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Revenons au rôle religieux de Chateaubriand.

La France, qui suait le sang sur l'échafaud de la Terreur depuis trois

ans, et qui avait horreur et peur d'elle-même, cherchait à retrouver

son équilibre et son ordre matériel dans la force de ses armes et dans

la pacification de ses doctrines. Un véritable grand homme qui eût

paru alors, le glaive dans une main, la modération dans l'autre,

pouvait lui apporter la raison, la force et la paix; c'était une de

ces époques où la dictature des soldats et la dictature des

législateurs peuvent s'unir pour reconstituer un grand peuple; mais,

il faut le reconnaître, la France, qui est le pays des armes, du génie

et de la gloire, n'est pas le pays de la raison. Ses excès sont tous

des passions ou des repentirs.

Les excès en tout sont la nature de la France, les réactions sont sa

loi; Bonaparte, son héros, fut un despote; Chateaubriand, son

écrivain, fut un apôtre peu convaincu du passé; l'opinion publique,

leur pondérateur naturel, au lieu de les contenir l'un et l'autre, les

encouragea; elle poussa l'un à l'empire, l'autre au treizième siècle:

la conquête pour diplomatie, le concordat pour liberté religieuse,

furent les deux pôles du gouvernement des soldats et du gouvernement

des consciences. On eut des victoires au lieu de droit, et des

cérémonies au lieu de culte: le _Génie du Christianisme_ y joignit le

prestige de l'imagination et entraîna tout. Chateaubriand fut

l'éloquent corrupteur du bien même; il ne se borna pas à assurer la

liberté des âmes, il voulut leur asservissement. Les moeurs le

secondèrent, et il alla, comme ambassadeur, porter lui-même à Rome le

funeste présent qu'il avait obtenu du gouvernement de son pays. Voilà

son début politique. Les temples furent remplis, les consciences, les

unes favorisées, les autres opprimées, beaucoup vides; la révolution

raisonnable avait été poussée jusqu'à la persécution, on la ramena

jusqu'à la vengeance.

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 62 / 188 题