=Téléphone de MM. Cécil et Léonard Wray.=--Ce système, que n

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BIBLIOTHÈQUE DES MERVEILLES

LE TÉLÉPHONE

LE MICROPHONE

ET LE PHONOGRAPHE

PAR

LE COMTE TH. DU MONCEL

Membre de l'Institut

OUVRAGE ILLUSTRÉ

DE 67 FIGURES DESSINÉES SUR BOIS

PAR B. BONNAFOUX

PARIS

LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79

1878

Droits de propriété et de traduction réservés

BIBLIOTHÈQUE DES MERVEILLES

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION

DE M. ÉDOUARD CHARTON

LE TÉLÉPHONE, LE MICROPHONE ET LE PHONOGRAPHE

21571-78.--PARIS, TYPOGRAPHIE LAHURE

Rue de Fleurus, 9

LE TÉLÉPHONE

LE MICROPHONE

ET LE PHONOGRAPHE

UN COUP D'OEIL HISTORIQUE.

À proprement parler, le téléphone n'est qu'un instrument apte à

transmettre les sons à distance, et l'idée de cette transmission est

aussi ancienne que le monde. Les Grecs employaient des moyens

susceptibles de la réaliser, et il n'est pas douteux que ces moyens

n'aient été quelquefois mis à contribution dans les oracles du

paganisme. Seulement cette transmission des sons ne sortait pas de

certaines limites assez restreintes, ne dépassant pas sans doute

celles des porte-voix. Suivant M. Preece, le document le plus ancien

où cette transmission du son à distance soit formulée d'une manière un

peu nette, remonte à l'année 1667, comme il résulte d'un écrit d'un

certain Robert Hooke, qui dit à ce propos: «Il n'est pas impossible

d'entendre un bruit à grande distance, car on y est déjà parvenu, et

l'on pourrait même décupler cette distance sans qu'on puisse taxer la

chose d'impossible. Bien que certains auteurs estimés aient affirmé

qu'il était impossible d'entendre à travers une plaque de verre

noircie même très-mince, je connais un moyen facile de faire entendre

la parole à travers un mur d'une grande épaisseur. On n'a pas encore

examiné à fond jusqu'où pouvaient atteindre les moyens acoustiques, ni

comment on pourrait impressionner l'ouïe par l'intermédiaire d'autres

milieux que l'air, et je puis affirmer _qu'en employant un fil tendu,

j'ai pu transmettre instantanément le son à une grande distance et

avec une vitesse sinon aussi rapide que celle de la lumière, du moins

incomparablement plus grande que celle du son dans l'air. Cette

transmission peut être effectuée non-seulement avec le fil tendu en

ligne droite, mais encore quand ce fil présente plusieurs coudes._»

Ce système de transmission des sons, sur lequel sont basés les

téléphones à ficelle qui attirent l'attention depuis quelques années,

est resté à l'état de simple expérience jusqu'en 1819, époque à

laquelle M. Wheatstone l'appliqua à sa lyre magique. Dans cet

appareil, les sons étaient transmis à travers une longue tige de sapin

dont l'extrémité était adaptée à une caisse sonore; de là à l'emploi

des membranes utilisées dans les téléphones à ficelle, il n'y avait

qu'un pas. Quel est celui qui eut cette dernière idée?... il est assez

difficile de le dire, car beaucoup de ces vendeurs de téléphones se

l'attribuent sans se douter même de la question. S'il faut en croire

certains voyageurs, ce système serait depuis longtemps employé en

Espagne pour les correspondances amoureuses. Quoi qu'il en soit, les

cabinets de physique ne possédaient pas ces appareils il y a quelques

années, et beaucoup de personnes croyaient même que la ficelle était

constituée par un tube acoustique de petit diamètre. Cet appareil,

quoique devenu un jouet d'enfant, est d'une grande importance

scientifique, car il montre que les vibrations capables de reproduire

la parole peuvent être d'un ordre infiniment petit, puisqu'elles

peuvent être transmises mécaniquement à des distances dépassant cent

mètres. Toutefois, au point de vue télégraphique, le problème de la

propagation des sons à distance était loin d'être résolu de cette

manière, et l'idée d'appliquer les effets électriques à cette sorte de

transmission dut naître aussitôt qu'on put être témoin des effets

merveilleux de la télégraphie électrique, ce qui nous reporte déjà aux

époques qui suivirent l'année 1839. Une découverte inattendue faite

par M. Page en 1837, en Amérique, et étudiée depuis par MM. Wertheim,

de la Rive et autres, devait d'ailleurs y conduire naturellement; car

on avait reconnu qu'une tige magnétique soumise à des aimantations et

à des désaimantations très-rapides, pouvait émettre des sons, et que

ces sons étaient en rapport avec le nombre des émissions de courants

qui les provoquaient.

D'un autre côté, les vibrateurs électriques combinés par MM.

Mac-Gauley, Wagner, Neef, etc., et disposés dès 1847 et 1852 par MM.

Froment et Pétrina pour la production de sons musicaux, prouvaient que

le problème de la transmission des sons à distance était possible.

Toutefois, jusqu'en 1854, personne n'avait osé admettre la possibilité

de transmettre électriquement la parole à distance, et quand M.

Charles Bourseul publia à cette époque une note sur la transmission

électrique de la parole, on regarda cette idée comme un rêve

fantastique. Moi-même, je dois l'avouer, je ne pouvais y croire, et

quand, dans la première édition de mon exposé des applications de

l'électricité publiée en 1854[1], je rapportai cette note, je crus

devoir l'accompagner de commentaires plus que dubitatifs. Cependant,

comme la note me paraissait bien raisonnée, je n'hésitai pas à la

publier en la signant seulement des initiales Ch. B***. La suite

devait donner raison à cette idée hardie, et quoiqu'elle ne renfermât

pas en elle le principe physique qui seul pouvait conduire à la

reproduction des sons articulés, elle était pourtant le germe de

l'invention féconde qui a illustré les noms de Graham Bell et d'Elisha

Gray. C'est à ce titre que nous allons reproduire encore ici la note

de M. Charles Bourseul.

