PLANCHE XXVIII.

Le sujet que nous admirons ici n'a rien qui ne rappelle le pinceau qui a

produit les trois précédens; mais il est sensible que l'artiste s'est

surpassé lui-même dans les grâces et la délicatesse de l'exécution. Ce

charme inexprimable qui, au rapport de Lucien, donnait tant de prix à la

_Centauresse_ de Zeuxis, se reproduit dans celle-ci. Il réside dans

l'union subtile des deux natures de cet être imaginaire; la blancheur

répandue sur la carnation délicate de l'une, se distingue de celle qui

brille sur le manteau poli de la seconde; mais l'œil se perd dans les

nuances incertaines qui les séparent. Cette finesse, ces coups de

pinceau qui décèlent si souvent une main de maître, nous prouvent bien

que ces anciens artistes avaient une connaissance profonde de l'art;

leurs fautes n'étaient que des négligences; on s'aperçoit quelquefois de

leurs repentirs par les couches de couleur qui se retrouvent sur

l'enduit; mais souvent ils ne prenaient pas la peine de corriger les

premiers traits de leur pinceau. Ici le fini de l'exécution répond au

mérite d'une heureuse invention. L'attitude du groupe est admirable et

le mouvement plein de charmes. Le jeune homme, légèrement soutenu d'une

main sur l'épaule de sa belle compagne, lui présente une cymbale dorée

quelle est prête à frapper de la sienne, en-même-temps qu'elle touche

avec grâce les cordes de sa lyre. Leurs regards semblent se rencontrer

comme leurs instrumens harmonieux; l'arrangement de la chevelure dans

notre Centauresse semble, comme dans celle d'Ovide, annoncer le dessein

de plaire; son collier (_phalera_) forme une parure agréable et qui

semble sur-tout lui convenir, en rappelant ceux dont on parait les plus

nobles coursiers; la draperie qui voltige sur son bras est violette,

celle du jeune homme est jaune.

Hauteur, 11 p°.--Largeur, 1 P, 3 p°. 6 lig.

Antiquités d'Herculanum, Tome I. Peintures · 第 33 / 53 题