SOMMAIRE.

Histoire de la Semaine. _Dîner des Exposants dans la salle de

l'Orangerie du Louvre_.--Souvenirs de Londres. _Chez Dickens et chez

Samuel Rogers_. Par O. N. _Portrait de Samuel Rogers et de Thomas

Campbell_.--Théâtres. Opéra-Comique. _Une scène des quatre Fils

Aymon_.--Le Maroc. Reprise des hostilités. _Départ de la flotte de

Toulon; Soldats marocains_, par E. Delacroix; _Carte des frontières de

l'Algérie et du Maroc_.--Courrier de Paris.--Hôtel et Collection

Delessert. _Seize Gravures_.--Rapport de M. Thiers sur l'instruction

secondaire Les Forçats. (Troisième et dernier article.) _Six

Gravures_.--Bulletin bibliographique.--Éclairage au

gaz.--Correspondance.--Caricatures militaires.--Rébus.

Histoire de la Semaine.

Les exposants auxquels leurs travaux permettent d'espérer des

récompenses, sont retenus à Paris jusqu'à la fin du mois, époque à

laquelle les noms des élus seront publiés et les médailles et

décorations distribuées par le roi. En attentant, ces honorables

industriels, pour charmer leur attente, ont songé à recourir aux

banquets. Chaque industrie se proposait d'abord d'en offrir un à M. le

ministre du commerce, et déjà cette série de solennités mangeantes avait

commencé à s'ouvrir, quand l'estomac de M. Conin-Gridaine a demandé

grâce, et force a été de substituer à un banquet par jour un seul et

grand jour de banquet. C'est dans la vaste salle de l'orangerie aux

Tuileries que les tables ont été dressées. D'innombrables convives et

beaucoup d'orateurs y ont pris place. Que les mets aient été trouvés

froids, les discours ce qu'ils sont toujours, le coup d'oeil était du

moins fort beau: c'est lui que l'_Illustration_ servira à ses abonnés.

MM. les ducs de Nemours et de Montpellier avaient été invités et

s'étaient fait un devoir de se rendre à cette réunion, que les

décorations de la salle rendaient splendide. Les ministres de

l'intérieur et du commerce, les préfets de la Seine et de police, les

président et membres du jury central s'y trouvaient également. Deux

orchestres, placés à chaque extrémité de l'immense salle, ont exécuté

des symphonies pendant toute la durée du festin.