[Note 1: Voy. t. II, p. 225, et t. III, p. 110, de la 2e

édition du même ouvrage publiée en 1857.]

«Après les merveilleux télégraphes qui peuvent reproduire à distance

l'écriture de tel ou tel individu, et même des dessins plus ou moins

compliqués, il semblerait impossible, dit M. B***, d'aller plus en

avant dans les régions du merveilleux. Essayons cependant de faire

quelques pas de plus encore. Je me suis demandé, par exemple, si la

parole elle-même ne pourrait pas être transmise par l'électricité, en

un mot, si l'on ne pourrait pas parler à Vienne et se faire entendre

à Paris. La chose est praticable: voici comment:

«Les sons, on le sait, sont formés par des vibrations et appropriés à

l'oreille par ces mêmes vibrations que reproduisent les milieux

intermédiaires.

«Mais l'intensité de ces vibrations diminue très rapidement avec la

distance; de sorte qu'il y a, même en employant des porte-voix, des

tubes et des cornets acoustiques, des limites assez restreintes qu'on

ne peut dépasser. Imaginez que l'on parle près d'une plaque mobile,

assez flexible pour ne perdre aucune des vibrations produites par la

voix, que cette plaque établisse et interrompe successivement la

communication avec une pile: vous pourrez avoir à distance une autre

plaque qui exécutera en même temps les mêmes vibrations.

«Il est vrai que l'intensité des sons produits sera variable au point

de départ, où la plaque vibre par la voix, et constante au point

d'arrivée, où elle vibre par l'électricité; mais il est démontré que

cela ne peut altérer les sons.

«Il est évident d'abord que les sons se reproduiraient avec la même

hauteur dans la gamme.

«L'état actuel de la science acoustique ne permet pas de dire _a

priori_ s'il en sera tout à fait de même des syllabes articulées par

la voix humaine. On ne s'est pas encore suffisamment occupé de la

manière dont ces syllabes sont produites. On a remarqué, il est vrai,

que les unes se prononcent des dents, les autres des lèvres, etc.,

mais c'est là tout.

«Quoi qu'il en soit, il faut bien songer que les syllabes ne

reproduisent, à l'audition, rien autre chose que des vibrations des

milieux intermédiaires; reproduisez exactement ces vibrations, et vous

reproduirez exactement aussi les syllabes.

«En tout cas, il est impossible de démontrer, dans l'état actuel de la

science, que la transmission électrique des sons soit impossible.

Toutes les probabilités, au contraire, sont pour la possibilité.

«Quand on parla pour la première fois d'appliquer l'électro-magnétisme

à la transmission des dépêches, un homme haut placé dans la science

traita cette idée de sublime utopie, et cependant aujourd'hui on

communique directement de Londres à Vienne par un simple fil

métallique.--Cela n'était pas possible, disait-on, et cela est.

«Il va sans dire que des applications sans nombre et de la plus haute

importance surgiraient immédiatement de la transmission de la parole

par l'électricité.

«À moins d'être sourd et muet, qui que ce soit pourrait se servir de

ce mode de transmission qui n'exigerait aucune espèce d'appareils. Une

pile électrique, deux plaques vibrantes et un fil métallique

suffiraient.

«Dans une multitude de cas, dans de vastes établissements, par

exemple, on pourrait, par ce moyen, transmettre à distance tel ou tel

avis, tandis qu'on renoncera à opérer cette transmission par

l'électricité, dès lors qu'il faudra procéder lettre par lettre et à

l'aide de télégraphes exigeant un apprentissage et de l'habitude.

«Quoi qu'il arrive, il est certain que dans un avenir plus ou moins

éloigné, la parole sera transmise à distance par l'électricité. _J'ai

commencé des expériences à cet égard_: elles sont délicates et exigent

du temps et de la patience, mais _les approximations obtenues_ font

entrevoir un résultat favorable.»

Il est certain que cette description n'est pas assez complète pour

qu'on puisse y découvrir la disposition qui pouvait conduire à la

solution du problème, et si les vibrations de la lame au poste de

réception devaient résulter d'interruptions et de fermetures de

courant effectuées au poste de transmission, sous l'influence des

vibrations déterminées par la voix, elles ne pouvaient fournir que des

sons musicaux et non des sons articulés. Néanmoins l'idée était

_très-belle_, comme le dit M. Preece, tout en regardant sa réalisation

comme impossible[2]. Il est du reste facile de voir que M. Bourseul

lui-même ne se dissimulait pas les difficultés du problème en ce qui

touchait les sons articulés, car il signale, comme on vient de le

voir, les différences qui existent entre les vibrations simples

produisant les sons musicaux et les vibrations complexes déterminant

les sons articulés; mais, comme il le disait fort justement:

_Reproduisez au poste de réception les vibrations de l'air déterminées

au poste de transmission, et vous aurez la transmission de la parole

quelque compliqué que soit le mécanisme au moyen duquel on l'obtient._

Nous verrons à l'instant comment a été résolu ce problème, et il est

probable que certains essais avaient déjà fait pressentir à M.

Bourseul la solution de la question; mais rien dans sa note ne peut

faire entrevoir quels étaient les moyens auxquels il avait pensé; de

sorte que l'on ne peut raisonnablement pas lui rapporter la découverte

de la transmission électrique de la parole, et nous ne comprenons

guère qu'on ait pu nous faire un reproche de ne pas avoir apprécié,

dès cette époque, l'importance de cette découverte qui pouvait bien

alors paraître un peu du domaine de la fantaisie.

[Note 2: Voy. le _Journal de la Société des Ingénieurs

télégraphistes de Londres_, t. VI, p. 417 et 419.]

Ce n'est qu'en 1876 que le problème de la transmission électrique de

la parole a été définitivement résolu, et cette découverte a soulevé

dans ces derniers temps, entre MM. Elisha Gray, de Chicago, et Graham

Bell un débat de priorité intéressant sur lequel nous devons dire

quelques mots.

