Il était environ trois heures quand je rejoignis l'avenue tranquille où
Rarahu m'attendait; on sentait déjà dans l'air la fraîcheur humide du
matin.--Rarahu, qui était restée assise dans l'obscurité, jeta ses
bras autour de moi quand j'entrai.
Je lui contai cette nuit étrange, en la priant de garder pour elle ces
confidences, pour que cette histoire depuis longtemps oubliée ne
redevint pas la fable des femmes de Papeete.
C'était notre dernière nuit... et les incertitudes du retour, et les
distances énormes qui allaient nous séparer, jetaient sur toutes choses
un voile d'indicible tristesse... A cet instant des adieux, Rarahu se
montrait sous un jour suave et délicieux; elle était bien la petite
épouse de Loti; elle était doucement touchante dans ses transports
d'amour et de larmes. Tout ce que l'affection pure et désolée, la
tendresse infinie, peuvent inspirer au coeur d'une petite fille
passionnée de quinze ans, elle le disait dans sa langue maorie, avec des
expressions sauvages et des images étranges.