La traversée dura près de quatre heures; au large, le vent était fort et
la mer grosse, la baleinière se remplit d'eau.
Les deux chats passagers, fatigués de crier, s'étaient couchés tout
mouillés auprès des deux petites filles, qui ne donnaient plus signe de
vie.
Tout trempés, nous abordâmes loin du point que nous voulions atteindre,
dans une baie voisine du district de Papetoaï,--pays sauvage et
enchanteur, où nous tirâmes la baleinière au sec sur le corail.
Il y avait très loin, de ce lieu au district de Mataveri qu'habitaient
les parents de Taïmaha et le fils de mon frère.
Le chef Tauïro me donna pour guide son fils Tatari, et nous partîmes
tous deux par un sentier à peine visible, sous une voûte admirable de
palmiers et de pandanus.
De loin en loin nous traversions des villages bâtis sous bois, où les
indigènes assis à l'ombre, immobiles et rêveurs comme toujours, nous
regardaient passer.--Des jeunes filles se détachaient des groupes, et
venaient en riant nous offrir des cocos ouverts et de l'eau fraîche.
A mi-chemin, nous fîmes halte chez le vieux chef Taïrapa, du district de
Téharosa. C'était un grave vieillard à cheveux blancs, qui vint au-
devant de nous appuyé sur l'épaule d'une petite fille délicieusement
jolie.
Jadis il avait vu l'Europe et la cour du roi Louis-Philippe. Il nous
conta ses impressions d'alors et ses étonnements; on eût cru entendre le
vieux Chactas contant aux Natchez sa visite au Roi-Soleil.