Page 464, ligne 1re: Scarron se maria.
L'époque du mariage de Scarron avec Françoise d'Aubigné (depuis madame
de Maintenon) se trouve exactement déterminée par la gazette de Loret;
cependant presque tous les auteurs qui ont écrit sur elle ou sur
Scarron l'ont ignorée, ou, ce qui est pire, lui ont assigné une fausse
date. M. Monmerqué, si curieux et si exact dans ses recherches, ne
donne point la date de ce mariage dans l'article _Maintenon_, dont il
a enrichi la _Biographie Universelle_. Madame Suard et Dreux du Radier
placent ce mariage en 1650, deux ans avant sa véritable date. Madame
Guizot le met en 1651, probablement sur l'autorité de La Beaumelle,
qui même va jusqu'à désigner en marge le mois d'avril; mais la date de
l'année comme celle du mois sont également fausses. Segrais, par ses
contradictions, est la première cause de ces erreurs; dans une page de
ses _Souvenirs_, il dit que Scarron se maria en 1650 (voyez page 100),
et dans une autre, p. 105, en 1651. Les auteurs subséquents ont pris à
peu près au hasard l'une ou l'antre date, sans se douter qu'ils ne
choisissaient qu'entre deux erreurs. Cependant, longtemps avant moi,
les frères Parfaict, dans leur _Histoire du Théâtre français_,
avaient, d'après la gazette de Loret, donné la véritable date. M.
Fabien Pillet, dans l'article _Scarron_, de la _Biographie
Universelle_, a bien dit que ce mariage eut lieu en 1652, mais sans
aucune discussion, et sans détermination plus précise. C'est dans sa
lettre 52, du 31 décembre 1651 (liv. II, p. 179), que Loret parle du
projet de Scarron de se transporter en Amérique avec la sœur Céleste
(mademoiselle de Palaiseau), quand le printemps sera venu; nulle
mention alors que Scarron eût pris femme: c'est dans la lettre 22 du 9
Juin 1652 (liv. III, p. 77) que Loret parle du mariage récent de
Scarron, et de son procès avec sa belle-mère.
Monsieur Scarron, esprit insigne...,
Avait un procès d'importance,
Lequel il a perdu tout net.
. . . . . . . . . . . . . . .
Car enfin ledit personnage
Ayant contracté mariage
Avec une épouse ou moitié,
Qu'il a prise par amitié,
Il était chargé, ce me semble,
De deux pesants fardeaux ensemble.
C'est à l'imitation de Scarron que Loret écrivait sa gazette en style
burlesque. Il le regardait comme son maître et son modèle dans ce
genre d'écrire. Il professait pour lui la plus grande admiration. Il
donne place dans sa gazette aux plus petites choses qui le concernent.
Si donc ce mariage avait été antérieur de plus de quinze jours à cette
feuille du 9 juin, Loret n'aurait pas manqué d'en faire mention dans
les gazettes antérieures; il n'en dit rien: donc c'est entre la
gazette qui a précédé celle-ci et le 9 juin que ce mariage a eu lieu.
Page 463, note 2: _Lettre_ à mademoiselle d'Aubigné.
Cette curieuse lettre de Scarron est certainement adressée à
mademoiselle d'Aubigné, quoique son nom ne soit pas dans les éditions.
Les correspondances de Scarron, de madame de Maintenon, et de Bussy,
ont été imprimées avec une négligence qui les rend souvent
inintelligibles même aux plus instruits.
Page 464, lignes 7 et 8: Agée de seize ans et demi.
Madame de Maintenon était née le 28 novembre 1635; elle avait donc
seize ans et demi lors de son mariage; son frère était plus jeune.
Page 465, lignes 6 et 7: Contemplez cet enfant qui se joue sur le
rivage de Sicile.
