Charles se leva, ne put retenir un geste de douleur et un aïe! étouffé.
«Qu'as-tu donc, mon ami? tu marches péniblement comme si tu souffrais de
quelque part», lui dit le juge.
Mme Mac'Miche devint pourpre, s'agita sur son fauteuil, et dit à Charles
de se dépêcher et de s'en aller.
Mais Charles, qui n'était pas encore passé à l'état de douceur et de
charité parfaite que lui prêchait Juliette, ne fut pas fâché d'avoir
l'occasion de révéler au juge les mauvais traitements de sa cousine.
Charles:--Je crois bien, Monsieur le juge, que je souffre; ma cousine
m'a tant battu avec la baguette que voilà près d'elle, que j'en suis
tout meurtri.
Madame Mac'Miche! dit le juge avec sévérité.
Madame Mac'Miche:--Ne l'écoutez pas, Monsieur le juge, ne le croyez pas,
il ment du matin au soir.
Charles:--Vous savez bien, ma cousine, que je ne mens pas, que vous
m'avez battu comme je le dis; et c'est si vrai, que Betty m'a mis un
cataplasme de chandelle; voulez-vous que je vous le fasse dire par elle?
Cette pauvre Betty en pleurait.
--Madame Mac'Miche, reprit le juge, vous savez que les mauvais
traitements sont interdits par la loi, et que vous vous exposez...
Madame Mac'Miche:--Soyez donc tranquille, Monsieur le juge; je l'ai
fouetté, c'est vrai, parce qu'il voulait mettre le feu à la maison ce
matin; vous ne savez pas ce que c'est que ce garçon! Méchant, colère,
menteur, paresseux, entêté; enfin, tous les vices il les a.
Le Juge:--Ce n'est pas une raison pour le battre au point de gêner ses
mouvements. Prenez garde, Madame Mac'Miche, on m'a déjà dit quelque
chose là-dessus, et si les plaintes se renouvellent, je serai obligé d'y
donner suite.»
Mme Mac'Miche était vexée; Charles triomphait: ses bons sentiments
s'étaient déjà évanouis, et il forma l'horrible résolution d'agacer sa
cousine pour la mettre hors d'elle, se faire battre encore, et, au moyen
de Betty, aposter des témoins qui iraient porter plainte au juge.
«Je n'en serai pas plus malade, pensa-t-il, grâce aux visières de mon
cousin défunt, et elle sera appelée devant le tribunal, qui la jugera et
la condamnera. Si on pouvait la condamner à être fouettée à son tour,
que je serais content, que je serais donc content!... Et Juliette! Que
me dira-t-elle, que pensera-t-elle?... Ah bah! j'ai promis à Juliette de
ne pas être insolent avec ma cousine, de ne pas lui résister, mais je
n'ai pas promis de ne pas chercher à la corriger; puisque ma cousine
trouve que me maltraiter c'est me corriger et me rendre meilleur, elle
doit penser de même pour elle, qui est cent fois plus méchante que je ne
le suis.»
V