Dès l'année 1874, M. Elisha Gray s'occupait d'un système de téléphone

musical qu'il voulait appliquer aux transmissions télégraphiques

multiples, et les recherches qu'il dut entreprendre pour établir ce

système dans les meilleures conditions possibles lui firent entrevoir

la possibilité de transmettre électriquement les mots articulés. Tout

en expérimentant son système télégraphique, il combina, en effet, vers

le 15 janvier 1876, un système de _téléphone parlant_ dont il déposa à

l'office des patentes américaines, sous la forme de _caveat_ ou de

brevet provisoire, la description et les dessins. Ce dépôt fut fait le

14 février 1876: or ce même jour M. Graham Bell déposait également à

l'office des patentes américaines une demande de brevet dans laquelle

il était bien question d'un appareil du même genre, mais qui

s'appliquait surtout à des transmissions télégraphiques simultanées

au moyen d'appareils téléphoniques, et les quelques mots qui, dans ce

brevet, pouvaient se rapporter au téléphone à sons articulés,

s'appliquaient à un instrument qui, de l'aveu même de M. Bell, n'a pu

fournir _aucuns résultats satisfaisants_[3]. Dans le _caveat_ de M.

Gray, au contraire, l'application de l'appareil à la transmission

électrique de la parole est uniquement indiquée, la description du

système est complète, et les dessins qui l'accompagnent sont tellement

précis qu'un téléphone exécuté d'après eux pouvait parfaitement

fonctionner; c'est du reste ce que M. Gray put constater lui-même

quand, quelque temps après, il exécuta son appareil qui ne différait

guère de celui à liquide dont parle M. Bell dans son mémoire. À ce

titre, M. Elisha Gray se serait trouvé certainement mis en possession

du brevet, si une omission de formes de l'office des patentes

américaines, qui, comme on le sait, prononce sur la priorité des

inventions dans ce pays, n'avait entraîné la déchéance de son

_caveat_, et c'est à propos de cette omission qu'un procès a été

intenté dernièrement à M. Bell, devant la Cour suprême de l'office des

patentes américaines, pour faire tomber son brevet. Si M. Gray ne

s'est pas occupé plus tôt de cette réclamation, c'est qu'il était

alors entièrement occupé d'expérimenter son système de téléphone

harmonique appliqué aux transmissions télégraphiques qu'il jugeait

plus important au point de vue commercial, et que le temps lui avait

complètement manqué pour donner suite à cette affaire.

[Note 3: Voy. le Mémoire de M. Bell dans le _Journal de

la Société des Ingénieurs télégraphistes de Londres_, t. VI,

p. 407.]

Quoi qu'il en soit, c'est seulement à partir de la prise de possession

de son brevet que M. Bell commença à s'occuper sérieusement du

téléphone parlant, et ses efforts ne tardèrent pas à être couronnés de

succès, car peu de mois après, il exposait à Philadelphie son

téléphone parlant qui excita, dès cette époque, l'attention publique

au plus haut degré, et qui, perfectionné encore au point de vue

pratique, nous arriva en Europe dans l'automne 1877 avec la forme que

nous lui connaissons.

Comme complément à cette histoire sommaire du téléphone, nous devons

dire que, depuis sa réussite, bon nombre de réclamations de priorité

ont surgi comme par enchantement. Nous voyons d'abord qu'un certain M.

John Camack, Anglais d'origine, s'attribue l'invention du téléphone,

se basant sur ce qu'en 1865 il aurait non-seulement fait la

description de cet appareil, mais encore exécuté les dessins; il

ajoute même que si les moyens ne lui avaient pas fait défaut pour le

construire, le téléphone aurait été découvert dès cette époque. Une

prétention semblable a été également émise par M. Dolbear, compatriote

de M. Bell, et nous verrons bientôt ce qu'en dit ce dernier.

Il en est de même d'un certain M. Manzetti, d'Aoste, qui prétend que

son invention téléphonique a été décrite dans beaucoup de journaux de

1865, entre autres dans _le Petit Journal_, de Paris, du 22 novembre

1865, le _Diretto_, de Rome, du 10 juillet 1865, _l'Écho d'Italie_, de

New-York, du 9 août 1865, _l'Italie_, de Florence, du 10 août 1865,

_la Commune d'Italie_, de Gênes, du 1er décembre 1865, _la Vérité_, de

Novarre, du 4 janvier 1866, _le Commerce_, de Gênes, du 6 janvier

1866. Il est vrai qu'aucune description n'a été donnée de ce système,

et que les journaux en question n'ont fait qu'assurer que les

expériences qui avaient été faites avaient montré que la solution

pratique du problème de la transmission électrique de la parole par ce

système était possible. Quoi qu'il en soit, M. Charles Bourseul aurait

encore la priorité de l'idée; mais suivant nous, on ne doit ajouter

qu'une médiocre confiance à toutes ces revendications faites après

coup.

Avant de nous occuper du téléphone de Bell et des diverses

modifications qu'on lui a apportées, il nous a paru important, pour

bien familiariser le lecteur avec ces sortes d'appareils, d'étudier

les téléphones électro-musicaux qui l'ont précédé, et en particulier

celui de M. Reiss, qui fut construit en 1860 et qui a été le point de

départ de tous les autres. Nous verrons d'ailleurs que ces instruments

ont des applications très-importantes, et la télégraphie leur devra

probablement un jour de grands progrès.

TÉLÉPHONES MUSICAUX.

=Téléphone de M. Reiss.=--Le téléphone de M. Reiss est fondé, quant à

la reproduction des sons, sur les effets découverts par M. Page en

1837 et, pour leur transmission électrique, sur le système à membrane

vibrante utilisé dès 1855 par M. L. Scott dans son phonautographe. Cet

appareil se compose donc, comme les systèmes télégraphiques, de deux

parties distinctes, d'un transmetteur et d'un récepteur, et nous les

représentons fig. 1.