Les députés aussi se séparent, mais ils n'offrent pas, eux, de dîners

aux ministres. Ils les ont même assez mal récompensés jusqu'à la fin de

la session de ceux qu'ils ont reçus. Bien que votés en poste, le budget

des dépenses et celui des recettes ont été l'occasion d'échecs nouveaux

pour le cabinet. Nous avons déjà fait connaître le vote des dépenses de

sept départements ministériels: les budgets des travaux publics et des

finances ont été également adoptés. Mais M. Dumon n'a pu empêcher la

Chambre de prendre, pour le canal de la Marne au Rhin et pour le canal

latéral de la Garonne, une détermination qui semble annoncer que l'année

prochaine elle prononcera l'abandon de la partie du premier de ces

canaux comprise entre Nancy et Strasbourg. Dès cette année, elle a

décidé que les travaux du canal latéral de la Garonne s'arrêteraient à

Agen. Cette discussion a fourni des preuves nouvelles de l'increvable

inexactitude des devis des ponts et chaussées, et de l'imprévoyance avec

laquelle cette administration fait ébaucher les travaux sur tous les

points, ne les achève nulle part, et arrive ainsi à la complète

absorption de l'insuffisant crédit qu'elle a primitivement déclaré lui

être nécessaire sans qu'un kilomètre de canal soit en état d'être livré

à la circulation. Dans l'espèce particulière, ce qui devait détourner

encore la Chambre d'accorder à M. Dumon les millions qu'il demandait

pour mener ces canaux à fin dans tout le parcours projeté, c'est que des

lignes de fer parallèles ont été votées, et que si l'on peut se décider,

pour satisfaire aux besoins de rapides communications, à établir une

voie de fer près d'un canal, on se montrerait prodigue et insensé en

venant établir un canal près d'une voie de fer.--Le budget des dépenses

du ministère des finances donne toujours lieu à plus d'observations sans

conclusions formulées en vote que de propositions d'amendements. Des

observations de ce genre ont été présentées par M. Ledru-Rollin sur le

retard apporté chaque année à la publication du rôle des patentes,

retard qui pourrait favoriser des fraudes électorales, en ne laissant

plus le temps de protester contre elles et de les faire redresser; par

M. Glais-Bizoin, contre des abus très-graves signalés dans

l'administration des postes. M. Lacave-Laplagne a fait à ces critiques

sérieuses des réponses qui nous ont paru l'être moins. Mais ce qui a été

incontestablement plus gai, c'est la réponse faite par M. Martin (du

Nord) à une nouvelle réclamation de MM. Lespinasse et Larabit pour

l'arriéré dû aux anciens membres de la Légion d'honneur. M. le garde des

sceaux a établi que dès l'année prochaine l'ordre aurait un excédant de

revenu, qu'il pouvait donc se passer de toute subvention, que cet

excédant progressif appartenait de plein droit aux anciens légionnaires,

jusqu'à ce que leur arriéré fût soldé; qu'ainsi, dans dix ou douze ans,

l'arriéré pourra être comblé. Cela est de toute vérité: mais il se

trouvera comblé, non pas parce que les ayants droit auront touché ce qui

leur est dû, mais parce que ces braves décorés par l'empereur seront

tous morts.

[Illustration: Dîner des Exposants dans la salle de l'Orangerie du

Louvre.]

La discussion du budget des recettes a pesé tout entière sur M.

Lacave-Laplagne. Un incident grave s'y est présenté. On se rappelle que

les membres de la commission de l'instruction secondaire avaient proposé

à l'unanimité, par amendement au budget des recettes, une disposition

prononçant l'abolition de l'impôt connu sous le nom de rétribution

universitaire, contre lequel réclamaient depuis longtemps la plupart des

conseils généraux et par-dessus tout l'opinion publique, à laquelle

répugnait cette taxe immorale imposée au développement de

l'intelligence. En l'absence du rapporteur de la commission, M. Thiers,

un de ses collègues, M. de Salvandy, a développé l'amendement convenu.

Le ministère, bien inspiré, y eût adhéré; mais celui-ci, tout en

redoutant le combat, va souvent au devant de la défaite. M. le ministre

de l'instruction publique auquel la commission n'avait pas pu, dans ses

conférences avec lui, arracher une explication qui lui permit de savoir

s'il était pour ou contre le projet qu'il avait rapporté du Luxembourg

au palais Bourbon; M. le ministre de l'instruction publique est demeuré

muet. C'est un parti qu'il n'avait pas eu toujours la sagesse de prendre

dans la discussion de la Chambre des pairs, et qu'il a bien fait

d'adopter, au lieu de venir plaider pour un état de choses dont le

maintien est la ruine des collèges communaux, soumis à cette taxe, au

profit des écoles ecclésiastiques, qui en sont exemples. Mais M.

Lacave-Laplagne, en affectant de dire que c'était comme ministre des

finances, comme plus spécialement chargé d'aligner les deux budgets et

sans avoir discuté avec ses collègues la question particulière, est venu

demander à la Chambre de repousser une proposition qu'il regardait, lui,

comme mauvaise, et dont l'examen, au dire du rapporteur du budget des

recettes, M de Voitry, viendrait tout naturellement après le vote de la

loi sur l'instruction secondaire. La Chambre n'en a tenu compte, et, dès

le 1er janvier prochain, cet impôt populaire cessera de peser sur nos

établissements d'éducation, ou plutôt sur les pères de famille qui

veulent confier leurs enfants à des laïques.--M. le ministre des

finances, par des objections peu adroites et des considérations qui

ressemblaient à de la résistance, a donné aussi l'aspect d'un échec pour

lui au vote par lequel la Chambre, sur la proposition de M.