Des recherches récentes, dues à un savant Italien, sur l'origine de la
famille de Mazarin, ont constaté ces faits. Ils m'ont été communiqués
par M. Artaud de Montor, qui a résidé longtemps en Italie, auquel nous
devons la meilleure traduction et la meilleure vie du Dante, et tant
d'excellents ouvrages qui concernent l'Italie. Saint-Simon, si curieux
et si savant sur tout ce qui se rapporte aux recherches généalogiques,
avait en quelque sorte deviné la naissance infime de Mazarin; car dans
ses _Mémoires_, après avoir parlé des nièces du cardinal, il dit: «Si
les pères de ces nièces n'étaient rien, leurs mères, sœurs du
cardinal Mazarin, étaient, s'il se peut, encore moins. Jamais on n'a
pu remonter plus haut que le père de cette fameuse éminence, ni savoir
où elle est née, ni quoi que ce soit de sa première jeunesse. On sait
seulement qu'ils étaient de Sicile; on les a crus des manants de la
vallée de Mazare, qui avaient pris le nom de Mazarin, comme on voit à
Paris des gens qui se font appeler Champagne, Bourguignon. La mère du
cardinal était Buffalini. Son père mourut obscur à Rome, en 1654, âgé
de soixante-dix-huit ans. Cela n'y fit pas le moindre bruit. Les
nouvelles publiques de Rome eurent la malice d'y insérer ces mots:
«Les lettres de Paris nous apprennent que le seigneur Pietro Mazarini,
père du cardinal de ce nom, est mort en cette ville de Rome, etc.» (T.
XI, p. 190.) Loménie de Brienne, qui écrivait du vivant même de
Mazarin, et lorsqu'il était tout-puissant, ne savait rien non plus sur
son origine; il dit, t. II, p. 10: «Que le cardinal fût de Rome ou de
Mazara, qu'il fût né gentil-homme ou non, je laisse ces difficultés à
débrouiller aux généalogistes.»
Page 466, ligne 24: Au dur despotisme d'une parente avare.
Cette parente était la comtesse de Neuillant, mère de madame la
duchesse de Navailles.
Page 466, lignes 26 et 27: On la croyait née en Amérique.
Saint-Simon le croyait encore, et ignorait de qui elle était
descendue. La justice vient tard pour les personnages qui ont exercé
un grand pouvoir; tout ce que dit Saint-Simon sur madame de Maintenon
est l'expression de la haine et le résultat de la plus injuste
partialité. Il en est de même de ce qu'a dit MADAME (mère du duc
d'Orléans, régent) dans sa correspondance. Il en est de même de
presque tous ceux qui ont écrit sur cette femme célèbre dans le temps
de sa faveur. Pendant tout le dix-huitième siècle les philosophes, à
cause de sa dévotion, lui ont attribué sur les affaires une influence
qu'elle n'avait pas, afin de pouvoir rejeter sur elle les malheurs
publics et les désastres des dernières années du règne de Louis XIV.
Ce n'est que de nos jours que l'on a commencé à la juger
impartialement.
Page 467, lignes 17 et 18: Loret, en devisant sur ce prétendu
voyage dans sa bavarde gazette.
Dans la lettre 25, en date du 5 octobre 1652, liv. III, p. 139, Loret
dit:
Monsieur Scarron, auteur burlesque,
Fort aimé du comte de Fiesque,
Est parti de cette cité
Ayant sa femme à son côté,
Ou du moins en étant bien proche,
Lui dans une chaise, elle en coche,
Pour devers la ville de Tours
Aller attendre quelques jours
L'embarquement pour l'Amérique,
Où sa personne poétique
Espère trouver guérison.
Puis, dans la lettre 45, en date du 9 novembre 1652, liv. III, p. 154,
c'est-à-dire un mois après la lettre précédente:
J'avais dit, en juin ou juillet,
Que cet esprit rare et follet,
Admiré de tout galant homme,
Qui le petit Scarron se nomme,
Avait choisi par amitié
Une jeune et belle moitié.