Le transmetteur était essentiellement constitué par une boîte sonore

K, qui portait à sa partie supérieure une large ouverture circulaire à

travers laquelle était tendue une membrane, et au centre de celle-ci

était adapté un léger disque de platine _o_, au-dessus duquel était

fixée une pointe métallique _b_, qui constituait avec le disque

l'interrupteur. Sur une des faces de cette boîte sonore K, se trouvait

une sorte de porte-voix T qui était destiné à recueillir les sons et à

les diriger à l'intérieur de la boîte pour les faire réagir ensuite

sur la membrane. Une partie de la boîte K est brisée sur la figure

pour qu'on puisse distinguer les différentes parties qui la composent.

Les tiges _a_, _c_, qui portent la pointe de platine _b_, sont réunies

métalliquement avec une clef Morse _t_, placée sur le côté de la boîte

K, et avec un électro-aimant A, qui appartient à un système

télégraphique destiné à échanger les signaux nécessaires à la mise en

action des deux appareils aux deux stations.

Le récepteur est constitué par une caisse sonore B, portant deux

chevalets _d_, _d_, sur lesquels est soutenu un fil de fer _d d_ de la

grosseur d'une aiguille à tricoter. Une bobine électro-magnétique _g_

enveloppe ce fil et se trouve enfermée par un couvercle D, qui

concentre les sons déjà amplifiés par la caisse sonore; cette caisse

est même munie, à cet effet, de deux ouvertures pratiquées au-dessous

de la bobine.

Le circuit de ligne est mis en rapport avec le fil de cette bobine par

les deux bornes d'attache 3 et 4, et une clef Morse _t_ se trouve

placée sur le côté de la caisse B pour l'échange des correspondances.

Pour faire fonctionner ce système, il suffit de faire parler

l'instrument dont on veut transmettre les sons devant l'ouverture T,

et cet instrument peut être une flûte, un violon ou même la voix

humaine. Les vibrations de l'air déterminées par ces instruments font

vibrer à l'unisson la membrane téléphonique, et celle-ci, en

approchant et éloignant rapidement le disque de platine _o_ de la

pointe _b_, fournit une série d'interruptions de courant qui se

trouvent répercutées par le fil de fer _d d_ et transformées en

vibrations métalliques, dont le nombre est égal à celui des sons

successivement produits.

D'après ce mode d'action, on comprend donc qu'il soit possible de

transmettre les sons avec leur valeur relative; mais l'on conçoit

également que ces sons ainsi transmis n'auront pas le timbre de ceux

qui leur donnent naissance, car le timbre est indépendant du nombre

des vibrations, et, il faut même le dire ici, les sons produits par

l'appareil de M. Reiss avaient un timbre de flûte à l'oignon qui

n'avait rien de séduisant; toutefois le problème de la transmission

électrique des sons musicaux était bien réellement résolu, et l'on

pouvait dire en toute vérité qu'un air ou une mélodie pouvait être

entendu à une distance aussi grande qu'on pouvait le désirer.

L'invention de ce téléphone date, comme on l'a déjà vu, de l'année

1860, et le professeur Heisler en parle dans son traité de physique

technique, publié à Vienne en 1866; il prétend même dans l'article

qu'il lui a consacré, que, quoique dans son enfance, cet appareil

était susceptible de transmettre non-seulement des sons musicaux, mais

encore des mélodies chantées. Ce système fut ensuite perfectionné par

M. Vander-Weyde, qui, après avoir lu la description publiée par M.

Heisler, chercha à rendre la boîte de transmission de l'appareil plus

sonore et les sons produits par le récepteur plus forts. Voici ce

qu'il dit à ce sujet dans le _Scientific american Journal_:

«Ayant fait construire en 1868 deux téléphones du genre de celui

décrit précédemment, je les montrai à la réunion du club polytechnique

de l'Institut américain. Les sons transmis étaient produits à

l'extrémité la plus éloignée du Cooper Institut, et tout à fait en

dehors de la salle où se trouvaient les auditeurs de l'association;

l'appareil récepteur était placé sur une table, dans la salle même des

séances. Il reproduisait fidèlement les airs chantés, mais les sons

étaient un peu faibles et un peu nasillards. Je songeai alors à

perfectionner cet appareil, et je cherchai d'abord à obtenir dans la

boîte K des vibrations plus puissantes en les faisant répercuter par

les côtés de cette boîte au moyen de parois creuses. Je renforçai

ensuite les sons produits par le récepteur, en introduisant dans la

bobine plusieurs fils de fer, au lieu d'un seul. Ces perfectionnements

ayant été soumis à la réunion de l'Association américaine pour

l'avancement des sciences qui eut lieu en 1869, on exprima l'opinion

que cette invention renfermait en elle le germe d'une nouvelle méthode

de transmission télégraphique qui pourrait conduire à des résultats

importants. Cette appréciation devait être bientôt justifiée par la

découverte de Bell et d'Elisha Gray.

=Téléphone de MM. Cécil et Léonard Wray.=--Ce système, que nous

représentons fig. 2 et 3, n'est qu'un simple perfectionnement de celui

de M. Reiss, imaginé en vue de rendre les effets produits plus

énergiques. Ainsi le transmetteur est muni de deux membranes au lieu

d'une, et son récepteur, au lieu d'être constitué par un simple fil de

fer recouvert d'une bobine magnétisante, se compose de deux bobines

distinctes, H, H', fig. 2, placées dans le prolongement l'une de

l'autre, et à l'intérieur desquelles se trouvent deux tiges de fer.

Ces tiges sont fixées par une de leurs extrémités à deux lames de

cuivre A, B, maintenues elles-mêmes dans une position fixe au moyen de

deux piliers à écrous I, I', et les deux autres extrémités de ces

tiges, entre les bobines, sont disposées à une très-petite distance

l'une devant l'autre, mais sans cependant se toucher. Le système est

d'ailleurs monté sur une caisse sonore, munie d'un trou T dans

l'espace correspondant à l'intervalle séparant les bobines, et

celles-ci communiquent avec quatre boutons d'attache qui sont mis en

rapport avec le circuit de ligne de telle manière que les polarités

opposées des deux tiges soient de signes contraires, et ne forment

qu'un seul et même aimant coupé par le milieu. Il paraît qu'avec cette

disposition les sons produits sont beaucoup plus accentués.