Garnier-Pages, sans obliger le ministre à choisir tel mode d'emprunt

plutôt que tel autre, a ajouté à la faculté que la loi lui donne de

procéder par voie d'adjudication publique la latitude de recourir, si

bon lui semble, au mode d'emprunt par souscription. M. Lacave-Laplagne

devait comprendre, alors même qu'à ses yeux la négociation de l'emprunt

avec des banquiers serait le meilleur mode, que son action devenait plus

libre et plus forte, qu'il cessait d'être à la discrétion des

spéculateurs, dès l'instant où on lui fournissait les moyens de leur

mettre le marché à la main, et de les menacer de conclure l'emprunt sans

intermédiaire Le ministre s'est efforcé de faire envisager cette faculté

comme plein d'inconvénients Était-ce pour rassurer les banquiers ou pour

convaincra la Chambre? Nous ne, savons. Mais il a exprimé la crainte

qu'en y recourant on se trouvât avoir des souscriptions pour une somme

double et triple, objection qui a été facilement résolue à Bruxelles il

y a deux mois, et à Paris en 1818, par la réduction proportionnelle des

souscriptions. Aujourd'hui, au contraire, à l'occasion d'un fait qui

s'est produit en Hollande, un journal du ministère exprime la crainte

que les souscriptions ne fussent insuffisantes. Quand la crainte serait

fondée, ce qu'il est déraisonnable de prétendre, ce pourrait être un

motif pour ne pas user de la voie de la souscription, mais ce n'en est

pas un pour déclarer tout haut aux banquiers que, hors leur

intervention, il n'est pas de salut pour le crédit national. Tout ce qui

se passe porte bien des gens à penser que l'agiotage est trop bien

servi, nous ne dirons pas par la complaisance, mais au moins par la

négligence des gardiens du Trésor. Il y a peu de mois, le 3 pour 100, le

fonds des emprunts, était à 86. On s'est bien donné de garde de profiter

de ce moment pour émettre les rentes dont l'aliénation a été votée.

Aujourd'hui, la spéculation l'a fait descendre entre 81 et 82. Quand il

aura baissé encore un peu, on adjugera la seconde portion de l'emprunt,

et, cela fait, la rente remontera à 86 et le tour sera joué. En vérité,

on abuse de l'innocence de M. le ministre.

Les deux derniers tiers de cet emprunt voté, ensemble de 300 millions,

et toutes les réserves de l'amortissement devront faire face à tous les

travaux extraordinaires, et amener la complète libération de l'État en

1853. C'est l'avenir engagé pour neuf années, à la condition encore que

les événements et l'imprévu ne nous coûteront rien. Si la balance des

budgets extraordinaires est dune fort hypothétique, le budget ordinaire

de 1845 ne l'est pas moins. Les dépenses ont été fixées à 1 milliard 272

millions 515,991 francs; les recettes à 1 milliard 268 millions 490,761

francs. Le déficit est donc déjà de 4 millions 25,280 francs. Sans doute

l'accroissement annuel des produits couvrirait largement cette

différence; mais le chapitre des crédits complémentaires,

supplémentaires et extraordinaires viendra la rendre bien autrement

considérable.

