Charles avait été touché de l'accident fâcheux arrivé à sa vieille
cousine; il eut la bonne pensée d'expier les tours innombrables qu'il
lui avait joués, en aidant Betty à la soigner pendant sa maladie, qui
pouvait être longue. Il remit donc son dîner à son retour et courut chez
la cousine Mac'Miche. Quand il arriva, elle était déjà retombée dans son
délire; elle appelait au secours pour garder son or qu'on lui volait;
elle passait des larmes du désespoir aux cris de colère et d'effroi.
Elle ne reconnut pas Charles et le supplia de lui rendre son or, son
pauvre or.
Charles pensa que cette grande et dangereuse agitation serait peut-être
calmée par la vue de cet or tant aimé, tant regretté: il trouva une
double clef qui était dans un tiroir, ouvrit la cassette, y trouva une
autre clef, celle de la caisse; et, se souvenant de la place indiquée,
il poussa l'armoire, qu'il savait facile à remuer, vit la serrure dans
le mur, ouvrit encore et trouva, après quelques recherches, le trésor
bien-aimé; il prit les rouleaux d'or, referma le reste, et posa les
rouleaux sur le lit de Mme Mac'Miche, à portée de ses mains; puis il
s'assit et attendit.
Elle ne tarda pas à ouvrir les yeux, à regarder ses mains vides.
«Rien! dit-elle à mi-voix, rien!»
Puis, apercevant ses rouleaux d'Or, elle poussa un cri de joie, les
saisit, les passa d'une main dans l'autre, les baisa, les ouvrit, les
compta, les baisa encore, aperçut Charles et le regarda avec effroi.
--«Pourquoi viens-tu? Tu veux me voler mon or?
Charles:--Rassurez-vous, ma cousine! C'est moi, au contraire, qui vous
l'ai rapporté.
Madame Mac'Miche:--Toi! Oh! Charles! mon ami, mon sauveur! C'est toi?
Eh! Charles! que tu es bon! Ne le dis à personne! Il me le reprendrait,
cet infâme juge! Où le mettre? Où le cacher?