_De la gloire._
=A Dieu seul appartiennent gloire et honneur; l'homme manque de tant
d'autres choses autrement nécessaires, qu'il est bien puéril à lui de
rechercher celle-ci.=--En tout, il y a le nom et la chose. Le nom est
un mot qui marque et signifie la chose; il n'en fait pas partie et ne
s'y incorpore pas, c'est un accessoire qui lui est étranger et demeure
en dehors d'elle.
Dieu qui, par lui-même, a tout et chez lequel tout atteint le comble de
la perfection, ne peut personnellement grandir en puissance, ni croître
en dignité; mais son nom peut recevoir augmentation et accroissement
du fait des bénédictions et des louanges que nous donnons à celles de
ses œuvres qui se manifestent à nous. Nos louanges qui ne peuvent
le pénétrer et devenir partie intégrante de lui-même, d'autant que
nul bien de notre part ne peut ajouter à ce qu'il est, nous les
attribuons à son nom qui, en dehors de lui, est ce qui le touche de
plus près.--A Dieu seul appartiennent gloire et honneur; aussi rien
n'est si déraisonnable que de les revendiquer pour nous; nous sommes
par nous-mêmes si pauvres, si nécessiteux, nous sommes d'essence si
imparfaite, nous avons tellement besoin de travailler continuellement à
nous améliorer, que ce doit être de notre part une attention constante.
Absolument creux et vides, ce n'est pas de vent et de mots que nous
devons nous remplir; nous avons besoin pour nous fortifier d'aliments
plus substantiels et plus solides; un homme affamé serait bien simple
s'il cherchait à se procurer un beau vêtement plutôt qu'un bon repas;
c'est toujours au plus pressé qu'il faut courir: «_Gloire à Dieu dans
les cieux et paix aux hommes sur la terre_ (_Évangile selon S. Luc_)»,
comme nous disons dans nos prières habituelles. Nous avons pénurie de
beauté, de santé, de sagesse, de vertu et autres qualités essentielles;
il nous faut d'abord rechercher ces choses de première nécessité, avant
de songer à nous procurer ce qui ne nous pare qu'extérieurement.--Mais
ce sont là des questions que la théologie traite plus amplement et avec
plus de compétence que moi qui n'y entends guère.
=Plusieurs philosophes ont prôné le mépris de la gloire; elle
n'est à rechercher que lorsque d'autres avantages plus réels
l'accompagnent.=--Chrysippe et Diogène ont été les premiers et les
plus fermes à afficher le mépris de la gloire. Ils disaient que, de
toutes les voluptés, il n'y en a pas de plus dangereuse, ni qui soit
plus à fuir que celle qui nous vient de l'approbation d'autrui. Et, en
effet, les cas abondent où ses trahisons ont causé de grands dommages:
rien n'empoisonne tant les princes que la flatterie, il n'est rien par
quoi les méchants en imposent davantage à leur entourage; combler les
femmes de louanges, les leur répéter sans cesse, est le moyen le plus
propre et le plus ordinaire pour triompher de leur chasteté; c'est
le principal mode de séduction qu'emploient les Sirènes pour tromper
Ulysse: «Viens à nous, viens, Ulysse, toi si digne d'être loué, toi
dont la Grèce s'honore le plus (Homère).» Ces philosophes disaient que
toute la gloire du monde ne vaut pas qu'un homme, qui a du jugement,
étende seulement le petit doigt pour l'acquérir: «_Qu'est-ce que
la gloire, si grande qu'elle soit, si elle n'est que de la gloire_
(_Juvénal_)?» Je dis pour l'acquérir elle toute seule, car souvent elle
entraîne à sa suite des avantages qui peuvent la rendre désirable;
elle nous vaut de la bienveillance, elle fait que nous sommes moins
exposés aux injures et aux offenses d'autrui et autres choses
semblables.
=C'était là un des principaux dogmes d'Épicure, qui pourtant à son
heure dernière n'a pas été, lui aussi, sans se préoccuper de sa
réputation.=--C'était aussi un des principaux dogmes d'Épicure, ce
précepte de son école: «Cache ta vie», qui défend de s'embarrasser
des charges et de la gestion des affaires publiques; il suppose
nécessairement qu'au préalable on méprise la gloire qui est
l'approbation que le monde donne à celles de nos actions que nous
mettons en évidence. Nous ordonner de cacher notre vie, de ne nous
occuper que de nous-mêmes et ne pas vouloir que les autres soient
initiés à ce que nous faisons, c'est vouloir encore moins qu'ils nous
honorent et nous glorifient. Aussi Épicure conseille-t-il à Idoménée de
ne pas régler ses actions sur l'opinion ou la réputation qui peuvent
communément avoir cours, à moins que ce ne soit nécessaire pour éviter
les autres inconvénients qui parfois résulteraient pour lui du mépris
que les hommes pourraient lui témoigner.