La Chambre des députés, en ayant bien le soin de constater que toutes

questions étaient réservées, a cru, pour n'assumer la responsabilité

d'aucun retard, devoir sanctionner le vote de la Chambre des pairs sur

le chemin de Lyon.--Elle a approuvé le projet du chemin de fer de Paris

à Sceaux, qui devra être construit, d'ici à deux ans, dans le système

Arnoux.--Elle a autorisé également l'ouverture d'un crédit de 1,800,000

francs pour l'essai, par l'État, du système atmosphérique.--Elle a voté

enfin la proposition de MM. Vivien et Berville, ayant pour but de

réparer une distraction de la loi, et de porter la durée de la

jouissance des héritiers des auteurs dramatiques et des compositeurs au

terme concédé aux héritiers de tous les autres auteurs.--Enfin, pour

compléter le résumé des travaux et des discussions de la Chambre du

palais Bourbon, nous devons mentionner les interpellations qui ont été

adressées à M. le garde des sceaux à l'occasion de visites domiciliaires

que nous avons déjà annoncées, et qui ont été pratiquées chez MM. de

Montmorency et d'Escars, en dehors de toutes les formalités et de toutes

les garanties voulues par la loi. Par suite de cette négligence des

prescriptions légales, des actes regrettables ont été commis, le secret

de dispositions testamentaires a été violé. Dans cette même affaire, des

hommes, qu'on a été obligé depuis de mettre en liberté sous caution, ont

été conduits comme des malfaiteurs, attachés à une chaîne, entre des

gendarmes. Si M. Martin (du Nord) ne sait pas faire observer la loi par

ses agents, s'il ne sait pas leur inspirer des sentiments d'humanité et

de convenance, on doit reconnaître qu'il fait preuve d'habileté pour les

justifier. Si on a enchaîné ces personnes soupçonnées de complot, c'est,

a-t-il dit, parce qu'une fois un individu qui était dans la même

situation, et à l'égard duquel cette précaution n'avait pas été prise, a

échappé aux gendarmes. Il n'y a absolument rien à répondre à cela, sinon

que la mesure pourrait encore être insuffisante, et qu'il n'y a que les

morts qui ne... se sauvent pas.--On a distribué le rapport de M.

Chegaray sur la proposition de réforme postale de M. de Saint-Priest, et

celui de M. Achille Fould sur la proposition de M. Chapuys-Montlaville

relative au timbre des feuilles périodiques. Nous reviendrons, dans

notre prochain bulletin, sur les conclusions de ces commissions.

La Chambre des pairs poursuit l'adoption pure et simple des lois votées

par l'autre Chambre. Le chemin du Centre a semblé courir quelques

dangers: la partie de Vierzon à Limoges n'aurait pas été exécutée aux

frais de l'État si l'opinion de MM. Persil et Thénard, qui était aussi

celle de la commission, eût prévalu; mais la majorité a préféré une

décision immédiate, alors même qu'elle n'y trouvait pas, peut-être, une

satisfaction complète, à un ajournement dont les inconvénients lui

paraissaient plus graves encore, sinon pour les intérêts réels des

populations, du moins pour sa responsabilité propre.--Pour le chemin de

Rennes, M. le marquis d'Audiffret demandait aussi, comme rapporteur,

l'ajournement de son exécution, ajournement qui laisserait le temps aux

compagnies de la rive droite et de la rive gauche de s'entendre, et que

commandait d'ailleurs la prudence financière, en présence de nos

engagements et de nos charges d'avenir. Ces conclusions ont été

également repoussées.

Une discussion importante s'est engagée dans la Chambre des communes,

entre sir Robert Peel et lord Palmerston, sur la répression de la traite

et sur le droit de visite. Il en est résulté que le gouvernement anglais

se propose, de concert avec la France et les États-Unis, de bloquer la

côte d'Afrique, et d'arrêter ainsi les négriers au départ. Mais, en même

temps, sir Robert Peel a formellement déclaré qu'il ne renonçait pas au

système de croisières établi aujourd'hui sur les principaux points de

l'Amérique, et il n'a pas laissé entrevoir la moindre intention

d'abandonner en quoi que ce soit le droit de visite réciproque. Ce droit

continuera ainsi de s'exercer dans les zones déterminées par les traités

de 1831 et de 1833. Il a même pris soin d'annoncer que le gouvernement

anglais saurait, exiger des autres gouvernements, forts ou faibles,

l'accomplissement de leurs engagements moraux et positifs, c'est-à-dire

l'exécution des traités existants. Ces déclarations ne donnent pas à

penser que les prétendues négociations dont a parlé plusieurs fois, M.

Guizot, en déclarant ne pouvoir dire où elles en étaient, soient bien

avancées, si tant est qu'elles soient.--Des croiseurs assez rares dans

le port de Sterno way l'ont visité le 1er juillet. Des baleines,

qu'avaient sans doute attirées des bancs de harengs, y sont entrées. On

les a amenées dans la baie, et, cela fait, une effroyable boucherie a

commencé. Tous les hommes des bateaux pécheurs étaient accourus et

frappaient sans relâche, les uns avec des lances, les autres avec des

épées et des haches. La baie ne présentait plus qu'une mer de sang et

d'écume. Les baleines ont été vendues immédiatement pour 483 livres

sterling (1,200 fr. environ).

