’y ai réuni mes notes de voyage, mais j’en ai
écarté ce qui avait trait aux événements du jour, lesquels ne présentent
aujourd’hui pour nous aucun intérêt. J’ai décrit ici ce qui reste de la
Perse d’autrefois, sans me préoccuper des changements minimes qu’une
révolution politique peut amener sur la face de l’empire qu’a gouverné
jadis Xerxès. Au vrai, si je fuyais l’Europe, ce n’était pas pour
entendre au cœur de l’Asie le bruit des vaines disputes que l’on mène
sur les bords de la Seine, de la Tamise ou de la Néva.
On ne trouvera pas non plus dans ces pages des renseignements sur les
pétroles du Lauristan, grâce auxquels des spéculateurs heureux ont des
jardins de roses à Maidenhead et perdent quelques millions à Deauville
en été.
Ce ne sont ici que petits tableaux--images d’Épinal, hélas! plus que
miniatures persanes--des jours que l’on coule encore dans l’Iran. Il
faut s’attacher dans notre vie transitoire à ce qui est durable. Tout le
reste est vanité et poursuite du vent.