La forme du transmetteur est aussi un peu différente de celle que nous

avons décrite précédemment; la partie supérieure, au lieu d'être

horizontale, est un peu inclinée, comme on le voit fig. 3, et

l'ouverture E par laquelle les sons doivent se communiquer à la

membrane vibrante, occupe une grande partie du côté le plus élevé de

la caisse, qui, à cet effet, se présente sous une certaine obliquité.

La seconde membrane G, qui est en caoutchouc, forme une sorte de

cloison qui divise en deux la caisse, à partir du bord supérieur de

l'ouverture, et, d'après l'inventeur, elle aurait pour effet, tout en

augmentant l'amplitude des vibrations produites par la membrane

extérieure D, comme dans un tambour, de protéger celle-ci contre les

effets de la respiration et plusieurs autres causes nuisibles.

L'interrupteur lui-même diffère aussi de celui de l'appareil de M.

Reiss. Ainsi le disque de platine _b_, appelé à fournir les contacts,

n'est mis en rapport métallique avec le circuit que par

l'intermédiaire de deux petits fils de platine ou d'acier qui plongent

dans deux petits godets _a_, _c_ remplis de mercure et reliés à ce

circuit. Par ce moyen, la membrane D se trouve libre dans ses

mouvements et peut vibrer plus facilement.

L'interruption est d'ailleurs effectuée par une petite pointe de

platine portée par un levier à ressort articulé KH qui se trouve

au-dessus du disque, et dont l'extrémité, étant fixée au-dessous d'une

sorte de clef Morse MI, permet d'effectuer à la main les fermetures de

courant nécessaires à l'échange des correspondances pour la mise en

train des appareils.

=Harmonica électrique.=--Longtemps avant M. Reiss et à plus forte

raison longtemps avant M. Elisha Gray qui a imaginé un téléphone du

même genre, j'avais fait mention d'une sorte d'harmonica électrique

qui a été décrit de la manière suivante dans le tome I, p. 167, de la

première édition de mon _Exposé des applications de l'électricité_

publié en 1853[4].

[Note 4: Cette description n'était que la répétition d'un

article publié antérieurement dans le _Journal de

l'Arrondissement de Valognes_.]

«La faculté que possède l'électricité de mettre en mouvement des lames

métalliques et de les faire vibrer, a pu être utilisée à la production

de sons distincts, susceptibles d'être combinés et harmonisés; mais,

en outre de cette application toute physique, l'électro-magnétisme a

pu venir en auxiliaire à certains instruments, tels que pianos,

orgues, etc., pour leur donner la facilité d'être joués à distance.

Ainsi jusque dans les arts en apparence les moins susceptibles de

recevoir de l'électricité quelque application, cet élément si

extraordinaire a pu être d'un secours utile.

«Nous avons déjà parlé de l'interrupteur de M. de la Rive. C'est,

comme on le sait, une lame de fer soudée à un ressort d'acier et

maintenue dans une position fixe vis-à-vis un électro-aimant, par un

autre ressort ou un butoir métallique en connexion avec l'une des

branches du courant. Comme l'autre branche, après avoir passé dans le

fil de l'électro-aimant aboutit à la lame de fer elle-même,

l'électro-aimant n'est actif qu'au moment où cette lame touche le

butoir ou le ressort d'arrêt; mais aussitôt qu'elle l'abandonne,

l'aimantation cesse, et la lame de fer revient en son point d'arrêt,

puis l'abandonne ensuite. Il se détermine donc une vibration d'autant

plus rapide que la longueur de la lame vibrante est plus courte, et

que la force est plus grande par suite du rapprochement de la lame de

l'électro-aimant.

«Pour rendre les sons de plus en plus aigus, il ne s'agit donc que

d'employer l'un ou l'autre des deux moyens. Le plus simple est d'avoir

une vis que l'on serre ou que l'on desserre à volonté, et qui par cela

même éloigne plus ou moins la lame vibrante de l'électro-aimant. Tel

est l'appareil de M. Froment au moyen duquel il a obtenu des sons

d'une acuité extraordinaire, bien qu'étant fort doux à l'oreille.

«M. Froment n'a pas fait de cet appareil un instrument de musique;

mais on conçoit que rien ne serait plus facile que d'en constituer un;

il ne s'agirait pour cela que de faire agir les touches d'un clavier

sur des leviers métalliques, dont la longueur des bras serait en

rapport avec le rapprochement de la lame nécessité pour la vibration

des différentes notes. Ces différents leviers, en appuyant sur la

lame, joueraient le rôle du butoir d'arrêt, mais ce butoir varierait

de position suivant la touche.

«Si le courant était constant, un pareil instrument aurait

certainement beaucoup d'avantages sur les instruments à anches dont on

se sert, en ce sens qu'on aurait une vibration aussi prolongée qu'on

le voudrait pour chaque note, et que les sons seraient plus veloutés;

malheureusement l'inégalité d'action de la pile en rend l'usage bien

difficile. Aussi ne s'est-on guère servi de ce genre d'appareils que

comme régulateurs auditifs pour l'intensité des piles, régulateurs

infiniment plus commodes que les rhéomètres, puisqu'ils peuvent faire

apprécier les différentes variations d'une pile pendant une

expérience, sans qu'on soit obligé d'en détourner son attention.»

En 1856, M. Pétrina, de Prague, imagina un dispositif analogue auquel

il donna le nom d'_harmonica électrique_, bien qu'à proprement parler

il ne constituât pas dans sa pensée un instrument de musique.

Voici ce que j'en disais dans le tome IV de la seconde édition de mon

exposé des applications de l'électricité publié en 1859.

«Le principe de cet appareil est le même que celui du rhéotome de

Neef, au marteau duquel on a substitué une baguette dont les

vibrations transversales produisent un son. Quatre de ces baguettes,

différentes en longueur, sont placées l'une à côté de l'autre, et

étant mises en mouvement au moyen de touches, puis arrêtées par des

leviers, produisent des sons de combinaison dont il devient facile de

démontrer l'origine.»