La session des Chambres belges est terminée. Le 18, le sénat, qui venait

de voter plusieurs projets de loi au commencement de sa séance, a

entendu à la fin la lecture d'une ordonnance de clôture datée, par le

roi, de Paris, le 17 juillet, et déclarant la session close. La

locomotion est une douce chose pour les rois comme pour les sujets, mais

le régime constitutionnel, comme le théâtre classique, exigerait

quelquefois l'unité du lieu. Autrement on risque fort de faire des lois

qui peuvent ne pas paraître obligatoires à tous.

L'Espagne se trouve lancée de nouveau dans la voie des cruautés les plus

horribles, des réactions les plus injustifiables. On suppose que Narvaez

les a ordonnées pour faire naître une fermentation qui servirait de

prétexte à la prolongation de sa dictature militaire. En avril 1838, le

général Esteller, capitaine général de l'Aragon, fut tué pour avoir

risqué, par sa négligence, de livrer Saragosse au général carliste

Cabanero. Sans doute cette justice, que le peuple avait prétendu se

faire, était fort condamnable, et si on en eût poursuivi immédiatement

les auteurs, on eût trouvé naturelle la punition qui leur aurait été

infligée. Mais, à sept ans de là, quand des révolutions successives ont

passé pardessus ces faits, Narvaez fait poursuivre trois de leurs

auteurs supposés, les fait condamner à mort; et, quand la commutation de

la peine est demandée à cette enfant qu'il conduit, il fait répondre par

Isabelle que la famille d'Esteller ne le veut pas. En conséquence, les

miliciens Leguna, Riveiro et Zurdu ont été fusillés.

Madrid a été également agité par le déploiement de la force armée, les

visites domiciliaires et les bruits de découvertes de complots. Le but

de tout cela est de dominer les élections prochaines par la terreur.

Nous avons besoin de croire que toute cette conduite est bien en

opposition avec les conseils que la reine Christine et Narvaez avaient

reçus en quittant Paris.

Les plus récentes nouvelles de Lisbonne annoncent que le duc de Pamella

va être chargé de la composition d'un nouveau cabinet. Deux faits sont

certains: le gouvernement continue contre la presse ses poursuites

acharnées; les finances sont dans un tel état que le mot banqueroute est

tout haut prononcé.

Au Brésil, à la date du 9 juin, les Chambres avaient été dissoutes et le

ministère complété par la nomination de M Holanda Cavalcanti aux

fonctions de ministre de la marine, et de M. Ramiro aux fonctions de

ministre de la justice. Le ministère a adopté cette mesure parce qu'il

se trouvait en minorité. Les Chambres se réuniront de nouveau en 1845.

L'ordre se consolide peu en Grèce. Les élections, si elles ne laissent

pas le ministère en minorité, ne lui donneront qu'une majorité incapable

de le faire vivre longtemps. Le chef du cabinet, Maurocordato, a échoué

dans sa candidature à Missolonghi, qui l'avait précédemment élu à

l'unanimité. Il a dû se faire élire par l'Université d'Athènes, qui a le

droit de nommer un représentant. Pour un premier ministre, c'est entrer

à la Chambre par la petite porte. La question est maintenant de savoir

si l'on pourra amener un rapprochement entre Maurocordato et Coletti. M.

Piscatery y travaille, pendant qu'une belle fugitive de la société

parisienne, madame la duchesse de Plaisance, dépense, disent les

correspondances, beaucoup d'argent pour faire nommer des membres de

l'opposition.

A Prague, les démonstrations hostiles des ouvriers contre les machines

nouvelles avaient continué. Cette population était même sortie, et,

suivant le cours de la Neiss, avait fait une tournée de fabrique en

fabrique, respectant tous les mécanismes montés sur l'ancien système et

brisant les nouvelles machines. Mais à Reichenberg, la garde bourgeoise,

appelée au secours de la propriété industrielle, a soutenu contre les

ouvriers une lutte de nature à les déterminer à la retraite De retour,

aux approches de Prague, cette troupe, grossie des ouvriers du chemin de

fer, a trouvé toutes les portes fermées et gardées par les troupes.