J'ai dit, en une autre semaine,
Que vers les champs de la Touraine
Icelui s'était transporté
Ayant sa femme à son côté,
Avec intention formée
(Ce disait lors la Renommée)
D'attendre, sans y manquer,
La saison propre à s'embarquer,
Pour voguer en terre lointaine,
Que l'on appelle américaine,
En laquelle il prétend, dit-on,
Devoir rehausser son menton.
Or, j'ai maintenant à vous dire
Que cet auteur à faire rire,
Nonobstant son corps maladif,
Est devenu génératif;
Car un sien ami tient sans feinte
Que sadite épouse est enceinte
De trois ou quatre mois et plus.
Et puis dites qu'il est perclus!
Madame de Maintenon écrivait, dans une de ses lettres à son frère:
«Vous savez que je n'ai jamais été mariée.»
Page 468, lignes 15 et 16: C'est elle-même qui a fait l'aveu de ce
dernier motif comme d'une faiblesse...
Dans le passage cité de La Beaumelle, elle dit: «J'en suis punie
aujourd'hui par l'excès de faveur; comme si Dieu m'eût dit, dans sa
colère: Tu veux de la gloire et des louanges: eh bien! tu en auras
jusqu'à en être rassasiée.»
Pages 468 et 469, lignes dernière et première: Les doutes qu'on a
élevés sur madame Scarron au sujet du marquis de Villarceaux.
Tallemant des Réaux, après avoir rapporté un voyage que madame Scarron
fit au château de Villarceaux avec Ninon, et l'amour que Villarceaux
avait pour madame Scarron, et les efforts qu'il fit pour la séduire,
termine ainsi: «On croit cependant qu'elle n'a pas franchi le pas.»
Scarron à l'endroit cité marque le commencement de sa liaison avec
Villarceaux, et ajoute: «Je vous en dirai demain davantage chez
mademoiselle de Lenclos, où je me ferai porter à l'heure du dîner.»
Page 469, ligne 21.
La pièce de Scarron intitulée _Étrenne à mademoiselle de Lenclos_ est,
suivant moi, du temps de la jeunesse de Scarron et de Ninon. Voici le
passage de Saint-Simon sur la liaison de madame de Maintenon avec
Ninon: «Elle (Ninon de Lenclos) avait été amie intime de madame de
Maintenon tout le temps que celle-ci demeura à Paris. Madame de
Maintenon n'aimait pas qu'on lui parlât d'elle, mais elle n'osait la
désavouer. Elle lui a écrit de temps en temps jusqu'à sa mort avec
amitié. Lenclos (car Ninon avait pris ce nom depuis qu'elle eut quitté
le métier de sa jeunesse longtemps poussée) n'y était pas si réservée
avec ses amis intimes; et quand il lui est arrivé de s'intéresser
fortement pour quelqu'un ou quelque chose, ce qu'elle savait rendre
rare et bien ménager, elle en écrivait à madame de Maintenon, qui la
servait efficacement et avec promptitude; mais depuis sa grandeur
elles ne se sont vues que deux ou trois fois, et bien en secret.»
Page 472, ligne 14: Il propose des plans d'entreprise.
Il s'agissait de créer des offices de _déchargeurs_ pour les
marchandises, auxquels une compagnie aurait avancé des fonds pour
payer les droits, et faire rendre et décharger les marchandises dans
les magasins, aux frais, risques et périls des déchargeurs.
Page 473, ligne 7: Sa femme obtint une pension.
La Beaumelle place en 1653 la pension de seize cents livres que madame
de Maintenon obtint par l'entremise de madame Fouquet.
Page 473, lignes 17 et 18: Qui chantaient les louanges de la belle
Indienne.
Voici quelques vers de la pièce de La Mesnardière, intitulée _la Belle
Indienne_, à la jeune, belle et spirituelle madame Scarron:
_Galanterie._
Quant à moi, je me persuade
Que ce rare et plaisant malade,
Votre fameux et cher époux,
Se passera fort bien de vous.