Dans ce qui précède je ne dis pas, il est vrai, que ces appareils

pouvaient être joués à distance; mais cette idée était toute

naturelle, et les journaux allemands prétendent que M. Pétrina l'avait

réalisée même avant 1856. Elle était la conséquence de ce que je

disais en débutant: «que l'électro-magnétisme pouvait venir en

auxiliaire à certains instruments tels que pianos, orgues, etc., _pour

leur donner la facilité d'être joués à distance_», et j'indiquais plus

loin les moyens employés pour cela et même pour les faire fonctionner

sous l'influence d'une petite boîte à musique. Je n'y avais du reste

pas attaché d'importance, et ce n'est que comme document historique

que je parle de ces systèmes.

=Téléphone de M. Elisha Gray, de Chicago.=--Ce système, imaginé en

1874, n'est en réalité qu'un appareil du genre de ceux qui précèdent,

mais avec des combinaisons importantes qui ont permis de l'appliquer

utilement à la télégraphie. Dans un premier modèle il mettait à

contribution une bobine d'induction à deux hélices superposées, dont

l'interrupteur, qui était à trembleur, était multiple et disposé de

manière à produire des vibrations assez nombreuses pour émettre des

sons. Ces sons, comme on l'a vu, peuvent avec cette disposition être

modifiés suivant la manière dont l'appareil est réglé, et s'il existe

à côté les uns des autres un certain nombre d'interrupteurs de ce

genre, dont les lames vibrantes soient réglées de manière à fournir

les différentes notes de la gamme sur plusieurs octaves, on pourra, en

mettant en action tels ou tels d'entre eux, exécuter sur cet

instrument d'un nouveau genre un morceau de musique dont les sons se

rapprocheront de ceux produits par les instruments à anches, tels que

harmoniums, accordéons, etc. La mise en action de ces interrupteurs

pourra d'ailleurs être effectuée au moyen du courant primaire de la

bobine d'induction qui circulera à travers l'un ou l'autre des

électro-aimants de ces interrupteurs, sous l'influence de

l'abaissement de l'une ou l'autre des touches d'un clavier

commutateur, et les courants secondaires qui naîtront dans la bobine

sous l'influence de ces courants primaires interrompus, pourront

transmettre des vibrations correspondantes à distance sur un

récepteur. Celui-ci pourrait être analogue à ceux dont nous avons

parlé précédemment pour les téléphones de Reiss, de Wray, etc., mais

M. Gray a dû le modifier pour obtenir des effets plus amplifiés.

Nous représentons (fig. 4) la disposition de ce premier système. Les

vibrateurs sont en A et A', les touches du clavier en M et M', la

bobine d'induction en B, et le récepteur en C. Ce récepteur se

compose, comme on le voit, d'un simple électro-aimant NN' au-dessus

des pôles duquel est adaptée une caisse cylindrique en métal C dont le

fond est en fer et sert d'armature. Cette boîte étant percée comme les

violons de deux trous en S, joue le rôle de caisse sonore, et M.

Elisha Gray a reconnu que les mouvements moléculaires déterminés au

sein du noyau magnétique et de son armature, sous l'influence des

alternatives d'aimantation et de désaimantation, étaient suffisants

pour engendrer des vibrations en rapport avec la rapidité de ces

alternatives, et fournir des sons qui devenaient perceptibles par

suite de leur amplification par la boîte sonore.

S'il faut en croire M. Elisha Gray, les vibrations transmises par des

courants secondaires seraient capables de faire résonner à distance,

par l'intermédiaire du corps humain, des lames conductrices

susceptibles d'entrer facilement en vibration et disposées sur des

caisses sonores. Ainsi l'on pourrait faire produire des sons musicaux

à des cylindres de cuivre placés sur une table, à une plaque

métallique appliquée sur une sorte de violon, à une feuille de

clinquant tendue sur un tambour ou à toute autre substance résonnante,

en touchant d'une main ces différents corps et en prenant de l'autre

le bout du fil du circuit. Ces sons qui pourraient avoir un timbre

différent, suivant la nature de la substance touchée, reproduiraient

la note transmise avec le nombre exact de vibrations qui lui

correspond[5].

[Note 5: M. Gray dans un article inséré dans le

_Telegrapher_ du 7 octobre 1876, et dont on trouvera une

traduction dans les _Annales télégraphiques_ de mars-avril

1877, p. 97-120, entre dans de longs détails sur ce mode de

transmission des sons par les tissus du corps humain, et

voici, suivant lui, les conditions dans lesquelles il faut

être placé pour obtenir de bons résultats:

1º Les émissions électriques doivent avoir une tension

considérable pour rendre l'effet perceptible à l'oreille;

2º La substance employée pour toucher la plaque métallique

doit être douce, flexible et conductrice jusqu'au point de

contact; là, il faut interposer une résistance très-mince, ni

trop grande ni trop petite;

3º La plaque et la main ou autre tissu, ne doivent pas

seulement être en contact, il faut que ce contact résulte

d'un frottement ou d'un glissement;

4º Les parties en contact doivent être sèches, afin de

conserver le degré voulu de résistance.]

On comprend aisément que les effets obtenus dans le système représenté

(fig. 4) pourraient être reproduits, si au lieu d'interrupteurs ou de

rhéotomes électriques, on employait à la station de transmission des

interrupteurs mécaniques disposés de manière à fournir le nombre

d'interruptions de courants en rapport avec les vibrations des

différentes notes de la gamme. On pourrait encore, par ce moyen, se

dispenser de la bobine d'induction et faire réagir directement sur le

récepteur le courant ainsi interrompu par l'interrupteur mécanique. M.

Elisha Gray a du reste combiné une autre disposition de ce système

téléphonique qu'il a appliquée à la télégraphie pour les transmissions

électriques simultanées, et dont nous parlerons plus tard.

=Téléphone de M. Varley.=--Ce téléphone n'est à proprement parler

qu'un téléphone musical dans le genre de celui de M. Gray, mais dont

le récepteur présente une disposition originale vraiment intéressante.

