Nous traversâmes encore ce bois dans la nuit noire.
A la case de Tiatiara-honui, même scène, même cérémonie de réveil,
semblable à une évocation de fantômes.
On éveilla un enfant qu'on m'apporta. Le pauvre petit tombait de
sommeil; il était nu. Je pris sa tête dans mes mains et l'approchai de
la lampe que tenait la vieille _Araignée_, soeur de Huahara. L'enfant,
ébloui, fermait les yeux.
--Oui! celui-ci est bien Atario, dit de loin Taïmaha qui était restée à
la porte.
--C'est le fils de mon frère?... lui demandai-je d'une façon qui dut la
remuer jusqu'au fond du coeur.
--Oui, dit-elle, comprenant que la réponse était solennelle, oui, c'est
le fils de ton frère Rouéri!...
La vieille Tiatiara-honui apporta une robe rose pour l'habiller, mais
l'enfant s'était rendormi entre mes mains; je l'embrassai doucement et
le recouchai sur na natte. Puis je fis signe à Taïmaha de me suivre, et
nous reprîmes le chemin de Papeete.
Tout cela s'était passé comme dans un rêve. J'avais à peine pris le
temps de le regarder, et cependant ses traits d'enfant s'étaient gravés
dans ma mémoire, de même que, la nuit, une image très vive, qu'on a
perçue un instant, persiste et reparaît encore, après qu'on a fermé les
yeux.
J'étais singulièrement troublé, et mes idées étaient bouleversées;
j'avais perdu toute conscience du temps et de l'heure qu'il pouvait bien
être. Je tremblais de voir se lever le jour et d'arriver juste à temps
pour le départ du _Rendeer_ sans pouvoir retourner dans ma chère petite
case, ni même embrasser Rarahu que peut-être je ne reverrais plus...