. . . . . . . . . . . . . . . . .
Et pour lui faire voir, ma belle,
Combien votre approche est mortelle,
Je connais des gens à la cour
Qui, pour avoir vu certain jour
Seulement votre gorge nue,
En ont la fièvre continue.
Quel devrait être leur tourment,
S'ils vous voyaient à tout moment!
Ceci prouve, au reste, qu'alors la mode pour les femmes était de se
découvrir le sein lorsqu'elles étaient habillées; mais ce n'est pas
sur ce ton que la Mesnardière louait les appas de la marquise de
Rambouillet, ou de sa fille, la duchesse de Montausier. Segrais
rapporte que Scarron avait un valet fort simple et fort benêt, auquel
les jeunes seigneurs qui venaient chez lui s'amusaient à demander si
son maître ne ferait pas bien un enfant à sa femme, parce qu'il
répondait toujours: «Oui-da, monsieur, s'il plaît à Dieu.»
Page 473, ligne 23: Qu'avant l'invention des sonnettes de renvoi.
Saint-Simon dit aussi de l'abbé de Fleury, dans ses _Mémoires_, qu'il
s'était rendu agréable dans plusieurs maisons, et qu'il suppléait aux
sonnettes avant leur invention.
Page 474, ligne 16: Nos recherches n'ont pu nous faire découvrir.
J'ai cherché en vain l'époque de l'invention des sonnettes de renvoi
dans les ouvrages qui décrivent l'art de la serrurerie, dans le grand
Dictionnaire des Inventions. Elle n'est pas ancienne; et en parcourant
les gazettes publiques du commencement de la régence, on doit pouvoir
la déterminer facilement. Ceci m'a donné occasion de remarquer
plusieurs passages de Saint-Simon qui nous indiquent les époques
auxquelles il a écrit les différents volumes de ses _Mémoires_. Né en
janvier 1675, déjà en 1699, à l'âge de vingt-quatre ans, il les avait
commencés, puisque alors il consultait l'abbé de Rancé pour savoir si
en sûreté de conscience il pouvait se permettre de les continuer. Ce
qui concerne l'année 1714 a été écrit ou retouché postérieurement à
l'année 1732 (voy. t. XI, p. 371), puisque Saint-Simon cite dans cet
endroit ce que Du Halde lui a dit en 1732. L'année 1715 a été écrite
en septembre 1745 (voyez t. XII, p. 248); une autre portion de ces
_mémoires_, en 1746, c'est-à-dire plus de trente ans après
l'événement. Le discours préliminaire, ou l'introduction, est daté de
juillet 1743; c'est dans cette année ou dans l'année précédente qu'a
été écrit le XVIIIe volume, qui concerne les années 1719 et 1721.
Page 474, deux dernières lignes: Qu'elle fit pleuvoir sur ses
anciennes protectrices.
On trouve dans les lettres de Scarron quelques détails curieux sur les
rapports de madame Scarron avec les grandes dames ses protectrices,
dont quelques-unes ont été depuis protégées par elle. Scarron, t. I,
p. 92, écrit au maréchal d'Albret: «Madame Scarron a été à
Saint-Mandé. Elle est fort satisfaite de la civilité de madame la
surintendante (madame Fouquet); et je la trouve si férue de ses
attraits, que j'ai peur qu'il ne s'y mêle quelque chose d'impur. Mais
comme elle ne va que quand ses amis la mènent, faute de carrosse, elle
ne peut lui faire sa cour aussi souvent qu'elle le souhaite.»--Il dit
encore au maréchal d'Albret: «Votre carrosse rendait ma petite porte
vénérable à tous les habitants de la rue Saint-Louis.»--Dans sa lettre
au duc d'Elbœuf, il se plaint que madame de Montchevreuil lui a
enlevé madame Scarron.