Cette partie de l'appareil est essentiellement constituée par un

véritable tambour de grandes dimensions (3 ou 4 pieds de diamètre),

dans l'intérieur duquel est placé un condensateur formé de quatre

feuilles de papier d'étain séparées par des feuilles en matière

parfaitement isolante, et dont la surface représente à peu près la

moitié de celle du tambour. Les lames de ce condensateur sont

disposées parallèlement aux membranes du tambour et à une très-petite

distance de leur surface.

Si une charge électrique est communiquée à l'une des séries de plaques

conductrices de ce condensateur, celles qui leur correspondront se

trouveront attirées, et si elles peuvent se mouvoir, elles pourront

communiquer aux couches d'air interposées un mouvement qui, en se

communiquant aux membranes du tambour, pourront, pour une série de

charges très-rapprochées les unes des autres, faire vibrer ces

membranes et engendrer des sons; or ces sons seront en rapport avec le

nombre des charges et décharges qui seront produites. Comme ces

charges et décharges peuvent être déterminées par la réunion des deux

armatures du condensateur aux extrémités du circuit secondaire d'une

bobine d'induction dont le circuit primaire sera interrompu

convenablement, on voit immédiatement que, pour faire émettre par le

tambour un son donné, il suffira de faire fonctionner l'interrupteur

de la bobine d'induction de manière à produire le nombre de vibrations

que comporte ce son.

Le moyen employé par M. Varley pour produire ces interruptions est

celui qui a été déjà mis en usage dans plusieurs applications

électriques et notamment pour les chronographes; c'est un diapason

électro-magnétique réglé de manière à émettre le son qu'il s'agit de

transmettre. Ce diapason peut, en formant lui-même interrupteur,

réagir sur le courant primaire de la bobine d'induction, et s'il y a

autant de ces diapasons que de notes musicales à transmettre, et que

les électro-aimants qui les animent soient reliés à un clavier de

piano, il sera possible de transmettre de cette manière une mélodie à

distance comme dans le système de M. Elisha Gray.

La seule chose particulière dans ce système est le fait de la

reproduction des sons par l'action d'un condensateur, et nous verrons

plus loin que cette idée, reprise par MM. Pollard et Garnier, a

conduit à des résultats vraiment intéressants.

TÉLÉPHONES PARLANTS.

Les téléphones que nous venons d'étudier ne peuvent transmettre, comme

on l'a vu, que des sons musicaux, puisqu'ils ne peuvent répéter que

des vibrations simples, en nombre plus ou moins grand, il est vrai,

mais non en combinaisons simultanées, telles que celles qui doivent

reproduire les sons articulés. Jusqu'à l'époque de l'invention de M.

Bell, la transmission de la parole ne pouvait donc se faire que par

des tubes acoustiques ou par les téléphones à ficelle dont nous avons

déjà parlé. Bien que ces sortes d'appareils n'aient aucun rapport avec

ceux que nous nous proposons d'étudier dans cet ouvrage, nous avons

cru devoir en dire ici quelques mots, car ils peuvent quelquefois être

combinés avec les téléphones électriques, et, d'ailleurs, ils

représentent la première étape de l'invention.

=Téléphones à ficelle.=--Les téléphones à ficelle qui depuis plusieurs

années inondent les boulevards et les rues des différentes villes

d'Europe, et dont l'invention remonte, comme on l'a vu, à l'année

1667, sont des appareils très-intéressants par eux-mêmes, et nous

sommes étonné qu'ils n'aient pas figuré plutôt dans les cabinets de

physique. Ils sont constitués par des tubes cylindro-coniques en métal

ou en carton, dont un bout est fermé par une membrane tendue de

parchemin, au centre de laquelle est fixée par un noeud la ficelle ou

le cordon destiné à les réunir. Quand deux tubes de ce genre sont

ainsi réunis et que le fil est bien tendu, comme on le voit fig. 5, il

suffit qu'une personne applique un de ces tubes contre l'oreille et

qu'une autre personne parle très-près de l'ouverture de l'autre tube,

pour que toutes les paroles prononcées par cette dernière soient

immédiatement transmises à l'autre, et l'on peut même converser de

cette manière à voix presque basse. Dans ces conditions, les

vibrations de la membrane impressionnée par la voix se trouvent

transmises mécaniquement à l'autre membrane par le fil qui, comme

l'avait annoncé le physicien de 1667, transmet les sons beaucoup mieux

que l'air. On a pu par ce moyen converser à une distance de cent

cinquante mètres, et il paraîtrait que la grosseur et la nature des

fils exercent une certaine influence. Suivant les vendeurs de ces

appareils, les fils de soie seraient ceux qui donneraient les

meilleurs résultats et les ficelles de chanvre les moins bons. Ce sont

ordinairement des fils de coton tressés qui sont employés afin de

permettre de livrer à bon marché ces appareils.

Dans certains modèles on a disposé les tubes de manière à présenter,

entre la membrane et l'embouchure, un diaphragme percé d'un trou, et

l'appareil ressemble alors à une espèce de cloche dont le fond aurait

été percé et recouvert à quelques millimètres au-dessus de la membrane

de parchemin; mais je n'ai pas reconnu de supériorité bien marquée à

ce modèle.

On a également prétendu que les cornets en métal nickelé étaient

préférables; je n'en suis pas davantage convaincu. Quoi qu'il en soit,

ces appareils ont donné des résultats qu'on était loin d'attendre, et

bien que leurs usages pratiques soient très-restreints, ils

constituent des instruments scientifiques très-intéressants et des

jouets instructifs pour les enfants.

D'après M. Millar, de Glascow, l'intensité des effets produits dans

ces téléphones dépend beaucoup de la nature de la ficelle, de la

manière dont elle est attachée et de la manière dont la membrane est

placée sur l'embouchure.

