ODE.

TOUT ce que l'homme possede,

Ce qu'il a de riche & beau

Ne trouve point de remede

Pour eviter le tombeau.

La vertu seule immortelle

Constante & ferme en tout temps

Resiste à la mort cruelle

Et à la lime des ans.

Tant de Rois & tant de Princes,

Des Heros & des Cesars

Qui ont acquis des provinces

Et thresors en maintes parts

En fin sont proye à la terre,

Et la Vertu seulement

Fait leur nom voler grand erre

Par-dessus le Firmament.

DU MONTS tu sçais que la vie

Nous est donnée des cieux

Non pour estre ensevelie

En un corps peu soucieux,

Mais pour estre secourable

A celui qui a besoin

Que quelque Dieu favorable

De son mal-heur prenne soin.

Et chercher la vraye gloire

Par un chemin non tenté,

Faisant que nôtre memoire

Vive à l'immortalité.

C'est le desir qui t'enflamme,

Et qui possede ton coeur,

Quand pour eviter le blame

Qui suit l'homme sans honneur,

Tu entreprens un ouvrage

Tout auguste & glorieux

Si qu'à jamais chacun âge

Aura ton nom precieux,

Car si-tot que de ton Prince

As eu le commandement

Pour conoitre la province

Mise ne ton gouvernement,

Ainsi qu'un Aigle qui vole

D'un trait leger, tout soudain

Prompt à suivre sa parole

Tu as pris un vol hautain.

Et du tempêteux Nerée

Meprisant tous les efforts,

De ta terre desirée

Tu as en fin veu les ports.

Les nations qui n'ont oncques

Admis la sujetion

A tes mandemens adoncques

Ont fait leur submission.

Sage, tu leur a fait voir

Les beautez de la justice,

Et ton redouté pouvoir,

Et les biens de la police.

Mémes tu as fait encore,

Que maint barbare en ces lieux

En son ame Christ adore,

De son salut soucieux.

Arriere d'ici, arriere

Timides & cazaniers,

Que dedans vôtre barriere

Toujours estes prisonniers.

Vous qui n'avez soin, ni cure

De faire que vôtre nom,

Contre la mort méme dure

En perdurable renom.

DE MONTS, tu n'es pas de mémes,

Car lors qu'en France de Mars

Ont cessé les stratagemes,

Recherchant d'autres hazars,

Tu as consacré ta vie

A l'Eternel pour sa loy

Rendre en ces terres suivie

Souz le vouloir de ton Roy.

Mais ce n'est fait qui commence,

Il faut chanter desormais

De Dieu la magnificence

D'un ton plus haut que jamais.

Neptune te favorise

Et Ceres pareillement,

Afin que ton entreprise

Ait un meilleur fondement.

Diray-je que sans culture

Le Pere de Liberté

Laisse produire à Nature

La vigne qu'il a planté?

Non ici, je le confesse,

Mais en lieu d'un autre espoir,

Où l'homme à la longue tresse

Ha son sablonneux terroir.

C'est la terre Armouchiquoise,

Qui son gros blé te produit;

Et encore l'Iroquoise,

Qui donne maint autre fruit.

Nôtre France fromenteuse

N'a ses vignes de tout temps,

La peine laborieuse

L'a fait telle avec les ans.

Courage, doncques, courage,

Continue ton dessein,

Ayant ce bel avantage,

Qui de bon espoir est plein.

Le Tout-puissant méme change

Ici les froides saisons,

Et à cette terre étrange

Promet des riches moissons.

[Illustration]

[Illustration]

A MONSIEUR DE

POUTRINCOURT GRAND

Sagamos en la Nouvelle-France

Histoire de la Nouvelle-France (Version 1617) · 第 296 / 303 题