Ces recommandations sont, à mon avis, parfaitement vraies et
raisonnables; mais nous sommes, je ne sais comment, deux êtres en un
seul; ce qui fait qu'à une même chose nous croyons et nous ne croyons
pas et que nous ne pouvons nous défaire de ce que nous condamnons.
Reportons-nous, en effet, aux dernières paroles d'Épicure, prononcées
au moment de sa mort; elles sont grandes, dignes d'un philosophe
tel que lui; elles portent cependant trace du souci qu'il a de la
réputation qui demeurera attachée à son nom et de cette disposition
d'esprit, objet de ses critiques dans les préceptes qu'il a émis. Voici
une lettre dictée par lui, peu avant son dernier soupir:
«Épicure à Hermachus, salut.--J'ai écrit ceci, ce jour, le dernier de
ma vie, jour heureux bien que je souffre de la vessie et des intestins,
au point qu'on ne saurait souffrir davantage; mais ma souffrance est
compensée par le plaisir qu'apporte à mon âme le souvenir des idées que
j'ai innovées et des plaidoyers que j'ai produits à leur sujet. Toi,
prends sous ta protection les enfants de Métrodore; je compte, à cet
égard, sur l'affection que, dès ton enfance, tu as eue pour moi et pour
la philosophie.»
Voilà sa lettre. Ce qui me donne à croire que ce plaisir qu'il dit
ressentir, en son âme, des idées qu'il a innovées, s'applique quelque
peu à la réputation qu'il espérait en acquérir après sa mort, ce sont
ses dispositions testamentaires, par lesquelles il veut qu' «Aminomaque
et Timocrate, ses héritiers, fournissent chaque année, au mois de
janvier, pour la célébration de l'anniversaire de sa naissance, la
somme qu'Hermachus leur fixera; et aussi, celle nécessaire à la dépense
pour, le vingtième jour de chaque lune, traiter les philosophes, ses
amis particuliers, qui se réuniraient en l'honneur de sa mémoire et de
celle de Métrodore.
=Selon d'autres philosophes la gloire est désirable pour elle-même;
erreur de ceux qui n'apprécient dans la vertu que la gloire qui
l'accompagne.=--Carnéade a été le chef de ceux d'opinion contraire.
Il a posé que la gloire est désirable pour elle-même, tout comme nous
portons affection à ceux de nos enfants qui peuvent naître après notre
mort, bien que nous ne devions ni les connaître, ni en jouir. Cette
opinion a été naturellement la plus communément adoptée, comme il
arrive pour celles qui répondent davantage à ce que nous sommes enclins
à préférer. Aristote assigne à la gloire le premier rang parmi les
biens qui nous viennent en dehors de nous, et recommande d'éviter comme
deux extrêmes également critiquables, l'exagération à la rechercher et
celle à la fuir.--Je crois que, si nous avions ce que Cicéron a écrit
à ce sujet, nous en verrions de belles; car il fut possédé de cette
passion au point que s'il eût osé, il aurait, je crois, volontiers
donné dans cet excès où d'autres sont tombés, tenant que la vertu
elle-même n'est désirable que pour l'honneur que toujours elle entraîne
à sa suite: «_La vertu cachée ne diffère guère de l'obscure oisiveté_
(_Horace_)», ce qui est une manière de voir tellement fausse, que
j'éprouve du dépit qu'elle ait jamais pu entrer dans l'esprit d'un
homme qui a eu l'honneur de compter parmi les philosophes.
=S'il en était ainsi, il ne faudrait jamais faire de belles actions
que lorsqu'on est remarqué.=--Si cela était vrai, il ne faudrait donc
être vertueux qu'en public; et nous n'aurions que faire de diriger et
de maintenir dans la voie droite les mouvements de notre âme, qui est
le véritable siège de la vertu, quand ces mouvements ne doivent pas
arriver à la connaissance d'autrui. N'importe-t-il donc, quand nous
faisons le mal, que de le faire avec adresse et de telle sorte qu'il
soit ignoré?--«Si tu t'aperçois, dit Carnéade, qu'un serpent est caché
là où, sans s'en apercevoir, va s'asseoir quelqu'un de la mort duquel
tu espères profiter, ce serait une mauvaise action de ne pas l'avertir,
surtout si ce que tu fais ne doit être connu que de toi». Si nous ne
puisons pas en nous-mêmes l'obligation de bien faire, si l'impunité
est réputée justice, à combien de méchancetés, chaque jour, ne nous
laisserons-nous pas entraîner?--En rendant fidèlement à C. Plotius
les valeurs que celui-ci, sans que personne en eût connaissance, lui
avait confiées en dépôt, agissant en cela comme souvent je l'ai fait
moi-même, Sextus Peduceus n'a pas tant accompli une chose que j'estime
méritoire, qu'il n'en eût commis une que je trouverais exécrable, s'il
* eût agi autrement.--Il est bon et utile de rappeler, dans les temps
où nous vivons, que Cicéron reprochait à P. Sextilius Rufus d'avoir
recueilli un héritage que sa conscience lui interdisait d'accepter, non
que ce fût contraire à la loi, mais bien qu'il eût la légalité pour
lui. Il ne se montre pas moins sévère vis-à-vis de M. Crassus et de
Q. Hortensius qui, en raison de leur autorité et de l'influence dont
ils disposaient, avaient été compris pour de certaines sommes dans une
succession que, par un faux testament, un étranger avait captée et sur
lequel il les avait inscrits pour, par eux, être assuré d'en arriver
à ses fins. Se contentant tous deux de n'avoir pas participé au faux
qui avait été commis, ils n'avaient pas refusé les bénéfices qui en
résultaient pour eux, s'estimant suffisamment couverts parce que, du
fait des lois, ils étaient à l'abri des accusations et des témoignages
qui pouvaient être portés contre eux: «_Ils eussent dû se souvenir
qu'ils avaient Dieu pour témoin, j'entends par là leur conscience_
(_Cicéron_).»
