SUR DIFFÉRENTS PORTRAITS QU'ON A GRAVÉS DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

J'ai dit à la page 380 de ce volume, dans la note sur la page 14,

lignes 10 et 15 de la première partie de ces _Mémoires_, que le

portrait de madame de Sévigné inséré dans les éditions de 1818 et de

1820 était un des moins ressemblants de tous ceux qui ont été gravés.

J'ai acquis depuis la certitude que ce portrait est celui d'une autre

femme, qui n'avait avec la célèbre madame de Sévigné aucune

ressemblance. L'erreur est ancienne: Odieuvre, dans sa collection de

portraits, a donné comme portrait de madame de Sévigné la figure d'une

femme peinte par Ferdinand et gravée par Schmidt; le cadre de cette

peinture avait les armes de Grignan et de Sévigné, et c'est ce qui a

produit l'erreur. C'est ce portrait (dont Petitot a fait une

miniature) qui, gravé par Masquelier, a été inséré dans les éditions

des _Lettres de Sévigné_, de 1818 et de 1820. Le graveur Saint-Aubin,

en le transformant pour le mettre de profil, a encore plus fait

ressortir les dissemblances entre cette figure et celle de madame de

Sévigné, surtout relativement à la longueur du nez. Néanmoins ce

portrait a été reproduit un grand nombre de fois par la gravure, comme

étant celui de madame de Sévigné.

Sur environ quarante portraits gravés de madame de Sévigné, que nous

avons eu occasion d'examiner, il y en a un qui est bien certainement

authentique: c'est celui qui a été réduit et gravé par Édelinck,

d'après une peinture au pastel de Nanteuil, exécutée d'après nature.

Ce portrait, dans la gravure, a environ deux pouces et demi de

hauteur; la tête, un pouce de hauteur. Il a depuis été gravé plus en

grand par Delegorgue, d'après le pastel original de Nanteuil, tiré du

cabinet de M. Traullé. Dans cette gravure ce portrait a trois pouces

et demi de haut; mais les traits sont moins bien modelés que dans

celui d'Édelinck, et l'on s'aperçoit qu'il a été fait sur un original

en partie effacé par le temps. C'est ce portrait qui a été réduit, et

plus ou moins altéré, dans les diverses gravures qu'on a insérées dans

les nombreuses éditions de madame de Sévigné, dans les notices que

l'on a écrites sur cette femme célèbre, et dans les diverses

collections de personnages célèbres. Il a été habilement lithographié

pour la collection de madame Delpech.

Il y a une lithographie exécutée à Rennes, qui est un portrait de

femme âgée, nullement ressemblant à madame de Sévigné. Pourtant au

bas de cette lithographie on lit: _Marie-Rabutin Chantal, marquise de

Sévigné, née en 1549, morte en 1610, dessinée et lithographiée d'après

le portrait original de Mignard, qui existe au château des Rochers

près Vitré_. Serait-ce le portrait de l'aïeule du marquis de Sévigné,

retrouvé à Vitré, qui aurait donné lieu à cet exemple curieux

d'ignorance dans le pays même où madame de Sévigné habita si

longtemps, et où son souvenir vit encore?

* * * * *

Je n'ajouterai que peu de lignes à la note précédente, réimprimée

d'après la première édition de ce volume. Je donnerai seulement le

résultat des recherches que j'ai faites depuis sur les portraits de

madame de Sévigné, me réservant de justifier plus tard mes assertions

par une dissertation spéciale sur ces portraits et sur ceux de

plusieurs femmes célèbres du temps de Louis XIV. Ce sujet a de

l'intérêt, non-seulement pour l'histoire de madame de Sévigné, mais

pour celle des mœurs et des habitudes du siècle où elle a vécu.

Nous avons trois portraits authentiques de madame de Sévigné: celui

qui a été gravé par Édelinck, et ensuite par Delegorgue, lithographié

par Delpech, est le plus certain et le principal. Ce portrait est du

temps de la régence d'Anne d'Autriche, et madame de Sévigné avait

alors trente et un ans. Le portrait gravé et enluminé ou peint à

l'aquarelle, gravé par Gatine et dessiné par Lanté, sous la direction

de M. Lamésangère, d'après un original peint par Mignard, et une

mignature sur vélin, est en pied; il a été fait à la même époque que

le précédent; il est le même pour la tête: c'est le portrait de madame

de Sévigné qui nous donne l'idée la plus fidèle de son port et de sa

physionomie. Je ne parle pas des tableaux originaux d'après lesquels

ces deux portraits ont été gravés; je ne les ai pas vus. C'est sur le

tableau de ce portrait gravé en pied, dans lequel madame de Sévigné

tient une lettre, d'une main et une plume de l'autre, que Ménage a

écrit un sonnet en italien inséré dans la troisième édition de ses

poésies, en 1658, page 16.

Le portrait qui est dans l'édition des _Lettres de Sévigné_ de 1734

diffère des deux précédents; il appartient à un âge différent, lorsque

madame de Sévigné avait environ quarante à quarante-cinq ans; il

provient d'un tableau qu'avait Bussy-Rabutin, et que son fils l'évêque

de Luçon a communiqué au chevalier Perrin, ami de madame de Simiane et

éditeur des _Lettres de Madame de Sévigné_.

Le prétendu portrait de madame de Sévigné qui est dans la galerie de

Versailles, et qui a été gravé, est la copie d'un tableau de la

galerie du château d'Eu. Ce portrait est celui de la belle-fille de

madame de Sévigné: c'est celui de Jeanne-Marguerite de Brehant de

Mauron, marquise de Sévigné, et non pas celui de Marie de

Rabutin-Chantal. Le portrait gravé par Masquelier, d'après une

mignature de Petitot, et inséré dans l'édition des lettres de madame

de Sévigné par M. Monmerqué, est aussi le portrait de sa belle-fille,

et non le sien. Quant aux portraits gravés de madame de Grignan, il

n'y a lieu à aucune rectification; ils sont tous dérivés de copies

plus ou moins bien faites primitivement, d'après un seul et même

original peint par Mignard.

Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (2/6) · 第 110 / 146 题