Une fièvre, dont la cause était l'âme, saisit Fénelon le premier jour
de l'année 1715; elle consuma en six jours le peu de vie que les
années, le travail et la douleur avaient épargné dans ce coeur qui
avait tout prodigué aux hommes. Il mourut en saint et en poëte, en se
faisant lire, dans les cantiques sacrés, les hymnes les plus sublimes
et les plus douces qui emportaient à la fois son âme et son
imagination.
Ainsi vécut et mourut Fénelon. Son nom est resté populaire et plus
immortel encore que ses oeuvres, parce qu'il répandit plus d'âme
encore que de génie dans ses ouvrages et dans son siècle. Ce qu'on
adore en lui, c'est lui-même. Son nom est son immortalité. Fénelon
aima, ce fut son génie; il fut aimé, ce sera sa gloire. De tous les
grands hommes de ce grand siècle de Louis XIV, aucun n'a laissé une
figure plus douce à regarder. Sa poésie enchante notre enfance, sa
religion respire la douceur; sa politique même n'a que les erreurs et
les illusions de l'amour trompé; sa vie tout entière est le poëme de
l'homme de bien aux prises avec les impossibilités des temps.
Quand on voudra faire son épitaphe, on pourra l'écrire en ces mots:
«Quelques hommes ont fait craindre ou briller la France; aucun ne la
fit plus aimer des nations.»