=La vertu serait chose bien frivole si elle tirait sa recommandation
de la gloire.=--La vertu est chose bien vaine et bien frivole, si
c'est à la gloire qu'elle demande sa récompense; il ne vaudrait pas la
peine, dans ce cas, de lui attribuer un rang à part et de faire une
distinction entre elle et la fortune, car qu'y a-t-il de plus fortuit
que la réputation? «_La fortune étend sa domination sur toutes choses;
elle élève les uns, abaisse les autres, moins selon leur mérite que
selon son caprice_ (_Salluste_).» Faire que nos actions soient vues
et connues, c'est uniquement le fait de la fortune; c'est le sort qui
nous départit la gloire, au gré de sa fantaisie. Je l'ai vue fort
souvent devancer le mérite, et souvent aussi l'excéder, parfois de
beaucoup. Celui qui le premier eut l'idée de trouver une ressemblance
entre l'ombre et la gloire, réussit au delà de ce qu'il pensait:
ce sont deux choses vaines au plus haut point; comme l'ombre, la
gloire nous précède parfois, et quelquefois dépasse considérablement
notre taille en longueur.--Ceux qui enseignent à la noblesse à ne
rechercher dans la vaillance que la gloire, «_comme si une action
n'était vertueuse que si elle devient célèbre_ (_Cicéron_)», à quoi
arrivent-ils, sinon à lui inculquer de ne jamais s'exposer si on ne
vous voit et d'avoir bien soin qu'il y ait des témoins à même de
raconter vos prouesses, quand vous agissez là où il y a mille occasions
de bien faire, mais où, faute de cette précaution, on n'aurait aucune
chance d'être remarqué.--Combien de belles actions s'accomplissent
dans le cours d'une bataille! Quiconque s'amuse à observer les autres
dans une pareille mêlée, ne fait guère de besogne et produit contre
lui-même les témoignages qu'il rend sur la façon dont se comportent
ses compagnons d'armes: «_Une âme vraiment grande, place l'honneur,
qui est le principal but de notre nature, dans les actions vertueuses
et non dans la gloire_ (_Cicéron_).»--Toute celle à laquelle j'aspire,
c'est d'avoir vécu tranquille, non comme le comprennent Métrodore,
Arcésilas ou Aristippe, mais à ma manière. Puisque la philosophie a
été impuissante à trouver une voie qui mène au repos de l'âme et qui
convienne à tous, que chacun, de son côté, cherche à y atteindre.
=C'est le hasard qui donne la gloire; aussi, que de belles actions
sont demeurées inconnues!=--A quoi César et Alexandre doivent-ils leur
immense renommée, sinon à la fortune? Sur combien d'hommes a-t-elle
fait le silence, lorsqu'ils commençaient à prendre leur essor; combien,
dont nous ignorons qu'ils ont existé, et qui, cependant, ont déployé
le même courage que ces deux héros, mais que leur mauvais sort a
arrêtés court au début même de leurs entreprises? Il ne me souvient pas
avoir lu qu'au travers des si nombreux et si grands dangers qu'il a
courus, César ait jamais été blessé, et mille sont morts en affrontant
des périls moindres que le moindre de ceux dans lesquels il s'est
trouvé.--Pour une belle action qui profite à son auteur, une infinité
passent inaperçues, parce que personne ne se trouve là pour en porter
témoignage; on n'est pas toujours sur le sommet d'une brèche ou à la
tête d'une armée, en vue de son général, comme si on était sur une
estrade; on peut être surpris entre une haie et un fossé; selon les
nécessités du moment, être obligé de s'escrimer contre un poulailler,
de déloger d'une grange quatre chétifs arquebusiers; parfois, étant
détaché de sa troupe, se trouver dans l'obligation d'agir isolément.
