PLANCHE XXXIX.

Cette peinture et les suivantes, ayant pour sujet des décorations

d'architecture, furent trouvées dans les fouilles de Résine. On

chercherait vainement, dans ces compositions bizarres, les principes ou

l'application, des règles de l'art; on ne doit y considérer que l'essor

d'une imagination capricieuse, dont une grâce séduisante excuse à peine

les écarts. La peinture, qui n'est que l'ombre des arts plus imposans,

de la sculpture et de l'architecture, a pu jouer avec les formes les

plus sévères et produire des prestiges brillans, comme fait

l'imagination avec les ombres légères d'un songe. Les décorateurs, qui

n'avaient pour but que de remplacer la longue uniformité d'une surface

par des objets agréables à la vue, se sont abandonnés sans scrupule

tous leurs caprices. _Vitruve,_ ce grand maître de l'antiquité, dont le

livre conserverait encore les principes, si tous les monumens avaient

péri, s'est élevé avec une grande sévérité contre ces écarts qu'il

croyait pernicieux au bon goût. Il rappelle la peinture à sa première

destination, celle de représenter ce qui existe; il veut qu'elle soit

aussi vraie dans la représentation de l'architecture, que dans

l'imitation de tous les objets pris dans la nature; il ne peut souffrir

ces fûts de candélabres, ni ces cannes légères (_calami_) qui prennent

la place des colonnes, ni ces formes de crochets (_harpaginetuli_)

substitués au faîte imposant d'un édifice, tels qu'on les voit au

couronnement de la rotonde dans notre peinture, à laquelle on peut

parfaitement appliquer la critique de l'auteur latin. Cette rotonde

paraît former le milieu d'un ensemble de colonnades disposées d'une

manière pittoresque. Il manque la partie gauche et tout ce qui

répondrait au côté droit. L'arrangement des guirlandes et des feuillages

jette de l'agrément dans les espaces et sert à marquer les distances.

L'ordre ressemble à l'ionique, s'il peut être déterminé malgré le défaut

de proportions. On ne peut s'empêcher de reconnaître dans ces peintures

une vivacité singulière, réunie à tant de franchise et d'esprit, dans

les touches des ombres et des lumières, que Vitruve qualifiait

d'_aspérité_ le relief qu'elles produisaient. Et si l'on veut revenir

contre la condamnation du critique latin, on se rappellera que _Raphaël_

a adopté ce genre de peinture pour la décoration; et le goût général

avec lequel les anciens et les modernes l'ont affectionné, semble faire,

avec ce jugement implicite de Raphaël, une autorité qui contre-balance

l'opinion trop sévère que Vitruve avait de ce même genre.

Hauteur, 3 P. 3 lig.--Largeur, 4 P. 9 p°. 6 lig.

Antiquités d'Herculanum, Tome I. Peintures · 第 45 / 53 题