-- Tu n'en sais rien! Tu connais le monde et les hommes encore
moins que moi.
-- Mais je les devine mieux que vous. Je sens dans M. Costejoux un
grand coeur et un grand esprit. Tous ceux qui me parlent de lui me
confirment dans mon idée.
-- Il passe pour un homme supérieur, je le sais. Si j'étais sûre
qu'il le fût réellement!... mais non, cela ne m'absoudrait pas; je
ne dois pas épouser l'ennemi de ma race. Promets-moi de me donner
asile, et, le lendemain de ton mariage avec mon frère, je me
sauverai d'ici pour aller chez vous.
-- Je n'ai rien à vous promettre, moi. Émilien, s'il est mon mari,
sera mon maître et je serai contente de lui obéir. Vous savez bien
qu 'il sera heureux de vous avoir avec lui. Soyez donc tranquille
de ce côté-là, et, à présent que vous êtes sûre d'être libre dans
l'avenir, songez au présent sans prévention. Voyez comme vous êtes
aimée, gâtée, et comme vous seriez heureuse si vous aviez l'esprit
de l'être.
-- Tu as peut-être raison, répondit-elle. Je réfléchirai encore,
Nanon, mais donne-moi ta parole de ne pas dire à Costejoux que je
l'aime.
-- Je vous la donne, mais rendez-la-moi tout de suite. Laissez-moi
lui donner ce bonheur qu'il mérite si bien, et qui lui fera avoir
encore plus d'éloquence pour vous persuader.
-- Non, non! je_ _ne veux pas! Il est déjà assez fat avec moi. Dis-
lui que je t'ai laissée dans l'incertitude, puisqu'au fond, c'est
la vérité.
Il fallut me contenter de cette conclusion qui n'en était pas une.