Et même, pour peu qu'on y prête attention, on remarquera, je crois,
que, de fait, les opérations qui mettent le moins en relief sont celles
qui présentent le plus de danger; et que, dans les guerres de notre
époque, il s'est perdu plus de braves dans des échauffourées de peu
d'importance et à se disputer la possession de quelque bicoque, que
dans des actions mémorables faisant honneur à ceux qui y ont pris part.
=La vertu est à rechercher pour elle-même, indépendamment de
l'approbation des hommes.=--Celui qui tient sa mort pour mal employée,
s'il ne succombe en se signalant, au lieu de s'illustrer, ternit de
lui-même sa vie, lorsqu'il laisse échapper les occasions de courir la
chance pour une cause juste, car ce qui est juste vous vaut toujours
assez d'illustration, le témoignage de sa conscience étant pour chacun
une gloire suffisante: «_Notre gloire, c'est le témoignage de notre
conscience_ (_saint Paul_).» Celui qui n'est homme de bien que parce
qu'on le saura et parce qu'on l'en estimera davantage quand ce sera
su, qui ne veut bien faire qu'à condition que sa vertu vienne à la
connaissance des hommes, n'est pas quelqu'un dont on puisse obtenir
beaucoup de service. «_Je crois que le reste de cet hiver, Roland
fit des choses dignes de mémoire; mais elles ont été si secrètes
jusqu'ici, que ce n'est pas ma faute si je ne les raconte pas, car
Roland a toujours été plus prompt à faire de belles actions qu'à les
publier, et jamais ses exploits n'ont été divulgués que lorsqu'ils
ont eu des témoins_ (_Arioste_).»--Il faut aller à la guerre par
devoir et n'en attendre que cette récompense qui ne saurait faire
défaut à toute belle action, si cachée qu'elle soit, qu'obtiennent
même les pensées vertueuses et qui consiste dans le contentement,
qu'une bonne conscience ressent en elle-même, de bien faire. Il faut
être vaillant pour soi-même et pour l'avantage qu'il y a à être doué
d'un courage reposant sur une base ferme et assurée, le mettant à
même de défier les assauts de la fortune: «_La vertu véritable brille
d'un éclat sans mélange; elle ignore les refus honteux, elle ne prend
ni ne quitte les faisceaux consulaires au gré d'un peuple volage_
(_Horace_).»--Ce n'est pas pour faire étalage que notre âme doit
remplir son rôle; c'est pour nous et en nous, où nul ne la voit que
nous. Là, elle nous couvre contre la crainte de la mort, contre la
douleur et même contre la honte; elle nous donne de la fermeté si nous
venons à perdre nos enfants, nos amis et nos biens; et, lorsque le cas
se présente, elle nous fait affronter les hasards de la guerre: «_Non
pour quelque récompense, mais pour la satisfaction attachée à la vertu_
(_Cicéron_).» C'est là un profit autrement grand, autrement digne
d'être souhaité et espéré que l'honneur et la gloire, qui ne sont autre
chose qu'une appréciation favorable qu'on porte sur nous.
=Le jugement des foules est méprisable, le sage ne doit pas attacher
de prix à l'opinion des fous.=--Pour juger du droit de propriété d'un
arpent de terre, il faut trier, dans une nation entière, une douzaine
d'hommes; tandis que pour juger nos intentions et nos actions, la
chose la plus difficile et la plus importante qui soit, nous nous en
remettons à la voix publique, à la voix de la foule si ignorante,
injuste et inconstante. Est-il raisonnable de faire dépendre des fous
le jugement à porter sur la vie d'un sage? «_Quoi de plus insensé que
d'estimer, quand ils sont réunis, des gens que l'on méprise quand
chacun d'eux est considéré à part_ (_Cicéron_).» Quiconque vise à
plaire à la multitude n'y parvient jamais; elle n'offre qu'un but
mal défini et qui ne donne pas prise: «_Rien n'honore moins que les
jugements de la foule_ (_Tite-Live_).»--Démétrius, parlant de la
voix du peuple, disait en plaisantant qu'il ne se souciait pas plus
de celle qui lui sortait par en haut que de celle lui sortant par en
bas. Cicéron en parle plus mal encore: «_Je dis, moi, qu'une chose,
lors même qu'elle ne serait pas honteuse, semble l'être si elle est
louée par la multitude._»--Nul talent, nulle souplesse d'esprit ne
parviennent à diriger nos pas à la suite d'un guide aussi dévoyé
et aussi déréglé: au milieu de cette confusion tumultueuse et sans
consistance de bruits, de rapports, d'opinions émanant des foules qui
nous pressent de tous côtés, aucune route ne peut être tracée que
nous puissions suivre. Ne nous proposons donc pas un but si flottant
et si indécis, et marchons constamment à la suite de la raison. Que
l'approbation publique nous y suive si elle veut, et, comme elle dépend
uniquement du hasard, nous n'avons pas lieu d'espérer la voir venir à
nous davantage par une autre voie plutôt que par celle-ci.
