Par devant maître Honorat Grapazi, notaire à la résidence de
Pampérigouste,
«A comparu
«Le sieur Gaspard Mitifio, époux de Vivette Cornille, ménager au lieudit
des Cigalières et y demeurant:
«Lequel par ces présentes a vendu et transporté sous les garanties
de droit et de fait, et en franchise de toutes dettes, privilèges et
hypothèques,
«Au sieur Alphonse Daudet, poète, demeurant à Paris, à ce présent et ce
acceptant,
«Un moulin à vent et à farine, sis dans la vallée du Rhône, au plein
coeur de Provence, sur une côte boisée de pins et de chênes verts; étant
ledit moulin abandonné depuis plus de vingt années et hors d'état de
moudre, comme il appert des vignes sauvages, mousses, romarins, et
autres verdures parasites qui lui grimpent jusqu'au bout des ailes;
«Ce nonobstant, tel qu'il est et se comporte, avec sa grande roue
cassée, sa plate-forme où l'herbe pousse dans les briques, déclare le
sieur Daudet trouver ledit moulin à sa convenance et pouvant servir à
ses travaux de poésie, l'accepte à ses risques et périls, et sans aucun
recours contre le vendeur, pour cause de réparations qui pourraient y
être faites.
«Cette vente a lieu en bloc moyennant le prix convenu, que le sieur
Daudet, poète, a mis et déposé sur le bureau en espèces de cours, lequel
prix a été de suite touché et retiré par le sieur Mitifio, le tout à la
vue des notaires et des témoins soussignés, dont quittance sous réserve.
«Acte fait à Pampérigouste, en l'étude Honorat, en présence de Francet
Mamaï, joueur de fifre, et de Louiset dit le Quique, porte-croix des
pénitents blancs;
«Qui ont signé avec les parties et le notaire après lecture...»
LETTRES
DE
MON MOULIN