Le sujet que nous admirons ici n'a rien qui ne rappelle le pinceau qui a
produit les trois précédens; mais il est sensible que l'artiste s'est
surpassé lui-même dans les grâces et la délicatesse de l'exécution. Ce
charme inexprimable qui, au rapport de Lucien, donnait tant de prix à la
_Centauresse_ de Zeuxis, se reproduit dans celle-ci. Il réside dans
l'union subtile des deux natures de cet être imaginaire; la blancheur
répandue sur la carnation délicate de l'une, se distingue de celle qui
brille sur le manteau poli de la seconde; mais l'il se perd dans les
nuances incertaines qui les séparent. Cette finesse, ces coups de
pinceau qui décèlent si souvent une main de maître, nous prouvent bien
que ces anciens artistes avaient une connaissance profonde de l'art;
leurs fautes n'étaient que des négligences; on s'aperçoit quelquefois de
leurs repentirs par les couches de couleur qui se retrouvent sur
l'enduit; mais souvent ils ne prenaient pas la peine de corriger les
premiers traits de leur pinceau. Ici le fini de l'exécution répond au
mérite d'une heureuse invention. L'attitude du groupe est admirable et
le mouvement plein de charmes. Le jeune homme, légèrement soutenu d'une
main sur l'épaule de sa belle compagne, lui présente une cymbale dorée
quelle est prête à frapper de la sienne, en-même-temps qu'elle touche
avec grâce les cordes de sa lyre. Leurs regards semblent se rencontrer
comme leurs instrumens harmonieux; l'arrangement de la chevelure dans
notre Centauresse semble, comme dans celle d'Ovide, annoncer le dessein
de plaire; son collier (_phalera_) forme une parure agréable et qui
semble sur-tout lui convenir, en rappelant ceux dont on parait les plus
nobles coursiers; la draperie qui voltige sur son bras est violette,
celle du jeune homme est jaune.
Hauteur, 11 p°.--Largeur, 1 P, 3 p°. 6 lig.