=Quand on ne suivrait pas la voie droite parce qu'elle est droite,
il faudrait encore la suivre parce qu'elle est d'ordinaire la plus
avantageuse.=--Si je ne suivais le droit chemin en raison même de sa
droiture, je le suivrais encore parce que j'ai constaté par expérience
qu'au bout du compte, c'est d'ordinaire celui qui nous rend le
plus heureux et nous est le plus utile: «_C'est un bienfait de la
Providence, que les choses honnêtes soient aussi les plus profitables_
(_Quintilien_).» Pendant une violente tempête, un nautonier des
temps anciens parlait ainsi à Neptune: «O Dieu, tu me sauveras, si
tu veux; tu me perdras, si tu le préfères; mais je maintiendrai
droite, quand même, la barre du gouvernail.» J'ai vu, en ces temps-ci,
mille personnes souples, rusées, à double face, qui passaient
incontestablement aux yeux de tous pour plus prudentes que je ne le
suis quand il est question des affaires de ce monde, se perdre dans
des circonstances où je me suis sauvé: «_J'ai ri de voir que la ruse
pouvait échouer_ (_Ovide_).»--Paul Émile, partant pour sa glorieuse
expédition de Macédoine, recommanda par-dessus tout au peuple de Rome
«de contenir, pendant son absence, sa langue sur ses opérations». Quel
trouble en effet, pour les affaires importantes, que la licence avec
laquelle on les juge, sans compter que tout le monde n'a pas vis-à-vis
des mouvements populaires, de l'opposition et des injures dont ils y
sont l'objet, la fermeté de Fabius, qui préféra laisser démembrer son
autorité au gré des fantaisies non motivées du peuple, que de ne pas
satisfaire au mieux de ce qu'il estimait être du devoir de sa charge,
alors qu'il devait y gagner en réputation et en même temps se concilier
la foule.
=On fait trop de cas de la louange et de la réputation; notre juge
le plus sûr, c'est nous-mêmes.=--Il y a je ne sais quelle douceur
naturelle à sentir qu'on vous loue; mais nous en faisons beaucoup trop
de cas: «_Je ne hais pas la louange, car j'ai la fibre sensible; mais
jamais des «Très bien! bravo!» ne me paraîtront le terme et le but que
l'on doive proposer à la vertu_ (_Perse_).» Je ne me soucie pas tant
de ce que je puis être aux yeux des autres, que de ce que je suis à
mes propres yeux; je veux être riche par moi-même et non par le fait
d'emprunts. Les étrangers ne voient, en ce qui nous touche, que les
choses et apparences externes, mais chacun peut présenter bonne mine à
l'extérieur et, à l'intérieur, être dévoré par la fièvre et l'effroi;
notre cœur ne se voit pas, notre contenance seule s'aperçoit.--On a
raison de s'élever contre l'hypocrisie qui se produit à la guerre,
car rien n'est plus aisé à un homme qui a de l'expérience, que de se
dérober aux dangers et de faire le matamore, alors qu'il n'a que le
cœur d'un lâche. Il y a tant de moyens d'éviter les occasions de
s'exposer sérieusement que nous pouvons tromper mille fois le monde,
avant de nous trouver dans l'impossibilité d'esquiver un mauvais pas;
et lors même que nous nous y trouverions empêtrés, nous saurions bien,
pour une fois, faire contre fortune bon cœur et, bien qu'ayant la
frayeur dans l'âme, montrer un visage et une parole assurés. Que de
gens qui posséderaient l'anneau de Gygès conté par Platon, rendant
invisible celui qui l'avait au doigt quand il en tournait le chaton
à l'intérieur de la main, s'en serviraient pour se cacher à certains
moments où il importe le plus de se montrer, regrettant de se trouver,
par la situation si honorable qu'ils occupent, dans l'obligation
d'avoir une contenance ferme et assurée: «_Qui peut être sensible à
de fausses louanges ou redoute la calomnie, si ce n'est un malhonnête
homme ou un menteur_ (_Horace_)?» Voilà pourquoi tous les jugements
reposant sur des apparences extérieures sont éminemment incertains
et douteux, et que personne n'a de témoin plus fidèle de lui-même que
soi-même. Quant à ce qui se passe à la guerre, combien avons-nous
de gens de rien qui sont les compagnons de notre gloire; celui qui
demeure bravement à découvert dans une tranchée, que fait-il autre que
ne font, en avant de lui, cinquante pauvres pionniers qui vont lui
ouvrant le passage et le couvrant de leur corps, pour une solde de cinq
sous par jour? «_Lorsque la tumultueuse Rome déprécie quelque chose,
tu n'accèdes pas à son jugement et n'entreprends pas de redresser sa
balance; ne cherche donc pas ce que tu es, en dehors de toi-même_
(_Perse_).»
