Fénelon, placé par la rigidité de ses adversaires entre le crime de
condamner ce qu'il croyait innocent et le danger de susciter sur sa
propre tête les foudres de Bossuet, et pour enlever à celui-ci tout
prétexte aux incriminations, écrivit son livre des _Maximes des
Saints_.
C'était la justification, par les textes tirés des livres et des
opinions même des oracles de l'Église, de l'amour désintéressé de
Dieu.
Il soumit humblement, page par page, son manuscrit à la censure de
monseigneur de Noailles, successeur de M. de Harlay, archevêque de
Paris, qui l'engagea à ne le communiquer qu'à ses théologiens, sans en
parler à Bossuet.
Celui-ci s'indigna au bruit de la prochaine publication d'un livre
dont on lui avait dérobé le secret. La justification de Fénelon parut
un crime contre l'autorité de l'oracle de l'Église de France. Le roi
prit parti pour le chef de l'épiscopat. Tout le monde s'éloignait de
Fénelon. Il était à Versailles aussi isolé qu'à Cambrai, attendant
chaque jour l'ordre de s'éloigner de la cour. Ce fut dans cette
angoisse qu'un incendie dévora son palais épiscopal de Cambrai, les
meubles, les livres, les manuscrits qu'il contenait. Il reçut ce coup
avec sa sérénité habituelle. «J'aime mieux, dit-il à l'abbé de
Langeron qui accourut pour lui apprendre ce malheur, que le feu ait
pris à ma maison plutôt qu'à la chaumière d'une pauvre famille.»
Cependant Bossuet fulminait de sévères censures contre le livre de
Fénelon, à qui le roi enjoignit de quitter Versailles et de se rendre
à Cambrai, sans s'arrêter à Paris. Il lui fut défendu d'aller à Rome
solliciter un jugement du pape sur ces doctrines, et le roi écrivit au
souverain pontife pour lui demander une condamnation de l'archevêque
de Cambrai, s'engageant à la faire exécuter par toute son autorité
royale.