UN NOUVEAU MODE D'ÉQUITATION.

Quand je revins à moi, j'étais étendu à terre, et mon chien, la cause

innocente de ma captivité, me léchait la figure. Je n'avais pas dû rester

longtemps sans connaissance, car les sauvages étaient encore autour de

moi, gesticulant avec violence. L'un d'eux repoussait les autres en

arrière. Je le reconnus, c'était Dacoma. Le chef prononça une courte

harangue qui parut apaiser les guerriers. Je ne comprenais pas ce qu'il

disait, mais j'entendis plusieurs fois le nom de Quetzalcoatl. C'était le

nom de leur dieu; je ne l'ignorais pas, mais je ne m'expliquais pas dans

le moment quel rapport il pouvait y avoir entre ce Dieu et la conservation

de ma vie. Je crus que Dacoma, en me protégeant, obéissait à quelque

sentiment de pitié ou de reconnaissance, et je cherchais à me rappeler

quel genre de service j'avais pu lui rendre pendant qu'il était

prisonnier. Je me trompais grossièrement sur les intentions de

l'orgueilleux sauvage.

Une vive douleur que je ressentais à la tête m'inquiétait. Avais-je donc

été scalpé? Je portai la main à mes cheveux pour m'en assurer; mes boucles

brunes étaient à leur place; mais j'avais eu le derrière de la tête fendu

par un coup de tomahawk. J'avais été frappé au moment où je sortais et

avant d'avoir pu faire feu. Qu'était devenu Rubé? Je me soulevai un peu et

regardai autour de moi. Je ne le vis nulle part. S'était-il échappé, comme

il en avait annoncé l'intention? Cela n'était pas possible; aucun homme

n'eût été capable, sans autre arme qu'un couteau, de se frayer passage au

milieu de tant d'ennemis. De plus, je ne voyais parmi les sauvages aucun

symptôme de l'agitation qu'aurait immanquablement provoqué la fuite d'un

ennemi. Nul n'avait quitté la place. Qu'était-il donc devenu? Ha! je

compris alors le sens de sa plaisanterie relativement à un scalp. Ce mot

n'avait pas été, comme à l'ordinaire, à double mais bien à triple entente.

Le trappeur, au lieu de me suivre, était resté tranquillement dans le

trou, d'où il m'observait sans aucun doute, sain et sauf, et se félicitant

de l'avoir ainsi échappé. Les Indiens ne s'imaginant pas que nous fussions

deux dans la cave, et satisfaits d'en avoir fait sortir un, n'essayèrent

plus de l'enfumer. Je n'avais pas envie de les détromper. La mort ou la

capture de Rubé ne m'aurait été d'aucun soulagement; mais je ne pus

m'empêcher de faire quelques réflexions assez maussades sur le stratagème

employé par le vieux renard pour se tirer d'affaire.

On ne me laissa pas le temps de m'appesantir beaucoup sur ce détail: deux

des sauvages me saisirent par les bras et m'entraînèrent vers les ruines

encore en feu. Grand Dieu! était-ce pour me réserver à ce genre de mort,

le plus cruel de tous, que Dacoma m'avait sauvé de leurs tomahawks! Ils me

lièrent les pieds et les mains. Plusieurs de mes compagnons étaient autour

de moi et subissaient le même traitement. Je reconnus Sanchez, le

toréador, et l'Irlandais aux cheveux rouges. Il y en avait encore trois

autres dont je n'ai jamais su les noms. Nous étions sur la place ouverte

devant la masure brûlée. Nous pouvions voir tout ce qui se passait

alentour. Les Indiens cherchaient à dégager les cadavres de leurs amis du

milieu des poutres embrasées. Quand j'eus vérifié que Séguin n'était ni

parmi les prisonniers ni parmi les morts, je les observai avec moins

d'inquiétude. Le sol de la cabane, déblayé des ruines, présentait un

horrible spectacle. Plus de douze cadavres étaient étendus là, à moitié

brûlés et calcinés. Leurs vêtements étaient consumés; mais aux lambeaux

qui en restaient encore, on pouvait reconnaître à quel parti chacun avait

appartenu. Le plus grand nombre étaient des Navajoès. Il y avait aussi

plusieurs cadavres de chasseurs fumant sous leurs blouses racornies. Je

pensai à Garey; mais autant que j'en pus juger, à l'aspect de ces restes

informes, il n'était point parmi les morts.

Il n'y avait point de scalps à prendre pour les Indiens. Le feu n'avait

pas laissé un cheveu sur la tête de leurs ennemis. Cette circonstance

parut leur causer une vive contrariété, et ils rejetèrent les corps des

chasseurs au milieu des flammes, qui s'échappaient encore du milieu des

chevrons empilés. Puis, formant un cercle autour, ils entonnèrent, à plein

gosier, un choeur de vengeance. Pendant tout ce temps, nous restions

étendus où l'on nous avait mis, gardés par une douzaine de sauvages, et en

proie à de terribles appréhensions. Nous voyions le feu encore brûlant au

milieu duquel on avait jeté les cadavres à demi consumés de nos camarades.

Nous redoutions un sort pareil. Mais nous reconnûmes bientôt que nous

étions réservés pour d'autres desseins. Six mules furent amenées, et nous

y fûmes installés d'une façon toute particulière. On nous fit asseoir le

visage tourné vers la queue; puis nos pieds furent solidement liés sous le

cou des animaux; ensuite on nous força à nous étendre sur le dos des

mules, le menton reposant sur leur croupe; dans cette position, nos bras

furent placés de sorte que nos mains vinssent se réunir par dessous le

ventre, et nos poignets furent attachés à leur tour comme l'avaient été

nos pieds. La position était fort incommode, et, pour surcroît, les mules,

non habituées à des fardeaux de ce genre, se cabraient et ruaient, à la

grande joie de nos vainqueurs. Ce jeu cruel se prolongea longtemps après

que les mules elles-mêmes en étaient fatiguées, car les sauvages

s'amusaient à les exciter avec le fer de leur lance, et en leur plaçant

des branches de cactus sous la queue. Nous avions presque perdu

connaissance.

Les Indiens se divisèrent alors en deux bandes qui remontèrent la

barranca, chacune d'un côté. Les uns emmenèrent les captives mexicaines

avec les filles et les enfants de la tribu. La troupe la plus nombreuse,

sous les ordres de Dacoma, devenu principal chef par la mort de l'autre,

tué dans le dernier combat, nous prit avec elle. On nous conduisit vers

l'endroit où se trouvait la source, et arrivé au bord de l'eau, on fit

halte pour la nuit. On nous détacha de dessus les mules; on nous garrotta

solidement les uns aux autres, et nous fûmes surveillés, sans

interruption, jusqu'au lendemain matin. Puis on nous _paqueta_ de nouveau

comme la veille, et nous fûmes emmenés à l'ouest, à travers le désert.

Les chasseurs de chevelures · 第 97 / 114 题