=Certains vont jusqu'à vouloir que leurs noms soient connus à tout
prix, même par des crimes.=--Nous appelons illustrer notre nom, le
répandre et faire qu'il soit dans de nombreuses bouches; nous nous
efforçons d'arriver à ce qu'il soit pris en considération et que le
lustre qu'il acquiert nous vaille profit: c'est du reste la meilleure
excuse que nous puissions donner de cette manière de faire. Mais c'est
là une maladie qui nous emporte si loin, que certains cherchent à faire
parler d'eux, de n'importe quelle façon. Trogue Pompée et Tite-Live
disent, le premier d'Érostrate, le second de Manlius Capitolinus,
qu'ils tenaient davantage à une grande qu'à une bonne réputation. C'est
là un mal fréquent; nous nous appliquons plus à faire qu'on parle de
nous, qu'à nous préoccuper des termes en lesquels on en parlera; il
nous suffit que notre nom coure de bouche en bouche, quelles que soient
les conditions dans lesquelles il circule; il semble qu'être connu, ce
soit en quelque sorte s'en remettre à autrui du soin de sa vie et de la
faire durer.
=Qu'est-ce pourtant que la gloire attachée à un nom? n'est-il pas des
noms communs à plusieurs familles, témoin celui de Montaigne?=--Pour
moi, je tiens que je ne suis qu'en moi-même; et cette autre vie, faite
de ce que mes amis savent de moi, à la considérer telle qu'elle est,
dépouillée de tout artifice, je sais très bien que ce que j'en retire
et la jouissance qu'elle me procure ne sont que vanité produite par un
pur effet d'imagination. Quand je serai mort, je ressentirai cet effet
beaucoup moins encore; alors je perdrai d'une façon absolue l'usage de
choses, celles-ci vraiment utiles, qu'accidentellement parfois nous
lui devons. Je n'aurai plus prise sur la réputation qui ne pourra plus
s'exercer sur moi, non plus qu'arriver jusqu'à moi. Je ne puis en effet
compter qu'elle s'attache à mon nom, d'abord parce que je ne suis pas
le seul à le porter: sur deux que j'ai, l'un m'est commun avec tous les
membres de ma race et avec d'autres familles encore; il y en a une à
Paris et à Montpellier qui se nomme Montaigne, une autre en Bretagne et
en Saintonge qui a nom de la Montaigne. Cette interposition d'une seule
syllabe n'est pas suffisante pour empêcher que nos faits et gestes,
aux uns et aux autres, se confondent, au point que je ne participe à
leur gloire et que peut-être mon indignité ne rejaillisse sur eux; et
cela, bien que les miens aient été autrefois surnommés Eyquem, surnom
qui s'applique également à une famille connue d'Angleterre. Quant à
mon autre nom, c'est un prénom qui appartient à quiconque a envie de
le porter, et l'honneur dont je pourrais le rehausser, au lieu de me
revenir, peut fort bien aller à un portefaix. Puis, lors même que je
deviendrais un personnage de marque, que signifiera cette marque quand
je ne serai plus? peut-elle désigner quelque chose qui n'est pas et lui
donner de l'éclat? «_Que la postérité me loue, la pierre qui recouvrira
mes ossements en sera-t-elle plus légère? mes mânes, mon tombeau,
mes cendres fortunées vont-elles pour cela se couronner de fleurs_
(_Perse_)?» mais c'est là un sujet que j'ai déjà traité ailleurs.
=Peu d'hommes, sur un très grand nombre, jouissent de la gloire à
laquelle ils pourraient prétendre.=--Dans le cours d'une bataille où
dix mille hommes sont tués ou blessés, il n'y en a pas quinze dont on
parle. Il faut que la fortune nous gratifie d'un bien brillant fait
d'armes ou qui ait une importance capitale, pour mettre en relief une
action particulière qui soit le fait non d'un simple arquebusier, mais
même d'un capitaine; car bien que tuer un homme, en tuer deux ou dix,
affronter courageusement la mort, soient réellement quelque chose pour
n'importe qui d'entre nous parce que nous y allons de notre tout,
pour le monde c'est chose qui n'a rien d'extraordinaire; et il s'en
voit tant chaque jour, il en faut tant de pareilles pour produire un
résultat sensible, que nous ne pouvons espérer que cela attire sur nous
l'attention d'une façon particulière: «_C'est un accident ordinaire,
arrivé à beaucoup d'autres, qui rentre dans les innombrables chances de
la fortune_ (_Juvénal_).»