Quelques pierres lancées ont été le prélude de l'attaque, qui bientôt

est devenue assez vive pour que l'officier qui commandait la troupe se

crut obligé de faire feu. Plusieurs des ouvriers ont été blessés plus ou

moins grièvement. Par un hasard des plus déplorables, une balle ayant

pénétré par la fenêtre d'une maison, est allée tuer un enfant de quatre

ans, dont le père, marchand à Prague, se trouvait à table Un cocher a

été également atteint d'un coup de feu sur son siège. Il est mort le

lendemain. Le peuple, exaspéré, prit alors l'offensive, et le

détachement, attaqué à la fois de deux côtés, a été contraint de se

retirer, pour se mettre à l'abri des coups de pierre qui pleuvaient sur

lui. Pendant ce temps, d'autres détachements emmenaient prisonniers ou

dispersaient les principaux meneurs. Alors les révoltés, comme de

coutume, ont tourné leur fureur sur les Israélites. Plusieurs personnes

ont été maltraitées en pleine rue, et des dégâts considérables ont été

commis sous les yeux même de la police, impuissante à les réprimer. Ce

n'est que plus avant dans la soirée que des mesures énergiques, qui ont

été sanglantes, ont fait reprendre le dessus à l'autorité. La _Gazette

d'Augsbourg_ annonce que l'on agira avec la dernière rigueur contre les

auteurs de ces troubles. Que l'autorité n'oublie pas toutefois la part

que la misère et l'ignorance ont à ces excitations, et que, si elle n'a

pas fait tout ce qui dépendait d'elle pour éclairer ces populations

d'adoucir leur situation, elle a sa large part de responsabilité dans

ces événements!

Un nouvel accident a encore eu lieu hier sur le chemin de fer de

Versailles (rive gauche). _Le Messager_ a publié, à ce sujet, les

détails qui suivent;

«Dimanche soir, à huit heures et demie, un accident a eu lieu au chemin

de fer de Versailles, rive gauche. A huit heures, le convoi ordinaire de

Versailles avait quitté la gare du Maine; il se composait de onze

wagons; à huit heures dix-sept minutes, un convoi supplémentaire, traîné

par deux locomotives partait à vide de Paris, pour aller à Versailles

ramener la grande affluence de personnes que le beau temps y avait

attirée.

«Le premier convoi venait de quitter la station de Viroflay, marchant

avec modération, lorsque le second convoi apparut à une assez grande

distance, allant avec une extrême célérité. Le cantonnier de la station

de Viroflay, apercevant ce convoi, a fait aussitôt les signaux

nécessaires pour l'arrêter dans sa marche.

«Soit qu'ils n'aient pas été aperçus du mécanicien, soit par quelque

cause inconnue, le convoi a continué, se maintenant à grande vitesse.

«Arrive à peu de distance du premier convoi, le mécanicien, ouvrant

enfin les yeux sur sa situation, s'est précipité hors de la locomotive.

L'abordage a eu lieu peu d'instants après avec une extrême violence. Il

en est résulté la destruction de deux wagons, la culbute d'un troisième

et de fortes avaries à un quatrième.

«Fort heureusement, aucun voyageur n'était dans ces wagons; un seul

voyageur a été blessé dans le premier convoi; il a eu la jambe cassée.

Dans le second convoi, le mécanicien, qui a sauté, a été grièvement

blessé, ainsi que trois employés de la compagnie.

«On attribue cet accident à l'extrême vitesse que le mécanicien a

imprimée au deuxième convoi, qui était parti laissant l'intervalle de

temps voulu par les règlements, et bien suffisant pour éviter tout

accident, si sa marche avait été plus modérée.

«Au surplus, une instruction judiciaire est commencée.»

M. Lepère, membre de l'Institut d'Égypte, architecte de l'église

Saint-Vinrent de Paul, qui va être prochainement inaugurée, a terminé

une longue et honorable carrière.--Nédim-Effendi, conseiller de

l'ambassade ottomane en France, vient de mourir à Paris, à l'âge de

trente-deux ans.

Souvenirs de Londres.

L'Illustration, No. 0074, 25 Juillet 1844 · 第 1 / 12 题