=Perfectionnements apportés aux téléphones à ficelle.=--Les effets

prodigieux des téléphones Bell ont dans ces derniers temps remis à la

mode les téléphones à ficelle qui étaient restés jusque-là dans le

domaine des jouets d'enfant. La possibilité qu'ils ont donnée de

transmettre à plusieurs personnes la parole reproduite sur un

téléphone électrique a fait rechercher les moyens de les utiliser

concurremment avec ces derniers, et pour cela on a dû d'abord examiner

le moyen le plus efficace de les faire parler sur un fil présentant

plusieurs coudes; nous avons vu que, dans les conditions ordinaires,

ces appareils ne parlaient distinctement que quand le fil était tendu

en ligne droite. Pour résoudre ce problème, M. A. Bréguet a eu l'idée

d'employer comme supports des espèces de petits tambours de basque par

le centre desquels on fait passer le fil; le son porté par la partie

du fil en rapport avec le cornet dans lequel on parle, fait alors

vibrer la membrane de ce tambour, et celle-ci communique ensuite la

vibration à la partie du fil qui suit. On peut de cette manière

obtenir autant de coudes que l'on veut et soutenir le fil sur toute la

longueur qui peut convenir à ces sortes de téléphones, laquelle ne

dépasse guère cent mètres.

M. A. Bréguet a fait encore de ce système des espèces de relais pour

arriver au même but, et pour cela il fait aboutir les fils à deux

membranes qui ferment les deux ouvertures d'un cylindre de laiton; les

sons reproduits par l'une des membranes réagissent sur l'autre, et

celle-ci vibre sous cette influence comme si elle était impressionnée

par la voix; le cylindre joue alors le rôle d'un tube acoustique

ordinaire, et sa forme peut être aussi variée qu'on peut le désirer.

Il paraît que M. A. Badet, dès le 1er février 1878, était parvenu à

faire fonctionner d'une manière analogue les téléphones à ficelle, et

il se servait pour cela de parchemins tendus sur des cadres qui

faisaient l'office de tables résonnantes. Le fil était fixé au centre

de la membrane et faisait avec elle tel angle que l'on voulait.

Plusieurs savants, entre autres MM. Wheatstone, Cornu et Mercadier, se

sont occupés il y a déjà longtemps de ces sortes de transmissions par

les fils, et tout dernièrement MM. Millar, Heaviside et Nixon ont fait

des expériences intéressantes dont nous devons dire quelques mots.

Ainsi, M. Millar a reconnu qu'avec un fil télégraphique tendu et relié

par deux fils de cuivre à deux disques susceptibles de vibrer, on

pouvait transporter les sons musicaux à cent cinquante mètres, et

qu'en tendant des fils à travers une maison, ces fils étant reliés à

des embouchures et à des cornets auriculaires placés dans différentes

chambres, on pouvait correspondre avec toutes ces chambres de la

manière la plus facile.

Il a employé pour les disques vibrants, soit du bois, soit du métal,

soit de la gutta-percha ayant la forme d'un tambour, et les fils

étaient fixés au centre. L'intensité du son semblait augmenter avec la

grosseur du fil.

MM. Heaviside et Nixon, dans leurs expériences à New-Castle sur la

Tyne, ont reconnu que la grosseur du fil qui donnait les meilleurs

résultats était le fil nº 4 de la jauge anglaise. Les disques qu'ils

avaient employés étaient en bois de 1/8 de pouce d'épaisseur, et ils

pouvaient être placés en un point quelconque de la longueur du fil.

Avec un fil bien tendu et tranquille, la parole a pu être entendue de

cette manière à une distance de deux cents mètres.

=Téléphone électrique de M. Graham Bell.=--Tel était l'état des

appareils téléphoniques, lorsqu'en 1876 apparut à l'exposition de

Philadelphie le téléphone de Bell que sir W. Thomson n'a pas craint

d'appeler la _merveille des merveilles_, et sur lequel l'attention du

monde entier s'est trouvée immédiatement portée, bien qu'à vrai dire

son authenticité ait soulevé dans l'origine bien des incrédulités. Ce

téléphone, en effet, reproduisait les mots articulés, et ce résultat

dépassait tout ce que les physiciens avaient pu concevoir. Cette fois

ce n'était plus une conception que l'on pouvait, jusqu'à preuve

contraire, traiter de fantastique: l'appareil parlait, et même parlait

assez haut pour n'avoir pas besoin d'être placé contre l'oreille.

Voici ce qu'en disait sir W. Thomson à l'Association britannique pour

l'avancement des sciences lors de sa réunion à Glascow en septembre

1876.

«Au département des télégraphes des États-Unis, j'ai vu et entendu le

téléphone électrique de M. Elisha Gray, merveilleusement construit,

faire résonner en même temps quatre dépêches en langage Morse, et avec

quelques améliorations de détail, cet appareil serait évidemment

susceptible d'un rendement quadruple.... Au département du Canada,

j'ai entendu: _To be or not to be.--There's the rub_, articulés à

travers un fil télégraphique, et la prononciation électrique ne

faisait qu'accentuer encore l'expression railleuse des monosyllabes;

le fil m'a récité aussi des extraits au hasard des journaux de

New-York... Tout cela, mes oreilles l'ont entendu articuler

très-distinctement par le mince disque circulaire formé par l'armature

d'un électro-aimant. C'était mon collègue du jury, le professeur

Watson, qui, à l'autre extrémité de la ligne, proférait ces paroles à

haute et intelligible voix, en appliquant sa bouche contre une

membrane tendue, munie d'une petite pièce de fer doux, laquelle

exécutait près d'un électro-aimant introduit dans le circuit de la

ligne, des mouvements proportionnels aux vibrations sonores de l'air.

Cette découverte, la merveille des merveilles du télégraphe

électrique, est due à un de nos jeunes compatriotes, M. Graham Bell,

originaire d'Édimbourg et aujourd'hui naturalisé citoyen des

États-Unis.

«On ne peut qu'admirer la hardiesse d'invention qui a permis de

réaliser avec des moyens si simples, le problème si complexe de faire

reproduire par l'électricité les intonations et les articulations si

délicates de la voix et du langage, et pour obtenir ce résultat, il

fallait trouver moyen de faire varier l'intensité du courant dans le

même rapport que les inflexions des sons émis par la voix.»

Le Téléphone, le Microphone et le Phonographe · 第 1 / 19 段