De tant de milliers de vaillants soldats qui sont morts en France
depuis quinze cents ans les armes à la main, il n'y en a pas cent dont
la mémoire soit parvenue jusqu'à nous; le souvenir non seulement des
chefs, mais celui même des batailles et des victoires s'est éteint;
les événements saillants de plus de la moitié du monde, faute de ne
pas avoir été consignés, n'ont pas été connus en dehors du lieu où ils
se sont passés et sont immédiatement tombés dans l'oubli. Si j'avais
en ma possession le récit des faits demeurés inconnus, j'y trouverais,
je crois, nombre d'exemples en tous genres qui supplanteraient très
aisément ceux que nous fournissent les faits que nous connaissons; ce
qui le prouve, c'est que des Grecs, et même des Romains, si riches
en exploits des plus nobles, des plus rares, et qui ont eu tant de
témoins pour les attester, tant d'écrivains pour les transmettre à la
postérité, combien peu sont arrivés jusqu'à nous! «_A peine si un vent
léger nous en a porté la renommée_ (_Virgile_).» Ce sera beaucoup si,
dans cent ans, on se souvient vaguement que, de notre temps, il y a eu
des guerres civiles en France.--Les Lacédémoniens, entrant en guerre,
sacrifiaient aux Muses, afin que leurs hauts faits fussent bien et
dignement rapportés, estimant que c'est par faveur divine, qui n'est
pas communément accordée, que les belles actions trouvent des témoins
qui sachent les reproduire et en conserver le souvenir.
=A quel degré ne faut-il pas atteindre pour que notre mémoire se
perpétue! dans de telles conditions, est-ce la peine de sacrifier à
la gloire?=--Supposons que chaque fois que nous sommes exposés au feu
des arquebuses, ou que nous courons un danger, un greffier se trouve
là à point pour en prendre note; cent autres greffiers en outre le
reproduiraient-ils, qu'on en parlerait pendant trois jours à peine
et personne après ne s'en occuperait plus. Nous ne possédons pas la
millième partie des écrits anciens; c'est la fortune qui, suivant son
caprice, leur donne une durée ou plus courte ou plus longue; et il
nous est loisible, le reste ne nous étant pas connu, de penser que ce
que nous en avons, n'est pas ce qu'il y a de moins de bon.--On ne fait
pas des histoires de choses de si peu: il faut pour en être l'objet
avoir conquis des empires ou des royaumes, avoir gagné cinquante-deux
batailles rangées, bien qu'étant constamment inférieur en nombre,
comme fit César. Dans ces diverses affaires, il a perdu dix mille
braves compagnons et plusieurs grands capitaines morts vaillamment
et courageusement; leurs noms n'ont duré qu'autant qu'ont vécu leurs
femmes et leurs enfants, «_ensevelis dans la gloire d'un moment_
(_Virgile_)».--De ceux mêmes des belles actions desquels nous sommes
témoins, le souvenir demeure trois mois, trois ans; puis, on n'en parle
pas plus que s'ils n'avaient jamais existé. Quiconque considérera à
quel degré de gloire ont atteint les gens et les faits pour que la
mémoire s'en perpétue dans les livres, estimera qu'en toute justice et
toute proportion gardée, il se trouve en notre siècle bien peu d'actes
et bien peu de personnes qui aient le droit d'y prétendre. Combien
avons-nous connu d'hommes vertueux survivre à leur propre réputation
et qui ont eu la douleur de voir, de leur vivant, s'éteindre l'honneur
et la gloire qu'ils avaient très justement acquis dans leur jeunesse?
Et pour trois ans de cette vie fictive et imaginaire nous irions
compromettre notre vie réelle, la seule qui nous importe, et nous
exposer à une mort perpétuelle? Sur ce point de si haute importance,
les sages se proposent une fin et plus belle et plus juste: «_La
récompense d'une bonne action est de l'avoir faite; le fruit d'un
service que nous rendons, c'est ce service même_ (_Sénèque_)».--Il peut
être fort excusable pour un peintre ou tout autre artiste, ou encore
pour un rhétoricien ou un grammairien de travailler pour se faire un
nom par ses œuvres; mais les actes que la vertu nous inspire sont trop
nobles par eux-mêmes, pour en rechercher la récompense en dehors, pour
la chercher notamment dans la vanité des jugements humains.
=On peut cependant dire en sa faveur qu'elle est un stimulant qui porte
quelquefois à la vertu.=--Si cependant cette idée fausse contribue
chez le peuple à maintenir les hommes dans le devoir et les dispose
à la vertu, si les princes sont touchés de voir bénir la mémoire de
Trajan et exécrer celle de Néron, s'ils sont émus en voyant le nom de
ce grand malfaiteur, qui inspirait autrefois tant de terreur et était
si redouté, être aujourd'hui maudit et insulté en toute liberté par le
premier écolier auquel la pensée en vient, laissons-la croître autant
qu'elle voudra et entretenons-la du mieux que nous pourrons. Platon,
auquel tout était bon pour amener ses concitoyens à la vertu, leur
conseille, entre autres choses, de ne pas mépriser * la considération
et l'estime des peuples, et dit que, par une sorte d'inspiration
divine, les méchants eux-mêmes savent souvent, tant dans leurs propos
que dans leurs jugements, très justement distinguer les bons des
mauvais. Ce philosophe et Socrate son maître s'entendent admirablement
et n'hésitent pas à faire intervenir l'action et les révélations
divines, chaque fois que la force humaine est impuissante, «_à
l'exemple des poètes tragiques qui ont recours à un dieu, lorsqu'ils
ne savent comment trouver le dénouement de leur pièce_ (_Cicéron_)»; *
c'est peut-être pour cela que Timon, l'invectivant, l'appelait grand
fabricant de miracles.
=Un semblable mobile équivaut à l'emploi de fausse monnaie
quand la bonne ne suffit pas; cela a été le cas de tous les
législateurs.=--Puisque les hommes sont incapables de se payer
complètement en bonne monnaie, employons-y aussi de la fausse. Tous les
législateurs ont agi ainsi; et il n'est pas de législation où on ne
retrouve quelque mélange soit de cérémonies futiles, soit de légendes
mensongères qui servent à tenir le peuple en bride pour qu'il ne se
détourne pas du devoir. C'est pour cela que la plupart d'entre elles
ont des origines et des commencements fabuleux, enrichis de mystères
surnaturels, ce qui a mis en crédit ces religions nées de l'erreur et
les a fait accepter par les gens sensés. C'est pour cette cause, pour
amener plus sûrement les hommes à croire davantage en eux, que Numa
et Sertorius les nourrissaient de ces sottises: l'un, que la nymphe
Égérie, l'autre, que sa biche blanche, leur apportaient de la part
des dieux les conseils qu'ils en recevaient. La même autorité que
Numa donna à ses lois par cette intervention divine, Zoroastre, le
législateur de la Bactriane et de la Perse, la communiqua aux siennes
en se servant du nom du dieu Oromazis; Trismégiste, par Mercure, en
usa de même à l'égard des Égyptiens; Zamolxis se servit de Vesta
vis-à-vis des Scythes; Charondas, de Saturne à l'égard des peuples
de la Chalcédoine; Minos, de Jupiter auprès des Candiotes; Lycurgue,
d'Apollon auprès des Lacédémoniens; Dracon et Solon, de Minerve auprès
des Athéniens; toute législation a un dieu à sa tête; chez toutes ce
sont de faux dieux, seule celle que Moïse donna au peuple de Judée
à sa sortie d'Égypte émane du vrai Dieu. La religion des Bédouins,
dit le Sire de Joinville, portait, entre autres choses, que l'âme de
celui d'entre eux qui mourait pour son prince, passait dans un autre
corps plus heureux, plus beau, plus fort que le premier, ce qui les
amenait à exposer beaucoup plus volontiers leur vie: «_Ils bravaient
le fer, embrassaient la mort, regardant comme une lâcheté de ménager
une vie qui devait renaître_ (_Lucain_).» C'est là une très salutaire
croyance, toute fausse qu'elle est; chaque nation en a un certain
nombre semblables; mais ce sujet vaudrait d'être traité à part.
=Quant aux femmes, elles ont tort d'appeler honneur ce qui est leur
devoir; celles qui ne sont retenues que par la crainte de perdre leur
honneur, sont bien près de céder.=--Un mot encore sur ce qui fait
l'objet de cet entretien. Je ne conseille pas davantage aux dames
d'appeler honneur ce qui est leur devoir, «_tout comme dans le langage
ordinaire on n'appelle honnêteté que ce qui est glorieux dans l'opinion
du peuple_ (_Cicéron_)». Leur devoir c'est le fruit, l'honneur n'est
que l'enveloppe; et elles se font tort à elles-mêmes en invoquant
cette excuse pour justifier leur refus de se donner, parce que leur
intention, leur désir, leur volonté, qui sont choses où l'honneur n'a
rien à voir, d'autant que rien ne s'en manifeste au dehors, sont encore
plus à considérer que l'acte lui-même: «_Celle-là succombe, qui refuse
parce qu'il ne lui est pas permis de succomber_ (_Ovide_).» L'offense
envers Dieu et envers la conscience est aussi grande, qu'elle résulte
du désir ou du fait accompli. De plus, ces actes ayant essentiellement
lieu en les cachant au vu et au su de tous, il leur serait bien facile
de les dérober à la connaissance d'autrui, d'où l'honneur dépend, si
seul il les retenait dans le devoir, et si elles ne pratiquaient pas
la chasteté pour elle-même. Toute personne d'honneur préfère perdre
l'honneur, plutôt que d'agir contre sa conscience.